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Culture

Afaf Zurayk fait chanter tous les matins du monde

Cimaises Colorer les émotions. Dessiner les sensations imperceptibles aux yeux mais lisibles avec le cœur, voilà ce que fait Afaf Zurayk dans sa récente exposition qui a lieu à la galerie Janine Rubeiz , jusqu’au 26 novembre*.
16/11/2013
«...and morning drew softly». Quel étrange titre pour une artiste tout en discrétion qui s’efface derrière son œuvre pour la laisser parler. Une palette de couleurs qui décline intelligemment et subtilement en une variation de teintes vaporeuses et évanescentes en évoquant le jour qui se réveille de sa léthargie.
Plasticienne peintre, Afaf Zurayk, qui a traîné ses émotions des États-Unis au Liban et des ateliers jusqu’aux bancs d’universités tout en s’exprimant en peintures, formes et couleurs, n’est en fait qu’une poète. Ses émotions, elle les déverse, voire elle les distille subrepticement, en délicatesse, sur la toile créant ainsi un monde tout en douceur.

Échos...
L’artiste n’impose rien au regard, elle l’invite gentiment à pénétrer son monde mi-onirique, mi réaliste.
Deux travaux aux thèmes différents se répondent presque en écho dans cette galerie lumineuse. Il y a ces quatorze déclinaisons du matin qui virent du gris le plus bleuté au jaune le plus éclatant : « Depuis que je suis jeune, j’ai l’habitude de me réveiller très tôt, vers quatre heures du matin, avoue Zurayk. J’observe alors les changements de couleurs qui s’opèrent dans le ciel, avant que tout ne devienne brumeux et chaotique.» L’artiste ne fait pas qu’observer. Elle traduit ces mutations colorées par touches qui s’impriment sensuellement sur le corps. Dans une sorte d’élévation, soutenue par la musique de Schubert qu’elle écoute en travaillant, Zurayk tente de saisir ces moments de grâce. Les modulations aussi corporelles que musicales finissent par accomplir elles-mêmes leur propre dessin. Comme un caméscope polaroïd, les images successives composeront un tout à l’œil qui se remplit peu à peu de lumière.
Chez Zurayk, tout est silence, méditation et prière dans ce travail qui a nécessité des années. C’est comme si l’artiste avait accumulé des sensations incommensurables avant de donner la parole aux fibres de son corps qui murmurent et vibrent. « J’emploie très peu de couleurs (cinq au total), dit-elle, permettant ainsi à ces tonalités de se diluer dans des nuances microscopiques presque invisibles. »
Dans la seconde série d’œuvres, à l’encre cette fois, c’est un songe qui prend la forme d’une réalité. « J’ai rêvé un jour que je m’identifiais à une lanterne japonaise et à une table, confie Zurayk. Avant de traduire ce rêve merveilleux, je me suis mise à faire des recherches sur sa signification. » Mais finalement le sens importait peu pour l’artiste puisqu’il s’est traduit par un dialogue de formes entre le triangle et le rectangle. Et de poursuivre : « Contrairement au précédent, ce travail était bref et de courte durée. » Les lignes se traversent, se coupent, s’imbriquent, caracolant parfois comme si la pensée précédait la main. Allant du blanc le plus éclatant du papier au noir le plus sombre, traversé par des incursions de rouge, c’est avec une forte intensité que Afaf Zurayk confronte l’abstraction totale au langage pictural expressif.
Un dialogue infime et infini.

*Galerie Janine Rubeiz, du mardi au vendredi de 10
heures à 19 heures et les samedis de 10 heures à 14 heures. Tél. : 01/805061.

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