Liban

Médecin des causes difficiles, Kamel Mohanna, un parcours de combattant...

Vient de paraître
OLJ
06/11/2013
C’est avec un stéthoscope, un bistouri et un cœur grand comme le monde que le Dr Kamel Mohanna a traversé la guerre libanaise, la révolution de Dhofar, la guerre de 2006 et bien d’autres événements de la région. De l’enfant de Khiam, issu d’une famille modeste où l’argent rare était essentiellement dépensé pour l’éducation des enfants, qui a gardé un souvenir poignant de la Nakba en Palestine, jusqu’au médecin pédiatre à la tête de l’une des plus importantes associations humanitaires libanaises, Amel, en passant par l’étudiant rebelle en France et par le militant sur les traces de Che Guevara, le parcours du Dr Mohanna est unique en son genre. Tellement unique qu’il est aujourd’hui raconté dans une biographie éditée par L’Harmattan, sous le titre Dr Kamel Mohanna, les choix difficiles. Un médecin libanais engagé dans la tourmente des peuples.
Au-delà de l’histoire d’un homme né l’année de l’indépendance du Liban et, depuis, tombé dans la marmite des développements régionaux, c’est le récit d’un combat, non seulement difficile, mais souvent ingrat, qui est ainsi raconté. Il y a eu d’abord la lutte pour exister dans le village frontalier de Khiam, à l’ombre des notables qui préféraient avoir le monopole de l’éducation et laissaient les pauvres leur servir de main-d’œuvre. Puis ce furent les études de médecine en France en plein vent de révolte. Le jeune Kamel Mohanna a pris la tête des étudiants arabes et il fut même surnommé « le Cohn-Bendit arabe » (en référence à Daniel Cohn-Bendit, une des figures du mouvement estudiantin de mai 1968 en France), avant de choisir de poursuivre la lutte à Dhofar, au lieu de s’établir au Liban comme médecin diplômé de France.
La révolution terminée, le Dr Mohanna est revenu au pays, mais au lieu d’y ouvrir une clinique dans un quartier aisé comme nombre de ses confrères, il a choisi de pratiquer dans les camps palestiniens, au milieu de la misère, du désespoir et de la guerre qui pointait le bout de son nez. De la Quarantaine à Tall el-Zaatar et jusqu’aux quartiers les plus défavorisés à Nabaa, Kamel Mohanna a fait de son mieux pour soulager les souffrances et tenter de soigner les Palestiniens, par fidélité à la cause palestinienne qui a toujours été son point de repère, son phare et sa boussole. Au plus fort de la tourmente, il a fait des rencontres inoubliables, notamment avec Bernard Kouchner, alors chef de la délégation de Médecins sans frontières au Liban. Une amitié qui a survécu aux années et aux destins différents des deux hommes, l’un s’investissant dans la politique de son pays et l’autre refusant d’écouter les sirènes du pouvoir et de ses privilèges.
C’est sans doute l’élément marquant de cette biographie, la fidélité du Dr Mohanna à ses choix, résistant à toutes les tentations à la fois politiques, financières et confessionnelles, pour rester loyal à sa cause, celle de l’homme. En 1979, il fonde ainsi l’association Amel (travailleur) qui commencera son travail humanitaire dans les camps palestiniens avant de s’étendre à toutes les régions défavorisées du pays, avec plus de 23 centres, au Sud, dans la Békaa et à Beyrouth. Amel a commencé par fournir des soins de santé primaires avant de s’équiper d’appareils modernes pour améliorer ses services. Elle a même entamé un travail de réinsertion des démunis, en leur donnant des formations techniques, tout en travaillant à les conscientiser au concept de citoyenneté avec son lot de droits et de devoirs. Amel, qui s’est imposée comme une association sérieuse et efficace, transparente et dynamique, a refusé les classifications confessionnelles et politiques, distribuant ses aides à tous les défavorisés, indépendamment de leur religion, de leur région et de leurs options politiques. C’est en cela qu’elle est un véritable phénomène, ramant à contre-courant de la tendance communautariste et clientéliste. Et cela grâce à son président fondateur, Kamel Mohanna, qui reste, malgré le succès, la reconnaissance et la réussite, cet enfant de Khiam, les yeux tournés vers la Palestine et le cœur battant pour tous ceux qui perdent tout ou n’ont rien et tentent de survivre dans un monde de plus en plus dur, hostile à la générosité désintéressée.
Le livre fera l’objet d’une table ronde vendredi à 17 heures au Salon du livre, suivie d’une signature du livre par son auteur.
Dr Kamel Mohanna, les choix difficiles. Un médecin libanais engagé dans la tourmente des peuples. Écrit par Chawki Rafeh et traduit de l’arabe par Danielle Saleh, éditions L’Harmattan.

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