«Cet ouvrage, le premier d’une série que la galerie Janine Rubeiz envisage de publier, se veut intimiste, précise Nadine Begdache dans l’avant-propos du livre. Au lecteur de découvrir Hannibal Srouji à travers l’histoire et les différentes expériences et influences qui ont façonné son parcours, celui de l’homme et celui de l’artiste.»
Publié sous la direction éditoriale de la galeriste, en collaboration avec les éditions L’Orient-Le Jour, ce travail est à quatre mains. Plutôt à six ou à huit mains, et même à neuf. Comment cela? Il y a tout d’abord le critique d’art Gregory Buchakjian qui, après de longs entretiens avec le peintre, a réussi à remonter les aiguilles du temps et retourner à la case enfance qui façonne toute personne. Revenir à ses départs, son exil et son retour, c’est comme éplucher les enveloppes humaines. Sous forme d’un roman de vie, Buchakjian suit les traces de cet écorché vif, né près de la mer, à Saïda, et qui (pour cause de guerre) a dû s’éloigner de sa terre. Plus qu’un éloignement, c’est un déchirement, un déracinement qui aura lieu dans la vie de Srouji. Il fallait donc rassembler les multiples raisons éparses qui ont poussé l’artiste à traduire sa souffrance, son malaise tout en brûlant la toile et en la perçant au moyen d’un chalumeau pour y déverser sa colère, «recréer et retrouver un certain absolu».
La genèse dans la couleur...
Outre les deux personnages participant au dialogue, il y a d’autres qui gravitent dans cet univers pictural. À l’exemple de Sary Tadros qui intervient dans cet ouvrage et qui représente le regard des autres. Il est à la fois seul et multiple. Le je, le tu et le il. Par petites touches, il s’insère sur la toile pour mieux réinterpréter le geste, le mouvement de Srouji. Sans oublier certainement Nadine Begdache, la galeriste, celle qui allait découvrir l’artiste puis le faire connaître au public. Et il y a par-dessus tous ces personnages le travail d’Hannibal Srouji qui a évolué avec le temps pour atteindre une dimension dépassant largement les frontières. Ce travail surgit au tournant de chaque page (sous forme de diptyques ou d’œuvres isolées, enrobées de lumière, d’eau et de feu pour dévoiler tous les secrets enfouis). Les toiles, dans leur évolution, dans leurs métamorphoses au gré des jours, dans leur juxtaposition, sont plus éloquentes que les paroles. Ce sont elles qui, sélectionnées par le critique d’art, vont inscrire les repères du temps.
Un travail collectif, donc pensé, élaboré, ressenti, présenté comme des touches de piano tantôt noires, tantôt blanches, les plages de couleur ponctuant aussi les émotions en brassées. Aérien, réaliste comme la terre, avec l’incandescence du brasier et la fluidité de l’eau, cet ouvrage (rédigé en langues française et anglaise) est un flot d’impressions qui se répandent sur les pages faisant onduler une vie en noir et blanc, mais aussi en couleurs.

