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Culture - Salon Du Livre

Ces grisants parfums qui ressuscitent les souvenirs de Philippe Claudel

Pour la 20e édition 2013 du Salon francophone de Beyrouth, Philippe Claudel revisite sa vie à travers les traces des « Parfums » (222 pages, Stock). Livre envoûtant, aux lignes pénétrantes. Omniprésence olfactive qui a toutes les éloquences, toutes les sensualités, toutes les nostalgies. Une essence rare et capiteuse.

Auteur qui a accumulé de nombreux prix (entre autres, Renaudot en 2003 pour Les Âmes grises, Goncourt des lycéens pour Le Rapport Broderick en 2007), cinéaste qui a fait une touche publique avec son premier film Il y a longtemps que je t’aime (César du meilleur film et second rôle féminin en 2009), dramaturge qui a groupé autour de ses répliques Michel Leeb et Gérard Jugnot, Philippe Claudel s’est bien construit un prénom à côté de l’illustre auteur de Le Soulier de Satin au même nom de famille.
Pour son dernier opus, qui caracole en tête des listes des livres plébiscités par les lecteurs et la critique, il dresse l’inventaire des odeurs. En plus de 70 textes, brefs, subtils et secrets, il restitue avec luminosité et un lyrisme pudique les instants marquants d’une vie. Un livre érigé en un bréviaire des odeurs, pêchées grâce à une plume-limier dressée ici pour débusquer la proie ou le vif du sujet. Non comme l’enquête policière de Patrick Suskind qui prête aux parfums des vertus de quête, de meurtre et de domination, mais de ces parfums sensuels et charnus qui laissent des sillages profonds et indélébiles. Dans le cœur et la sensibilité, comme des cailloux du Petit Poucet pour retrouver un chemin qu’on risque fort de perdre à jamais.
Voyage à travers les effluves de la terre (en l’occurrence la Lorraine et, plus précisément, Dombasle, près de Nancy), des peaux aux vibrations en ondes jamais éteintes, des fruits (des prunes dorées), des habits rangés dans une armoire, des crèmes (rituel du rasage d’un père), des sexes des femmes aimées (chaleur et abandon de l’intimité), d’une pièce humide (là où se bonifie le vin), d’un fromage, des gauloises aux fumées aujourd’hui si honnies, de délicieux gâteaux à la cannelle.
Authentiques madeleines de Proust, ces odeurs, délicates, suaves ou répugnantes, qui chatouillent les narines, ressuscitent avec émotion, telle une carte aux stations obligées, les images du passé. Comme un appel pour la renaissance à des désirs assoupis ou enfouis au fond des oubliettes de la mémoire.
Cette mémoire olfactive, toujours en éveil ou aux aguets, cravache brusquement des sensations ou des sentiments qui n’ont besoin que d’une chiquenaude, d’un petit claquement des doigts pour revivre et briller. Briller d’un éclat neuf, comme une argenterie soigneusement nettoyée, dépoussiérée.
Écriture pour humer, inhaler, respirer, aspirer. Fourrer son nez partout où la vie a laissé ses empreintes. Pour reconstituer le puzzle ou l’énigme d’une traversée humaine. De la prime enfance à l’âge mûr, avec tous ceux qui nous ont accompagnés. Les odeurs livrent ici des secrets et les serrures craquent. Pour libérer des souvenirs qui s’échappent tels des fantômes vaporisés aux essences les moins volatiles. Des essences qui n’ont pas fini de hanter des lieux qu’elles ont aimés. Avec pour fil d’Ariane ce chapelet d’odeurs qui s’égrène, comme une irrépressible fuite d’air, avec la douceur d’un conte improbable. Un conte qu’on narre à la cadence feutrée d’une musique au tempo sans emportement, mais non sans nerf.
Et se reconstituent de grands pans de la vie de Philippe Claudel. Surgissent alors, à travers ces évocations olfactives, des paysages, des personnages, des situations, des révélations, des confidences, des confessions. À travers un dédale et un panaché de parfums, se conter devient une narration pour mieux se comprendre et se retrouver.
Pages nourries de vie et imbibées d’essences diverses captant, telle une nacelle vigilante, toutes les réminiscences. Pouvoir envoûtant des mots, mais aussi pouvoir incantatoire de ces senteurs qui font carrément tourner la tête. Et à qui Philippe Claudel donne, avec un authentique talent d’écrivain, un pouvoir plénipotentiaire.
Auteur qui a accumulé de nombreux prix (entre autres, Renaudot en 2003 pour Les Âmes grises, Goncourt des lycéens pour Le Rapport Broderick en 2007), cinéaste qui a fait une touche publique avec son premier film Il y a longtemps que je t’aime (César du meilleur film et second rôle féminin en 2009), dramaturge qui a groupé autour de ses répliques Michel Leeb et Gérard Jugnot, Philippe Claudel s’est bien construit un prénom à côté de l’illustre auteur de Le Soulier de Satin au même nom de famille.Pour son dernier opus, qui caracole en tête des listes des livres plébiscités par les lecteurs et la critique, il dresse l’inventaire des odeurs. En plus de 70 textes, brefs, subtils et secrets, il restitue avec luminosité et un lyrisme pudique les instants marquants d’une vie. Un livre érigé en un bréviaire des...
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