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Culture - Viie Art

Le Liban sous le feu des projecteurs à Fameck

Du 9 au 21 octobre se déroule le 24e Festival du film arabe de Fameck qui, cette année, met à l’honneur le Liban. Mais le festival permettra aussi à des cinéastes et des artistes d’autres pays de rendre compte des soubresauts, des déchirements et des mutations qui traversent actuellement le monde arabe.

Ouvrant officiellement le Festival du film arabe qui se tient à Fameck, en France, Ghady el-Khoury, chargé d’affaires près l’ambassade du Liban, a déclaré que le cinéma libanais «pose les questions fondamentales de l’appartenance, de l’identité, de la guerre, de la paix, de la situation de la femme, du vivre ensemble, de l’immigration, de l’exil, des rapports cruels dans des contextes fragiles et il est ouvert sur toutes les possibilités, surtout l’espoir. Le tout avec l’humour particulier qui a permis à mes compatriotes de traverser les pires épreuves». Il constate aussi qu’«à bien des égards, les thèmes abordés par le cinéma libanais concernent les pays arabes, pays qui traversent maintenant une période vraiment clé de leur histoire».
«Rarement, le choix des films sélectionnés a été si difficile, tant la production des films du monde arabe reste riche et variée malgré l’incertitude dramatique de la situation actuelle», avoue René Cahen, responsable de la programmation. La présidente Anne-Marie Hennequin Botkovitz reconnaît pour sa part que parmi la quarantaine de films présentés (hors courts-métrages) «nous avons opté pour de nombreux films en première sortie».
Blind Intersection, de la réalisatrice libanaise Lara Saba, projeté pour l’ouverture du festival, est une exclusivité qui, par un scénario particulièrement habile, dévoile peu à peu les rouages de la société libanaise. Le titre peut s’entendre comme l’intersection des trajectoires de deux véhicules accidentés qui déclenche le destin croisé de quatre histoires qui n’auraient pu se rencontrer. Il pourrait aussi désigner le point aveugle, c’est-à-dire un tabou, un problème que la société libanaise préfère ne pas voir. En fait, ce film aborde plusieurs thèmes: la prostitution, la pédophilie, la drogue. Ne risque-t-il pas pour cela d’être censuré, comme d’autres avant lui, malgré les nombreux prix qu’il a d’ores et déjà obtenus dans d’autres festivals?
L’Attentat, autre film censuré alors qu’il représente au mieux le Liban «message de paix» (voir notre article du 25 juin 2013), a toute sa place dans le festival, tout comme deux autres films qui «renferment toute l’histoire et la complexité si attachante du Liban»: Un pays rêvé, de Jihane Chouaib, et Asfouri, de Fouad Alaywan. Le premier est la rencontre des illusions sur un Liban idéalisé et sa réalité, nettement plus chaotique. Le second conte l’histoire d’un immeuble des années 1930 qui, entre 1975 et 1997, voit s’affronter des «familles» de confessions, de classes sociales et d’engagements différents mais qui, malgré cela, abrite aussi la touchante histoire d’amour entre Maya et Karim.
S’ajoute aussi à ces films le très beau Talons d’amour et de guerre, de Joe Bou Eid.

Des pays en mutation
Outre le Liban, la programmation est aussi tournée vers d’autres pays en mutation. Trois films en guise d’exemple: Mille feuille, de la Tunisienne Nouri Bouzid, qui aborde avec talent la lutte des femmes; Le Professeur, de son compatriote Mahmoud ben Mahmoud, qui raconte la liaison entre un enseignant et une étudiante, et entraîne les spectateurs dans les coulisses des tractations politiques autour des droits de l’homme ; Winter of Discountent, un film égyptien dont l’histoire commence le 25 janvier 2011, lorsque le peuple envahit la place Tahrir, criant sa colère contre la dictature et l’oppression. René Cahen souligne à ce propos: «Plusieurs histoires se croisent dans ce thriller politique dont les conséquences sont loin, aujourd’hui, d’être évaluées. Le film contribue à leur compréhension.»
Aux projections s’ajoute, entre autres, une exposition sur «Le Liban d’hier et d’aujourd’hui» et une table ronde sur le thème «Évolutions et avenir du cinéma libanais» avec Maya de Freige et Lara Saba. Jean-Pierre Masseret, président du Conseil régional de Lorraine, relève que «le cinéma devient ainsi un vecteur d’échanges interculturels».
De fait, les festivaliers pourront aller à la rencontre de l’illustrateur, scénariste et dessinateur de BD Joël Alessandra qui, en 3 tomes, a adapté en bande dessinée Le Périple de Baldassare d’Amin Maalouf. Ils auront aussi la possibilité de découvrir Andrée Chédid et son œuvre, présentée par Françoise Robert, et d’écouter les récits de vie en temps de guerre, dans lesquels Jihad Darwich «rapporte avec une paradoxale tendresse toute la violence des conflits humains avec un recul qui se nomme tout simplement humanité».
L’ensemble se laisse résumer par ces mots de Michel Liebgott, député-maire de Fameck, qui rappelle que «ce festival s’inscrit précisément dans un esprit de totale
fraternité ».

Michel MAY (Nancy, France)

 

amichelmay@hotmail.com

Ouvrant officiellement le Festival du film arabe qui se tient à Fameck, en France, Ghady el-Khoury, chargé d’affaires près l’ambassade du Liban, a déclaré que le cinéma libanais «pose les questions fondamentales de l’appartenance, de l’identité, de la guerre, de la paix, de la situation de la femme, du vivre ensemble, de l’immigration, de l’exil, des rapports cruels dans des contextes fragiles et il est ouvert sur toutes les possibilités, surtout l’espoir. Le tout avec l’humour particulier qui a permis à mes compatriotes de traverser les pires épreuves». Il constate aussi qu’«à bien des égards, les thèmes abordés par le cinéma libanais concernent les pays arabes, pays qui traversent maintenant une période vraiment clé de leur histoire». «Rarement, le choix des films sélectionnés a été si...
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