Cette péripétie polémique avait presque éclipsé la qualification, qui n’avait en rien enrayé le désamour croissant pour l’équipe de Raymond Domenech, culminant en Afrique du Sud avec la fameuse grève de l’entraînement à Knysna.
Cet épisode n’en finit plus de pourrir l’image des Bleus, selon un sondage BVA pour Le Parisien, réalisé jeudi et vendredi, soit avant le 6-0 infligé à l’Australie vendredi soir en amical et publié dimanche : les Français sont 82 % à avoir une « mauvaise opinion » de l’équipe de France, et 76 % des personnes interrogées reconnaissent avoir « encore à l’esprit » l’affaire du bus de Knysna quand ils pensent aux Bleus.
Noël Le Graët était « très en colère » en découvrant ce sondage, a confié à l’AFP une source proche du président de la fédération (FFF). « Il y a un manque d’amour pour l’équipe de France, c’est une évidence, mais 82 %, c’est ridicule, avance-t-elle. Le climat n’est pas très positif en ce moment, on voit bien que les Bleus ne font pas rêver avec leurs résultats, mais on se pose des questions. »
Les récents résultats expliquent effectivement en partie cette persistante désaffection : les Bleus de Didier Deschamps sont restés 526 minutes sans marquer le moindre but, série qui a détrôné le record national de stérilité qui datait des années 1920 (500 minutes).
Mais plus que les résultats, c’est l’attitude des joueurs qui reste dans le collimateur du public, par ailleurs échaudé par ce monde du football en décalage total en temps de crise économique (transfert Bale pour quelque 100 millions d’euros, affaire Thauvin, etc.).
Après le séisme Knysna, l’Euro 2012 avait agi comme une réplique, avec, encore, des problèmes de comportements (Nasri, Ménez, Ben Arfa et Mvila). Une nouvelle secousse qui avait ébranlé la reconstruction menée par Laurent Blanc (série de 23 matches sans défaite, tout de même).
Trois leaders
Aucune incartade n’a été notée sous l’ère Didier Deschamps. Samir Nasri est même venu à Canossa après un an de traversée du désert.
« Forcément, les gens ont encore l’image de Knysna en tête, a relevé le joueur hier à Téléfoot. Ce sont les performances (qui changeront l’image, NDLR), c’est aussi montrer une image plus sympa des footballeurs. Les gens ne nous connaissent pas forcément, ils ont juste une image extérieure de ce qu’on renvoie, à nous d’être beaucoup plus positifs, d’avoir le sourire, d’essayer d’échanger avec eux, et peut-être qu’on va réussir à renverser la tendance. »
Il faut aussi la manière, sur le terrain. « Pour reconquérir le public, il faut des victoires, des matches comme on a pu faire contre l’Australie et le Belarus, a relevé Karim Benzema, toujours sur TF1. Il faut emballer le match, faire de belles actions, marquer beaucoup de buts, c’est ce que viennent voir les supporters dans un match de foot. À nous de continuer comme on le fait ces derniers temps. »
Les « il a marqué ! » scandés par le Parc des Princes lorsque Benzema a mis fin à sa disette personnelle au bout de 1 222 minutes suggèrent l’idée d’un chambrage affectueux et d’une réconciliation possible.
Mais si la plaie de Knysna reste décidément à vif, c’est aussi parce que ses principaux protagonistes sont toujours là. Pas Anelka, mais les leaders des mutins, les Abidal, Évra et Ribéry.
Et le trio pèse lourd. « Abi » reste influent. « C’est sûr qu’à 34 ans, on peut apporter un peu plus par l’expérience, a-t-il souligné samedi. Ce que j’ai à dire, je le dis aux joueurs concernés, c’est un discours toujours positif. »
« Pat » Évra, au centre de la tourmente sud-africaine, demeure un cadre écouté, comme l’a prouvé sa prise de parole à la mi-temps de Belarus-France, une causerie qui avait relancé les Bleus.
Et « Francky », revenu en grâce après les épisodes Zahia et Knysna, a pris une autre dimension sur le terrain, leader technique incontesté et candidat crédible au Ballon d’or 2013.
La roue tournera-t-elle enfin pour ces trois-là, et les Bleus plus généralement ? Contre les barrages s’amoncellent décidément bien des enjeux.


