Abou Anas al-Libi, alias Nazih el-Ragie, aurait été emmené sur ce navire après sa capture pour y être interrogé. HO/AFP
En ordonnant des raids risqués contre des islamistes en Somalie et en Libye, le président américain Barack Obama prouve qu’il peut aussi recourir à la force en politique étrangère tout en s’efforçant de la limiter au maximum, jugent des analystes.
Les deux opérations presque concomitantes menées ce week-end en Somalie et en Libye à l’encontre d’islamistes accusés de terrorisme ont eu lieu peu de temps après que les États-Unis ont mis de côté leurs menaces d’intervention militaire contre le régime syrien, accusé d’être à l’origine d’une attaque chimique meurtrière le 21 août. Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, a expliqué que ces opérations montraient clairement au monde que les États-Unis continueront à « maintenir une pression constante sur les groupes terroristes », sans exclure de nouveaux raids de ce type.
En Libye, les forces spéciales américaines ont ainsi capturé Abou Anas al-Libi, recherché par les États-Unis pour son rôle dans les attentats meurtriers de 1998 contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya qui avaient fait plus de 200 morts. Le secrétaire d’État américain, John Kerry, a d’ailleurs défendu hier la capture, sévèrement critiquée par Tripoli qui la qualifie d’« enlèvement ». « Abou Anas al-Libi est quelqu’un d’important au sein d’el-Qaëda et il s’agit d’une cible appropriée pour l’armée américaine », a asséné M. Kerry, soulignant qu’Abou Anas avait commis des « actes terroristes » et qu’il avait été « dûment inculpé par des tribunaux dans le cadre d’un processus judiciaire ».
Et en Somalie, Washington a lancé un raid visant un islamiste appartenant au groupe somalien des shebab. Ces derniers ont revendiqué l’attaque meurtrière il y a deux semaines contre un centre commercial à Nairobi, qui a fait au moins 67 morts. Là aussi, une personne précise était visée : le Kényan d’origine somalienne, Abdulkadir Mohammad Abdulkadir, un dirigeant des shebab surnommé « Ikrima », selon un haut responsable américain hier. Ces deux raids audacieux se distinguent des guerres classiques, avec envoi de troupes sur le terrain, que M. Obama a promis d’éviter, mais aussi des attaques lancées par des drones, une tactique controversée utilisée notamment au Pakistan.
L’intérêt de ces raids est qu’ils permettent en général d’éviter un trop grand nombre de victimes civiles, à la différence des attaques de drones, et de capturer des personnes recherchées pour les interroger, remarque ainsi Seth G. Jones, expert en contre-terrorisme auprès de la RAND Corp., un groupe d’études et de réflexions à Washington. Il met toutefois en garde contre les risques d’une plus grande internationalisation des cibles des extrémistes shebab, qui considèrent le Kenya et la Tanzanie comme leurs ennemis, mais ont jusqu’à présent limité leur engagement direct contre les États-Unis. Plusieurs Américains d’origine somalienne ont en outre rejoint les rangs des extrémistes islamistes, un rare exemple de radicalisation de jeunes Américains de seconde génération. M. Jones établit un parallèle avec l’attentat manqué à la voiture piégée en 2010 à Times Square à New York, où les talibans pakistanais étaient impliqués. Le groupe, Tehreek-e-Taliban, était resté jusqu’alors plutôt « local » avant que son chef, Baitullah Mehsud, soit tué en 2009 par un drone américain, a-t-il remarqué. Les États-Unis ont commencé à réduire leurs attaques de drones au Pakistan, qui ont contribué à un fort ressentiment antiaméricain dans ce pays.
Mais à la différence des attaques de drones, les raids menés par les forces spéciales dont les Navy Seals, commandos d’élite de la marine, comportent un risque de pertes pour les troupes américaines, bien que Washington affirme qu’il n’y en ait eu aucune en Libye et en Somalie ce week-end. Pour cette raison, il serait plus prudent pour le président Obama d’avoir recours avec parcimonie aux Navy Seals, même si c’est plus facile politiquement, remarque de son côté Steven Bucci, du groupe de réflexion conservateur Heritage Foundation. M. Obama a certes donné son feu vert à l’opération qui a abouti à la mort d’Oussama Ben Laden, mais n’a jamais caché ses réticences face à l’usage de la force militaire. Dans un discours en mai, il soulignait que les États-Unis ne pouvaient pas « avoir recours à la force partout où se trouvait une idéologie radicale ». « En l’absence d’une stratégie qui réduise la source de l’extrémisme, une guerre perpétuelle – à coup de drones, de forces spéciales ou de déploiements de troupes – s’avérera contre-productive et nuira à notre pays », avait alors ajouté le président américain.
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11 h 02, le 08 octobre 2013