Le processus électoral de l’Unesco prévoit deux séances, les 2 et 4 octobre prochain, entrecoupées par une pause au cours de laquelle les électeurs pourront décider de leur choix et s’exprimer par un vote à bulletin secret, les candidats ayant exposé leurs programmes respectifs lors de la première séance.
Outre la Bulgare Irina Bokova, la directrice générale sortante candidate à sa propre succession après un mandat de quatre ans, et son challenger libanais, le Djiboutien Rachad Farah, ambassadeur de son pays en France et délégué permanent auprès de l’Unesco, est également candidat.
Avant de prendre la parole, le candidat libanais a été présenté aux journalistes par l’ambassadeur Khalil Karam qui a précisé que M. Maila représente officiellement le Liban et que sa candidature a été souhaitée par le président Michel Sleiman « pour porter le message de dialogue et de tolérance de notre pays à un moment où le monde vit des bouleversements sociaux et culturels cruciaux ».
L’intervention de M. Maila a débuté par une critique de la gestion de l’actuelle directrice générale, notamment « une absence de vision, et une gestion contestable et contestée des ressources humaines, de l’administration et de l’organisation sectorielle de l’Unesco ». Autant d’éléments contenus dans un récent rapport de la Cour des comptes et que le candidat libanais relève en proposant une feuille de route adéquate et conséquente.
Le candidat a indiqué par ailleurs qu’en lui demandant de s’engager en tant que premier Arabe à briguer la direction de l’Unesco, le président Michel Sleiman a voulu « envoyer du cœur du monde arabe un message de pluralisme, de diversité, de concorde et de dialogue démocratique, autant de questions situées au centre des transformations du monde arabe aujourd’hui ».
Il a ajouté qu’il exprimera à la tête de l’Unesco la fierté du monde arabe d’avoir sa propre culture et de porter au monde son message à travers une jeunesse riche d’idées pour un avenir meilleur, un monde arabe riche en potentialités et qui est en mouvement. « Tout cela doit être, a affirmé M. Maila, représenté, reflété, senti, montré, vécu, et c’est là le sens de ma candidature. »
« Dans quel contexte diplomatique nous trouvons-nous ? » s’est demandé le conférencier, indiquant que l’Unesco est la seule agence culturelle du système des Nations unies, une agence qui doit traiter des problèmes de la culture, de l’éducation, des sciences et des orientations culturelles dans le monde, tout cela n’étant pas visible. « Il s’agit d’une bataille discrète, a encore dit le Dr Maila, une bataille qui ne passionne pas les foules et à laquelle l’opinion publique ne s’intéresse guère. » « Et pourtant, il ne s’agit pas, a poursuivi Joe Maila, de questions économiques ardues, de questions diplomatiques qui vont tenir le monde en haleine comme au Conseil de sécurité, mais de choses à la fois moins importantes au niveau médiatique, mais beaucoup plus importantes sur l’évolution contemporaine. C’est le monde des idées, c’est la montée de la xénophobie, de l’islamophobie et des images négatives du dialogue des civilisations, tout le débat au service de la paix qu’il s’agit de faire entrer dans les esprits des hommes, des femmes et des enfants car c’est là que se déposent les germes de la conflictualité future si l’on n’y prend garde. Telle est la mission de l’Unesco, et pourtant, c’est une bataille méconnue qui ne se déroule pas au premier plan de la scène publique, et on peut le regretter. »
Il a expliqué sa vision des choses qui repose, selon lui, sur trois points, à savoir : l’éducation qui a changé et qui est aujourd’hui la clé de l’innovation, phénomène auquel l’Unesco doit s’adapter ; une concertation de tous les penseurs sur l’influence de la globalisation sur la culture; et une meilleure participation de l’Unesco à la reconstruction des sociétés déchirées par les conflits.
Dans le cadre des questions-réponses, M. Maila a promis d’activer l’Institut des sciences de l’homme de Byblos pour qu’il soit un lieu d’activité propre et non une simple antenne régionale. Il a expliqué dans ses grandes lignes son action diplomatique visant à accéder à la direction générale de l’Unesco, et sa stratégie au double niveau de la « gestion de la maison » avec les moyens actuels, et en recherchant de nouvelles ressources à travers des partenariats et le mécénat.

