Ils sont passés devant ta maison et devant le cinéma Paradiso, mais cette fois sans s’y arrêter.
Ils sont allés directement à l’église où tu les attendais.
Ils sont tous assis autour de toi dans le salon de l’église, oui tous : ta famille, tes confrères, tes amis et le public du cinéma Paradiso, ton public.
Ton public qui, depuis plus de trente ans, est fidèle tous les jeudis et dimanches soir aux rendez-vous du cinéma, de la culture, de l’art et de l’amitié.
Ton public à qui tu as offert tant de voyages de rêve à travers les films, de Casablanca à Manhattan, de Morocco à Chicago, de Roma à New York New York et d’ Indochine à Rio Bravo.
Ton public que tu as initié au cinéma muet, au noir et blanc, au western, au cinéma moderne, au cinéma français, espagnol, italien, chinois, russe, suédois, japonais...
Ton public qui, comme toi, a aimé Gilda, Sabrina, Lola, Rebecca, Tristana, Gigi, Lili, Fanny, Sissi et les autres...
Ton public qui a nagé avec Esther Williams et dansé avec Gene Kelly, Cyd Charisse et Ginger and Fred.
Ton public qui a ri avec Chaplin, Keaton, Laurel et Hardy et les Marx brothers.
Ton public que tu as ému avec Le portrait de Dorian Gray, The Imitation of Life, Vertigo, La symphonie pastorale, Quai des brumes, Riso amaro, A Streetcar Named Desire, Madame Bovary, Johnny Guitar, Gone with the Wind...
Ton public n’aura pas de projection ce soir.
Ton public est désormais orphelin.
Le cinéma Paradiso, qui affichait toujours complet, a clos ses portes, éteint ses lumières et effacé les images colorées de rêves qui défilaient sur ton écran.
Le cinéma Pardiso est en deuil : le roi du cinéma est mort.
Le roi a quitté son Paradiso pour un autre paradis où il va rejoindre Nicole pour l’éternité.
On aurait voulu te retenir et te crier « Heaven can wait », mais qui peut se soustraire à l’impératif du destin et de la mort ?
Nabih, avec toi, nous avons passé des moments magiques : « The best years of our lives », et tu seras toujours vivant dans nos cœurs.
Merci Nabih pour ces mille et une soirées étoilées passées les yeux rivés sur l’écran du bonheur, l’écran du cinéma Paradiso qui nous a fait tant rêver.
Au revoir Nabih... « Sayonara ».
Rose-Marie et Émile CHAHINE

