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Culture - Exposition

La vie dans tous ses états sous les flashes des photographes...

Plus de soixante photographies par quinze photographes, libanais et étrangers, tapissent les murs de la galerie Tanit (Naila Kettaneh Kunigk) à Mar Mikhaël. Un tir groupé pour l’œil de la caméra, avec de multiples techniques de transformation, où la vie, dans tous ses états, vibre de mille éclats.

Les bonbonnes de gaz de Nancy Debs Haddad.

Témoignage, lyrisme, dénonciation et fantaisie pour un bouquet d’images d’une netteté renversante. Ou d’un flou délibérément rêveur, parfois aussi secret et mystérieux. En tout cas plus dans la section art que sous le label photo-passeport ou amateur du dimanche... Quinze noms affichent leur talent, leur originalité, leur savoir-faire, leur personnalité, leur équilibre entre réalité et imaginaire. Quinze noms à retenir ou qui ont fait déjà leurs armes. Et qui ont pour point commun la qualité d’une présentation qui capte le regard, transcende (ou flirte avec) le quotidien et pique la curiosité.


Et on cite volontiers (par ordre alphabétique) ces artistes maîtrisant leur caméra et en jouant, non avec la même égale originalité, bien entendu, mais toujours avec inspiration et dextérité: Lamia Maria Abillama, Nadim Asfar, Christian Carle Catafago, Franck Christen, Sarah Charleworth, Nancy Debs Haddad, William Eggleston, Fouad el-Khoury, Gilbert Hage, Joumana Jamhouri, Houda Kassatly, Serge Najjar, Randa Mirza, Giulio Rimondi, Roy Samaha. Une ronde-flânerie au milieu de ces paysages variés où l’instantané s’impose pour des images qui ont la vertu (et le vice!) de conter, interpeller, saisir au collet, faire rêver.


Fraîcheur du soir avec Ehden saisi par un collier de lumière dans la nuit. Peupliers qui frissonnent au vent du soir et maisons juchées à flanc de coteau telle une aquarelle transparente... Telle est la vision rurale, empreinte de tendresse et de poésie de Lamia Maria Abillama. Envol vers les cieux et les toits de Beyrouth avec Nadim Asfar qui, par deux clichés sobres, évoque, à travers un drap de lit, le mal-être, le repos. Inquiétant repos qui pourrait être aussi éternel...
La nature ébouriffée par le vent et captée par la lumière. Des arbres – en l’occurrence des oliviers – sur fond d’azur par Christian Carle Catafago. Si la paix pouvait s’arrêter et s’accrocher à ces branches aux feuilles discrètement nacrées... Toujours les arbres, surtout ce bananier, comme dans une toile d’Henri Julien Félix Rousseau, dit le Douanier Rousseau, avec Franck Christen. L’aspect naïf en moins, mais avec la même épaisseur et la même tendresse des branches qui ploient sous leur poids de verdure.


Sarah Charleworth, décédée il y a à peine un mois, offre les plaisirs gourmands de la table avec une nature morte. Des fruits astucieusement présentés sur une coupelle. On dirait une toile baroque qui n’a rien à envier par ailleurs à l’hyperréalisme léché et luisant de Samir Tabet.

 

Les natures mortes de Sarah Charleworth.

 


Air perfide et empoisonné du temps sur fond de vacances avec la bonbonne de gaz de Nancy Debs Haddad. L’artiste jongle avec l’imaginaire, en accolant aux tubulures et robinet d’une bonbonne de gaz (comme s’il s’agissait d’une illustration de La Guerre des mondes de H. G. Wells contre un poison nocif et létal!) l’image paisible d’un dessin mural représentant un enfant. Un enfant insouciant qui va à la pêche avec une nasse sur les épaules, ne se doutant guère du danger qui le guette... «On the road» à la Jack Kerouac, pour ces bribes d’images aux couleurs savamment diluées, empreintes d’évasion, gorgées de lumière, faussement calmes de Memphis signées William Eggleston. Un artiste aux dessins expressionnistes abstraits qui a frayé avec le cercle d’Andy Warhol et s’est rapproché du cinéma.


Esprit critique avec Fouad el-Khoury qui fait vivre, en noir et blanc, le «keffieh» des fedayine, le Sporting Club avant l’invasion israélienne, l’ironie sur un match de football à Beyrouth (où l’esprit belliqueux est toujours de rigueur), des masques insolites sur des personnages figés, place des Canons, le jeu sur un toboggan, pour finir en ton rouge cramoisi sur un caisson de tomates en Palestine, modestement vendu en bord de route...


Oraison funèbre, tel un rêve de pierre ou une sculpture tombale, en noir et gris comme la cendre, de roses brûlées, calcinées pour Gilbert Hage.

 

L’olivier de Christian Carle Catafago.

 


Chaos et désordre organisé du port de Beyrouth avec des conteneurs empilés comme des boîtes d’allumettes: Joumana Jamhouri a le sens ludique d’une image abstraite aux lignes impeccablement tracées et colorées.


Architecture, sous pont sur une autoroute de Sin el-Fil, métro de Paris dans un partage équitable de l’ombre, de la lumière et des lignes pour Serge Najjar. Houda Kassatly et les glorieuses demeures à caractère historique détruites : un poème indestructible pour un vibrant hommage aux vestiges du passé ! Plus joyeux et teinté d’une certaine ironie est l’univers en noir et blanc de Randa Mirza où, par-delà tout voyeurisme, elle dénonce le risible machisme de jeunes mecs de la Grotte aux pigeons, exhibant leur corps dénudé en tant qu’émérites jongleurs pour des plongeons périlleux.


Le sel à allure de neige dans un marais salant, un camion roues dans l’eau, horizon de ville comme dans une toile de Chawki Chamoun... Ainsi se présente l’univers de tous crins de Giulio Rimondi. Illustration vivante de ces bribes de vie sont les photos de Roy Samaha qui fait feu de tout bois: détails d’une voiture, rideau baissé d’un magasin, la vacuité de l’esprit, un besoin de flânerie, de voir toujours plus, plus loin, ailleurs...


Dans ce stock d’images de tous crins, n’est-ce pas là l’essence de l’art de la photographie qui voudrait fixer à jamais l’insaisissable, le fugace, le périssable et l’éphémère ?

 

 

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