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Culture - Exposition

Etel Adnan telle qu’en elle-même

À la fois mélange d’œuvres anciennes et nouvelles, hommage et regard global, telle se présente l’exposition d’Etel Adnan à la galerie Sfeir-Semler. À quatre-vingt-huit ans, l’auteure de « Sitt Marie Rose » diffuse, en toute clarté, toujours la poésie et la vie dans la simplicité de ses créations.

L’une des grandes tapisseries avec des motifs en mouvements et tonalités osées. Photo Michel Sayegh

À travers le film documentaire signé Vouvouna Skoura, projeté sur le mur de l’entrée, la voix d’Etel Adnan, si particulière, résonne. Elle résonne dans les grandes salles blanches dominées par de grandes baies vitrées donnant sur le ciel azur de Beyrouth, à La Quarantaine. Présence sonore qui accompagne peinture, aquarelle (« makemonos »), livres, vidéo, film documentaire et tapisserie formant l’ensemble-mosaïque d’une exposition où couleurs, mots et images de l’auteure de Jébu s’imbriquent étroitement mais en toute liberté.


Plongée rafraîchissante dans le monde pictural d’une image quasi obsessionnelle, d’une douce sérénité, déclinée en presque une quarantaine de toiles dont les dimensions sont toujours réduites (entre 25 x 30 cm et 40 x 50 cm) pour parler de cette montagne fascinante, de ce soleil, carré ou rond, de cet horizon (une ligne, convexe ou concave), de cette mer... Huiles soigneusement étalées, couleurs basiques, adroitement, presque laborieusement agencées, sans fanfare ni prétention. Un monde épuré, net, simple, aux confins du minimalisme, pour une âme et une représentation d’enfant.


Livrées à la lumière vive du jour, les quatre grandes tapisseries (de 1,50 m x 1,30 m à 1,59 m x 2,14 m) avec des motifs en mouvements et tonalités osées font vibrer, avec éclat, leurs fils savamment entrelacés. Une maîtrise de plus dans le parcours d’Etel Adnan dont le travail ici s’apparente davantage à l’art pur qu’au design d’un objet décoratif ou d’embellissement.
En changeant de salles, apparaîssent sur leurs étagères-présentoirs les interminables « Leporellos », ces livres frises, rouleaux de papier en accordéon où sont tracés, en encre et aquarelles, des mots en arabe, choisis par l’auteure de L’Apocalypse arabe.


Les favoris d’une langue où Etel Adnan n’a jamais écrit (elle compose exclusivement en anglais ou en français), mais dont elle use pour sa signature, tel un emblème, une appartenance, qu’elle clame, appose et revendique.
Ces rouleaux de papier sont aussi l’écrin d’une poésie aimée, de vocables admirés. On y retrouve des bribes de la poésie d’Ounsi el-Hajj et certains aphorismes ou imprécations du verbe de Issam Mahfouz. Farandole gaie et aux allures calligraphiques (japonisantes !) où mots et formes se conjuguent dans un esprit ludique, à la fois fantaisiste et appliqué. Avec des touches de couleurs aux tendresses embrumées et économes.


En s’entretenant de l’amour des mots, on retrouve sur l’autre pan du mur, celui d’en face, une quarantaine d’ouvrages attestant de la production littéraire d’Etel Adnan. Elle, toujours éprise des idées et du Parnasse. Poésie, romans, essais, réflexions, méditation, correspondances, autant de créneaux pris déjà dans le sillage des traductions.
De l’allemand à l’arabe, les titres de la dame de Sauselito et de Beyrouth font miroiter, par-delà la tour de Babel, des langues, des paysages de soleil, d’attachement, de passion et d’aspiration à la paix, à la quiétude, au rêve, à la liberté, à l’émancipation.


En prolongement de ces couvertures de livres qui s’étendent des rives méditerranéennes aux longs séjours en Californie, en passant par Paris et les villes arabes, on lit avec plaisir certaines citations inscrites à même le mur. Comme un lien évident entre l’écriture et la peinture. Ou vice versa.
Dans cette sélection de pensées, un arrêt obligé, pour une féministe chevronnée, qui dit en substance : « Les femmes arabes forment un peuple à elles seules : une société secrète pauvrement organisée. »
Ou bien, un autre point de réflexion : « La couleur est le signe de l’existence de la vie. »
Et pour freiner la mégalomanie des hommes et des dictateurs cette phrase, à l’ironie mordante : « Nous sommes trop nombreux pour être indispensables. »


Avant de fermer la porte de la galerie, on retrouve, une fois de plus, Etel Adnan, telle qu’en elle-même, avec sa caméra super huit captant des images, impalpables et aériennes, qui défilent sur la blancheur du mur : des mouettes, le ciel, l’embrun de la mer...
Invitation au rêve, à l’évasion, à l’infini de la poésie, à l’écart de toute vanité, au joug de la liberté, au plaisir de se fondre dans la nature, au don précieux de se retrouver.


Par-delà cette palette de créations à multiples facettes on revient, en définitive, à cette dernière interrogation, tracée sur le mur, entre une multitude de phrases comme pour un livre ouvert. Interrogation frappante qui suscite curiosité et mystère : « Où ira-t-on quand les lumières s’éteindront et que l’on se
rassemblera ?... »
Oui, où ira-t-on ? Bien malin qui saura répondre. Là, même l’art, avec toute sa panoplie, n’y peut rien...

* Galerie Sfeir-Semler (Tannous Builfing, 4e étage, section Jisr La Quarantaine) jusqu’au 26 octobre 2013.

 

 

Pour mémoire

Etel Adnan honorée par l’État de Californie

 

Etel Adnan et « le crime d’honneur » (réservé aux abonnés)

 


À travers le film documentaire signé Vouvouna Skoura, projeté sur le mur de l’entrée, la voix d’Etel Adnan, si particulière, résonne. Elle résonne dans les grandes salles blanches dominées par de grandes baies vitrées donnant sur le ciel azur de Beyrouth, à La Quarantaine. Présence sonore qui accompagne peinture, aquarelle (« makemonos »), livres, vidéo, film documentaire et...

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