Avant l’autonomie, les Kurdes syriens à la recherche d’une unité

L’autonomie : un projet viable ?

OLJ
19/08/2013

Le nord de la Syrie abrite des ressources agricoles et surtout des gisements d’hydrocarbures : 60 % du pétrole syrien – des réserves estimées à 2,5 milliards de barils. Mais pour Jordi Tejel, il y a peu de chances pour qu’une région autonome kurde syrienne parvienne à l’autosuffisance. « Il n’y a pas de production industrielle et le territoire n’abrite qu’une agriculture de subsistance exposée à des risques de sécheresse. » De plus, les populations arabes accepteront difficilement de céder les ressources pétrolières aux Kurdes. Pour Heiko Wimmen, cette zone peut développer une attractivité économique en fonction du modèle institutionnel de la future Syrie. « Un régime démocratique transparent accompagné d’une ouverture des frontières peut permettre le développement d’échanges et d’investissements économiques, notamment venant de la diaspora kurde. » Mais le développement des échanges commerciaux avec le Kurdistan irakien reste la clé de la viabilité du projet d’autonomie. Cyril Roussel précise que ces échanges existent déjà – souvent sous forme de contrebande – par la frontière de Feshkhabur. Un pont flottant a notamment été installé pour la première fois entre les deux rives du Tigre début 2013. Par ailleurs, la région de Qamishli manque de ressources en eau. Une entente avec l’Irak pourrait permettre d’assurer son approvisionnement. Mais, note M. Tejel, « cela, ne permet pas l’autosuffisance. C’est de la dépendance envers les alliés ».
De plus, ces projets sont subordonnés à l’amélioration des rapports entre le Parti démocratique du Kurdistan irakien de Massoud Barzani et le PYD en Syrie. Si une entente se crée, la frontière pourrait être un point de passage important accompagné du développement d’infrastructures. « Pour l’instant, les choses sont bloquées car la Turquie ne voit pas d’un bon œil l’implantation du PYD en Syrie ; et Barzani est proche de la Turquie. Mais tout est provisoire dans la région, et les logiques commerciales peuvent faire évoluer les rapports politiques », affirme M. Roussel. Enfin, la question démographique représente une difficulté supplémentaire. Des populations arabes, souvent chrétiennes, sont implantées entre les trois enclaves kurdes. Comment dans ces circonstances envisager toute unité territoriale ? Pour M. Tejel, le rattachement de la Djezireh à la Turquie pourrait être une solution dans le cas d’une désagrégation de la Syrie. Si par contre le pays venait à se reconstruire sous la forme d’un État décentralisé, les trois enclaves pourraient devenir des provinces. « Le Grand Kurdistan n’est pas pour demain, mais des voies vers l’autonomie et le renforcement des relations entre zones kurdes sont dorénavant ouvertes », conclut M. Roussel.

 

T.B.

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