À l’intérieur du mouvement, l’élection d’un nouveau comité exécutif a été marquée – voire rendue possible – par une participation proactive des jeunes du mouvement. Il faut savoir en effet que les comités exécutifs du RD ont été toujours élus d’office depuis la création du mouvement en 2001, présidé par l’ancien ministre et député Nassib Lahoud, jusqu’à son décès en 2012. Cette année, la Jeunesse du mouvement s’est montrée plus que jamais attachée à tenir des élections en bonne et due forme, « surtout que le mouvement s’est opposé à l’autoprorogation du mandat parlementaire », précise Ayman Mhanna, membre élu du nouveau comité exécutif et ancien responsable de Tajaddood Youth. C’est dans ce cadre que la section Jeunesse a présenté quatre candidats aux élections du nouveau comité, dont l’un s’est également présenté à la présidence du mouvement, d’une manière symbolique. « Avec plus de candidats que de sièges à pourvoir (18 candidats se sont présentés pour les quatorze sièges que compte le comité exécutif et deux candidats se sont présentés à la présidence), la tenue des élections était ainsi garantie. » Cette motivation des jeunes n’a pas laissé insensibles les cadres plus âgés du mouvement, dont certains, parmi les candidats, ont « repris et amplifié l’appel à la tenue d’élections ».
« Une renaissance par les idées »
Le président élu, Camille Ziadé, compte lui-même sur les jeunes pour lui redonner goût à un exercice politique quelque peu déchu au Liban, comme il l’a exprimé lors d’un meeting restreint avec la Jeunesse du mouvement.
Antoine Haddad, réélu secrétaire du mouvement, valorise autant « la participation record des jeunes au scrutin », et la compétitivité qui, « bien plus que le consensus, est apte à renforcer la démocratie ». Si, à l’époque de « l’omniprésence d’un grand homme comme Nassib Lahoud », le consensus était la solution de facilité, le RD aura aujourd’hui signé « une nouvelle naissance », un renouveau, dont la seule marque serait « la rencontre d’idées pour instaurer une culture de la démocratie, indépendamment de l’âge et de l’appartenance de celui qui les exprime ». Antoine Haddad relève que « sept des quatorze membres du comité exécutif sont des nouveaux élus ; trois membres ont moins de trente ans et trois sont des femmes ». Ces éléments ne sont pas les reflets « cosmétiques » d’une image superficielle, mais seraient le prolongement de l’esprit même du RD : l’exercice démocratique qui transcende la seule recherche du pouvoir, en même temps qu’il veut transcender les appartenances susceptibles de limiter l’individu.
Mona Fayad par exemple, psychologue et professeur d’université, élue vice-présidente du RD (avec Wafic Zantout), tente d’expliquer l’essence du sentiment d’être d’abord libanais. Elle peine à comprendre la tendance à la présenter comme « une femme chiite ». « Quelle importance de savoir que je suis chiite ? Qu’est-ce que cela m’apporte à moi, ou même à ceux qui sont partisans du Hezbollah par exemple ? » se demande-t-elle, insistant sur l’idée que « si la confession se trouve en situation de force – grâce à l’hégémonie du parti qui la représente par exemple –, cela ne peut qu’affaiblir davantage l’individu. Or, l’idée même de se libérer de l’emprise confessionnelle est là ressentie par un nombre grandissant de personnes, mais la question est de savoir comment la mettre en œuvre ».
Tous s’entendent à dire que cette mise en œuvre doit passer par des jeunes. Ayman Mhanna explique que l’enjeu est « de convaincre le public des jeunes de notre engagement pour le redressement des institutions, mais avant cela, l’enjeu, plus complexe, est de leur redonner goût à l’action publique », aujourd’hui affadi chez les jeunes non partisans, ou encore chez les acteurs de la société civile.
Pourtant, depuis la création de la branche Jeunesse du RD en 2007, l’apport de celle-ci a pu produire des effets immédiats. Ayman Mhanna revient sur la campagne présidentielle de Nassib Lahoud en 2007, caractérisée par le recours aux réseaux sociaux, « entièrement confié aux jeunes », comme relais essentiel de la communication (« la page Facebook de la campagne était la troisième la plus lue »), à une époque où l’outil des nouveaux médias, qui connaîtra son envergure avec la campagne Obama en 2008, était encore peu exploité. Le programme électoral avait également inclus des idées avancées par les jeunes dont certaines, comme l’impératif d’un travail de mémoire au Liban, seront concrétisées par l’exposition Another Memory – face-à-face des versions de la guerre de 1975 dans les journaux –, coorganisée par la jeune doctorante, Lina Comaty, nouvelle membre du comité exécutif du RD. Une autre idée, celle de la nécessaire « concertation préalable avec la société civile pour définir les politiques publiques », devra se refléter sur la méthode de travail au sein du nouveau comité exécutif. Deux projets seraient prévus dans ce contexte : « D’abord, un programme commun d’ateliers permanents d’élaboration de politiques publiques au Liban, incluant des jeunes qui ne sont pas membres du RD, mais des spécialistes issus de la société civile; ensuite, l’organisation d’un forum régional en 2014, en partenariat avec le Parti social libéral danois, sur la gestion de la diversité par les partis laïcs de la région », conclut Ayman Mhanna.


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