La mimolette est le fromage national français depuis Louis XIV... Photo AFP
Pour Jill Erber, propriétaire du magasin, l’affaire tient presque du religieux. Il y a quelques semaines, elle « venait de lire un article sur cette histoire quand le jour même, une grosse commande de mimolette nous a été livrée au magasin. J’y ai vu un signe », dit-elle. La boule orange est alors devenu le combat de cette élégante jeune femme, site Facebook et compte Twitter à l’appui, en faveur d’un fromage « aux saveurs subtiles, à la texture crémeuse et tendre », dit-elle, qu’elle a commencé à vendre il y a neuf ans, dès l’ouverture d’une première boutique.
« J’adore aussi saisir l’occasion de m’en prendre aux réglementations stupides », ajoute Jill Erber qui convie d’ailleurs ses clients à faire de même. « Essayez la mimolette et goûtez un peu de polémique ! » propose une affichette plantée sur des petits dés de fromage offerts à la dégustation. Dans la partie restaurant, un petit texte sur le menu des assiettes de fromage informe le client : « Savez-vous que la FDA a interrompu les livraisons de mimolette, le fromage national français depuis Louis XIV, à cause de mites à fromage qui sont naturelles ? » Depuis, les gens viennent en réclamer : « Ils me disent : je veux en goûter avant qu’il n’y en ait plus ! » raconte-t-elle, précisant qu’elle écoule désormais trois ou quatre kilos par semaine (à 48 euros le kg), au lieu d’une livre (environ 500 grammes) d’ordinaire, de ce fromage auparavant pas vraiment connu des Américains. Les « gens aiment bien se rebeller un peu, c’est un peu bête de le faire pour du fromage mais en ce qui me concerne, je n’aime pas qu’on me dicte ce que je dois manger ou pas », ajoute-t-elle, en craignant que la mimolette ne crée un précédent. Liz Elliott-Kimmel, une retraitée venue déjeuner sur place, vient d’en goûter pour la première fois : « Il a très bon goût, c’est excellent. » Pour Robert Stone, enseignant, « cette règlementation est stupide. On ne risque rien à le manger. Cela fait sans doute des centaines d’années qu’on le déguste. Et il faut en acheter avant qu’on ne puisse plus en trouver », dit-il. De fait, les derniers « 1 499,27 kg bloqués en entrepôt ont été détruits cette semaine », se désole Benoît de Vitton, responsable États-Unis de l’entreprise française importatrice Isigny.
La pénurie menace. Cécile Delarue, une journaliste qui a lancé la page Facebook Save the Mimolette, n’en trouve plus à Los Angeles. Sur cette page, des amateurs racontent se faire livrer des fromages trouvés à des centaines de kilomètres de chez eux. L’un en a stocké dans sa cave et en « laissera pour ses petits-enfants », s’amuse-t-il. D’autres mettent à contribution leurs amis de retour de France. Dans la boutique d’Arlington, une fête Mangez la dernière boule de mimolette est déjà prévue, dit Jill Erber, avec un « reliquaire » pour le dernier morceau.
(Source : AFP)

