La mariée de l’an 14 vue par Karl Lagerfeld pour Chanel.
Dior multiculturel
L’Europe, les Amériques, l’Asie, l’Afrique: le directeur artistique de Christian Dior, Raf Simons, a trouvé son inspiration en observant d’autres cultures et d’autres styles, pour la collection haute couture présentée lundi à Paris, bousculant quelque peu les codes de la vénérable maison parisienne.
Voilà un an que le designer belge Raf Simons a présenté sa première collection couture chez Dior. Depuis, il a modernisé avec succès les classiques de la maison, dont plusieurs pièces au look très parisien, que l’on a vues portées par des femmes fortunées du monde entier. Cette fois, le style est différent.
«J’ai commencé par regarder les clients haute couture de différents continents et de différentes cultures, et leur style propre», explique le couturier Raf Simons dans une note destinée aux invités.
«La collection n’est pas seulement autour d’un Dior parisien ou français, mais autour d’un Dior confronté au monde entier, et combien ces cultures de mode peuvent influencer la maison et moi-même», poursuit-il.
À l’image des clientes, Dior a choisi des mannequins de différentes origines : les Asiatiques sont nombreuses sur le podium, il y a aussi plusieurs femmes noires, alors qu’il y a encore peu de diversité sur les podiums.
On retrouve aussi cette diversité dans les looks. Il y a bien sûr la veste «bar», la plus connue de Dior, ainsi que du pied-de-poule. Mais certaines coupes font penser à des kimonos, des motifs renvoient à l’Asie centrale et d’autres à l’Afrique. Des imprimés plus graphiques, des rayures colorées, ont été inspirés par les Amériques.
Raf Simons a adopté des techniques traditionnelles, comme le «shibori» japonais, qui donne l’impression de pointes sur des robes en soie.
Le défilé a été très applaudi par des célébrités du monde entier, habillées en Dior, bien sûr, pour beaucoup. L’égérie de la marque, l’actrice américaine Jennifer Laurence, a «adoré». Tout comme la Française Léa Seydoux. Les stars asiatiques sont venues en nombre, comme l’actrice sud-coréenne Gianna Jun et la Chinoise Sun Li.
Le PDG de Dior, Sidney Toledano, avait l’air ravi. «La haute couture, ça marche très bien et partout. Raf (Simons, NDLR) a gagné le cœur des clientes qui existaient déjà et en a conquis de nouvelles. Les Américaines sont revenues avec force», se félicitait-il en coulisses.
La haute couture, «ce n’est plus un truc de vieille dame. Nous vendons beaucoup à des femmes de 30 ans», dit-il.
Avant Dior, le Français Christophe Josse avait présenté son élégante et lumineuse collection. Ses clientes affronteront le froid de l’hiver prochain dans de longues robes blanches et vieux rose, larges ou bien près du corps. Taffetas et mousseline seront réchauffés par de la feutrine de laine naturelle agrémentée d’un col en laine d’agneau.
Pour sa part, la styliste néerlandaise de 29 ans Iris Van Herpen a créé une collection résolument avant-gardiste, entre haute couture et art contemporain, science-fiction et poésie.
La journée de lundi s’est achevée avec Giambattista Valli.
Les séduisantes amazones de Chanel
Chanel, entre passé et futur: cent ans après l’ouverture de la première boutique de Coco Chanel, Karl Lagerfeld a fait défiler de séduisantes amazones assez futuristes et très féminines, dans un décor de vieux théâtre délabré, mardi 2 juillet, deuxième jour des collections haute couture à Paris.
Avant le défilé, le spectacle était dans la salle. Après les immenses éoliennes et l’énorme globe posés au beau milieu du Grand Palais, lors de précédents défilés, Karl Lagerfeld a installé ses invités, sous la verrière une nouvelle fois, dans un théâtre abandonné, peut-être victime d’un bombardement. Le plafond s’est effondré, les murs en béton sont noircis, les rideaux sont brûlés: un décor digne des meilleurs films.
Alors que des célébrités françaises, dont Virginie Ledoyen, Carole Bouquet et l’ancienne égérie de Chanel Inès de la Fressange s’installent au premier rang dans la discrétion, des stars asiatiques se font prendre en photo dans de superbes robes Chanel. Le tout sur un fond d’opéra. Puis Rihanna éclipse tout le monde en arrivant entourée de gardes du corps et de dizaines de photographes.
Elle est sexy en diable dès dix heures du matin, avec une grande crinière rousse, et pour seul vêtement un long gilet Chanel beige uniquement boutonné du nombril au haut de l’entrejambe.
Enfin, les rideaux s’ouvrent. Les mannequins commencent à défiler, en noir, blanc et gris surtout, devant la représentation d’une ville du futur, avec de hauts immeubles modernes. Ce pourrait être Singapour.
Ce sont des femmes séduisantes, à l’allure d’amazones. Les épaules de certaines vestes sont bien carrées, de très larges ceintures marquent la taille. Les jupes courtes sont portées avec des chaussures-bas en daim très fin, attachées avec une jarretière. Des robes se rallongent, tout en transparence pour certaines.
Plusieurs looks scintillent. «C’est de la broderie», explique Karl Lagerfeld. «Cette collection est presque entièrement brodée. Quelquefois, dans une robe, il y a trois brodeurs différents», dit le couturier. «Même ce qui ressemble à du tweed, c’est en fait de la broderie», poursuit Karl Lagerfeld.
Quant à la robe de mariée, «elle est féminine, mais aussi masculine», avec un manteau aux épaules carrées posé sur une robe raffinée en dentelle. «Des filles ont envie d’être plus masculines et d’autres plus féminines», ajoute le couturier.
À propos du décor, l’idée était «d’opposer le vieux monde et le nouveau monde. Chanel est l’ambassadeur du vieux monde dans le nouveau monde», explique-t-il.
Le raffinement et
la douceur d’Armani
Giorgio Armani a présenté mardi à Paris une collection couture tout en raffinement, avec les plus belles matières, et tout en douceur, avec beaucoup de rose pâle et de beige. Cette collection, faite de soie et de dentelle principalement, mais qui laisse aussi apparaître des plumes de marabout, est un rêve de haute couture.
Les longues robes se sont succédé sur le podium. Les silhouettes sont rose très pâle ou plutôt couleur «nude», et beige. «Nude», c’est d’ailleurs le nom de cette collection qui joue beaucoup avec la transparence, dévoilant largement le corps des mannequins.
Il y a beaucoup de brillance: le tulle peut être brodé de micro-baguettes en or, des leggings sont brodés de strass, il y a aussi des cristaux Swarovski, des perles et des paillettes. De quoi réveiller chez les femmes les anciens rêves de robes de princesse!
Chez Alexandre Vauthier, la femme est largement dénudée, extrêmement sexy, pour un résultat très réussi.
Les épaules des vestes sont carrées, donnant une allure conquérante aux mannequins. Les robes sont fendues laissant toute une jambe s’évader, les décolletés arrivent au nombril. Mathilde Seigner en sait quelque chose: la robe rouge à l’immense décolleté que l’actrice française portait au dernier Festival de Cannes était signée Alexandre Vauthier.
La collection est dominée par le blanc et le noir, mais un bleu ciel est venu l’adoucir. Le couturier a d’ailleurs choisi cette couleur pour le final du défilé: une jupe avec une longue traîne recouverte de plumes d’autruche bleu ciel, réalisée dans les ateliers du plumassier Lemarié, est accompagnée d’une veste qui brille de mille feux, tout en broderie.
Des femmes panthères défilent chez Gaultier
Jean-Paul Gaultier a fait défiler des femmes panthères, très sexy, pour sa collection haute couture présentée mercredi, pour laquelle il a puisé son inspiration dans le cirque et en particulier dans le personnage du clown blanc.
Le défilé démarre avec la musique du film La Panthère rose. Le premier mannequin porte un perfecto qui donne l’impression d’être en panthère, mais qui est en fait réalisé en cristaux Swarovski collés sur du cuir. En rose shocking, en imprimé rouge, sur les collants, sur du cuir, en plumes d’autruche, la panthère est partout, mais jamais en fourrure.
Sous le regard attentif de Catherine Deneuve, la star de la télé-réalité Nabilla, rendue célèbre par son désormais culte «Non mais allô quoi!», a d’ailleurs été l’avant-dernière à défiler, en robe bustier longue, ultrasexy, baptisée «black panther».
Jean-Paul Gaultier vante «la féminité de la panthère, qui est sexy mais aussi élégante». Puis quand on l’interroge sur ce qui l’a inspiré pour cette collection, le couturier cite Fellini et son film Les Clowns ou encore David Bowie, au look de clown pour le clip Ashes to ashes.
Des mannequins défilent avec des chignons pointus dressés sur la tête et d’autres avec des chapeaux de clown.
Le couturier a dessiné de grandes poches très larges posées sur des pantalons près du corps et sur des jupes. «C’est comme des cornets de frites ou de glace», lance Jean-Paul Gaultier. «C’est pratique, on peut mettre plein de choses dedans», plaisante-t-il. La mariée y cachait des pétales de rose, qu’elle a jetés sur les invités.
Des silhouettes ont marqué les esprits, comme un smoking, dont la veste est surlignée de baguettes de jais et encore une robe verte faite d’un «millefeuille de mousselines multicolores», surmontée par un tour de cou bijou. Dans le même genre, une robe longue «généreusement échancrée» est faite de mousseline violine, avec un grand décolleté brodé de cristaux.
Tout ce qui scintille
Frank Sorbier a, lui, choisi le jardin de l’ambassade de Suisse pour présenter sa collection inspirée du Moyen Âge. Les pièces, comme un manteau à grand col châle, avec des motifs «chimères et oiseaux» comme des tapisseries, font penser à de belles enluminures.
Le couturier a par ailleurs créé des cuissardes entièrement recouvertes de dentelle rebrodée. Ses grandes robes semblent tout droit sorties de peintures médiévales.
Les défilés se poursuivaient mercredi soir, avec Yiqing Yin, Valentino et Viktor&Rolf.
Georges Chakra
tout en grâce
Chez Georges Chakra, l’hiver 2013-2014 se pare de tous ses éclats pour une allure qui va à l’essence du raffinement. À l’honneur, une séduction en toute grâce.
Telle une déesse, la femme Georges Chakra a un port majestueux, une allure fière. La silhouette s’enlace de fourreaux de caractère, de volants de ballerine, de plissés allègres et de géométries variables de dos dans des tissus nobles tels la guipure, l’organza et le satin cuir. Faste de fleurs, motifs Art déco, arabesques, patines d’or enchantent les silhouettes pour une allure des plus
glamour.
La palette de couleur est lumineuse. L’or décline toutes les nuances poétiques de bronze, mordoré, vermeil, lamé, vieil or. Des tonalités harmonieuses de vert, violet, lie-de-vin, et des duos noir et blanc qui s’accordent à merveille.
Mélange de blanc onirique et de noir cristallin, la robe de mariée avec son voile noir parsemé de fleurs blanches complète le tableau d’une collection olympienne et somptueuse.

