Rechercher
Rechercher

Culture - Exposition

« Le feu de l’eau », ou la peinture primale de Zad Moultaka

Quand il parle de musique, il évoque des couleurs. À propos de peinture, il parle de sons et de timbres ! Zad Moultaka est ainsi fait. Il inverse les vocabulaires appropriés et essaie d’unir les contraires. Autant dans ses compositions musicales que dans ses œuvres picturales.

Un coin de l’exposition. Toutes les œuvres ont les mêmes dimensions, 150 x 220 cm. Photo Michel Sayegh

On ne s’étonnera donc pas qu’il ait intitulé sa série de grandes toiles, des techniques mixtes sur papiers montés sur panneaux de bois de grand format, «Le feu de l’eau».
Car ce pianiste et compositeur connu et reconnu s’aventure également sur les chemins de l’expression picturale. Un art auquel il s’adonne dans l’intimité depuis une vingtaine d’années. Et dont il s’est enfin décidé à dévoiler quelques pans à l’instigation de la galeriste Nadine Begdache, son amie, son mentor depuis
toujours.
Pour sa première exposition individuelle (il avait auparavant juste présenté une œuvre dans le cadre de «Rebirth» en mai 2011), Zad Moultaka a choisi d’opérer un retour aux sources. Dans tous les sens du terme.
Parce que, outre le fait que ce musicien installé en France vienne exposer à Beyrouth, c’est aussi vers sa terre, sa montagne d’origine, Tannourine, qu’il est retourné pour élaborer, en l’espace de quelques mois, la dizaine de grandes peintures qu’il donne à voir, jusqu’au 12 juillet, à la galerie Janine Rubeiz*.
C’est isolé dans les hauteurs montagneuses, entièrement immergé au sein de cette nature plutôt sauvage, tout en aspérités, en reliefs rocheux, en cavités et gouffres formés par de souterrains combats de forces telluriques, que Zad Moultaka va trouver l’inspiration. Et tenter de capter dans cet environnement brut cette énergie primale, créatrice, qui régit le monde et dont il cherche à saisir ne serait-ce qu’une infime part dans son travail pictural.
Une quête de mystère, de souffle spirituel, d’aspirations inconscientes que l’artiste traduit, paradoxalement, par une peinture extrêmement
physique.
Car il procède par projections, à grands gestes, d’eau et de pétrole – deux substances antinomiques – sur ses toiles posées à même le sol. En réalité, de grandes surfaces de papier sur lesquelles il aura précédemment lancé des couleurs (pigments naturels, peinture à l’acrylique ou encre). Puis soulevant d’un côté et de l’autre le papier, il guide ainsi le jeu du hasard et des motifs qui s’y forment par le mouvement et l’interpénétration des masses colorées et fluides. Arrive un moment où, invariablement, sous le poids de l’eau et de l’essence, la feuille ploie, s’affaisse, faisant surgir des déchirures. Comme l’eau qui fragilise la roche, en fissure les strates jusqu’à l’effondrement... L’artiste s’en saisit, la froisse, la malaxe, puis en transpose rapidement ses fragments, «corrodés» par l’effet conjugué des matières et des manipulations, sur un autre papier. Ce travail – qu’il décline en variantes – donne ainsi naissance, «par la rencontre entre la matière chaotique et l’esprit, conscience humaine ou force qui la dépasse (...)» (dixit la plasticienne et professeur d’art Sophie Lambert, qui a signé le texte du catalogue de l’exposition), à une série de paysages abstraits.
Dominés par la déchirure – thème omniprésent chez cet artiste dans sa musique même –, ces paysages terrestres, en relief, en superpositions de strates évocatrices de sédiments, de rouille, de couches telluriques, délivrent l’impression d’avoir été dessinés par le feu, «le feu
de l’eau»...
Quelque chose de primitif, de mystérieusement ancestral, s’en dégage. Comme des paysages intérieurs, des images spontanées affranchies de toute limite. «Des sons aussi, fait remarquer Moultaka. Les sons sourds et métalliques des gongs. Avec quelques-uns plus feutrés, plus ronds ou encore plus acides...»
Le musicien, qui confie peindre dans le silence «pour mieux entendre le son de la toile», puise à la source vive de l’éclat de l’eau versée sur la couleur, les images issues de son inconscient. Entre déchirure de l’exil et quête d’une terre... Toutes les interprétations sont permises!

*Raouché, imm. Majdalani, rez-de-chaussée. Horaires d’ouverture : de 10h à 19h. Les samedis jusqu’à 14h. Tél. : 01/868290.
On ne s’étonnera donc pas qu’il ait intitulé sa série de grandes toiles, des techniques mixtes sur papiers montés sur panneaux de bois de grand format, «Le feu de l’eau». Car ce pianiste et compositeur connu et reconnu s’aventure également sur les chemins de l’expression picturale. Un art auquel il s’adonne dans l’intimité depuis une vingtaine d’années. Et dont il s’est enfin décidé à dévoiler quelques pans à l’instigation de la galeriste Nadine Begdache, son amie, son mentor depuis toujours. Pour sa première exposition individuelle (il avait auparavant juste présenté une œuvre dans le cadre de «Rebirth» en mai 2011), Zad Moultaka a choisi d’opérer un retour aux sources. Dans tous les sens du terme. Parce que, outre le fait que ce musicien installé en France vienne exposer à Beyrouth, c’est...
commentaires (2)

Il faut, pour être capable de piger, gober à la volée le sens des "impressions" de l'Artiste....... Bravo Zad Moultaka !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

10 h 09, le 22 juin 2013

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Il faut, pour être capable de piger, gober à la volée le sens des "impressions" de l'Artiste....... Bravo Zad Moultaka !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 09, le 22 juin 2013

  • A-T-ON VERSÉ LES COULEURS SUR LES TOILES ET FAIT SAUTER DESSUS UN CHIMP ? DE L'ART ? JAMAIS ! DU BEAU ? DEMANDEZ À VOS YEUX... LE CONTRAIRE PLUTÔT !

    SAKR LOUBNAN

    09 h 26, le 22 juin 2013

Retour en haut