Président du groupe Fairfax, que l’on peut assimiler à une société de conseil en matière sécuritaire, chargée depuis sa création en 1982 de la gestion de crise et de l’investigation dans les affaires criminelles qui menacent la sécurité et la marche des États, des sociétés privées mais aussi des individus, Michael Hershman est en visite au Liban pour partager son expertise internationale en matière de transparence, de bonne gouvernance, de médiation et de responsabilisation (accountability). Même s’il est conscient de la gravité de la situation actuelle au Liban (« les menaces d’instabilité pèsent ; le pays fonctionne sans budget annuel, avec des vides chroniques, liés notamment à la nature sectaire de la composition du gouvernement et des institutions »), rien ne semble amortir l’élan de cet homme ayant parcouru le monde (136 pays), du Chili jusqu’en Inde, pour conseiller les États sur les moyens d’éroder cette masse occulte qu’est la corruption.
Lors d’une table ronde avec une poignée de journalistes au siège de l’ambassade US, Michael Hershman évoque plus d’une fois la complémentarité entre « la société civile, les hommes d’affaires et le gouvernement » dans cette lutte. Cofondateur en 1993 de Transparency International, principale association à but non lucratif œuvrant à l’échelle internationale pour la promotion de la transparence, aussi bien au niveau des affaires que du gouvernement, Michael Hershman retient de ses passages successifs au Liban « le pessimisme notable des habitants », qui distingue ce pays d’autres tout aussi corrompus, sinon plus. Même s’il relève dans l’intimité des Libanais « un espoir de changement », celui-ci est affaibli par l’inaction du peuple, « connu pourtant pour sa fierté ».
Pressions internationales sur le Hezbollah et autres
C’est donc en avançant des arguments concrets que Michael Hershman – également vice-président du groupe international d’experts sur la corruption relevant d’Interpol – tente de nourrir cet espoir de changement latent. D’abord, « la transparence et la responsabilisation n’ont jamais bénéficié d’outils aussi solides qu’aujourd’hui », assure-t-il, évoquant les nombreux traités internationaux et régionaux, ainsi que les législations anticorruption existant aujourd’hui. Revenant par exemple sur la directive Know your customer (Connais ton client) à laquelle les banques doivent se conformer, il s’attarde sur la convention des Nations Unies contre la corruption (2003) qui constitue le premier outil international de lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent.
Le Liban, qui vient de ratifier la convention en 2012, « progresse dans le sens de la reconnaissance de ces instruments de travail ». En effet, en adhérant à cette convention, il a une « obligation d’initier le changement » puisque la mise en œuvre de la convention sera contrôlée par un groupe de travail multinational ad hoc relevant des Nations unies et qui devrait se rendre au cours des prochains mois au Liban. « Si rien n’est fait sur le terrain, le pays sera très hautement critiqué », affirme Michael Hershman. Cette critique affecterait les rapports du Liban avec les comités d’aide internationale, les institutions financières, telles que le Fonds monétaire international, ou encore les banques et la communauté des hommes d’affaires. Sans évoquer de sanctions en termes, par exemple, de limitations des transactions commerciales du pays, l’expert souhaite néanmoins que « le Liban n’atteigne pas un stade, comme la Grèce, où il n’a d’autre choix que de faire ce qu’on lui dicte ».
Interrogé sur la possibilité d’obtenir la coopération de partis politiques puissants, tels que le Hezbollah, il évoque la possibilité de serrer l’étau sur ces acteurs en « limitant leur capacité de transaction monétaire en dehors du Liban ». « Même si les organes comme le Hezbollah ont tendance à recourir à des transactions en liquide, ils se trouvent au final contraints de recourir aux banques, souligne-t-il. Il viendra donc un moment où leurs partenaires financiers craindront d’être identifiés. »
Une autre méthode d’action se base sur la pression interne. S’il manque en effet « un champion au Liban, c’est-à-dire une personne avec la volonté politique de prendre en charge les dossiers de corruption, sans que la crainte de commettre potentiellement un suicide politique ne l’effleure », chaque citoyen pourrait en réalité jouer le rôle de champion, fait-il remarquer. Les médias, y compris les médias sociaux, ainsi que les ONG (il mentionne notamment l’Association libanaise pour la transparence) et les juges ont un rôle primordial à remplir. Des outils pratiques tels que l’informatisation des services (comme, récemment, les procédures douanières « e-customs » ) devraient nourrir la dynamique interne de lutte contre la corruption. L’exemple de la Malaisie, ayant adopté une politique de mesures graduelles de réformes, renforcées annuellement et mises en œuvre de pair avec la société civile, serait un modèle intéressant pour le Liban...
Pour mémoire
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16 h 23, le 13 juin 2013