De gauche à droite, Cyril Jabre, Denise Chéhab, Cecile Petit-Robert, Catherine Prost et Michel Moppert saluant le public à l’issue du spectacle. Photo Sami Ayyad
Pour avoir volé huit sous dans la caisse de l’épicerie familiale, un jeune garçon est privé de champignons au dîner, en guise de punition. Des champignons qui s’avéreront vénéneux et provoqueront la mort des onze autres membres de sa famille. Ayant survécu en volant, l’orphelin allait donc continuer ainsi... à tricher tout au long de sa vie. Tour à tour chasseur de restaurant et groom de grands hôtels, puis croupier à Monaco, il sera équisitionné durant la Grande Guerre, blessé dès la première minute et sauvé par un certain soldat, Charbonier, que les hasards de la vie remettront sur son aventureux chemin. Une seconde rencontre qui fera à nouveau basculer la vie de ce tricheur impénitent...
Décidément très en vogue ces jours-ci sur les planches beyrouthines, le célèbre auteur dramatique «parisien» du siècle dernier, réputé pour ses saillies mordantes, son cynisme raffiné et élégant ainsi que son amour des femmes paradoxalement teinté de misogynie, continue à faire recette auprès de nombreux publics amateurs de bons mots. Sauf qu’en l’occurrence, à la facilité d’une des pièces de boulevard du dramaturge-humoriste, Plisson a préféré s’attaquer à un de ses textes les plus difficiles, les plus subtilement corrosifs sous une apparente légèreté de ton. Un roman qui explore la nature humaine, la morale et le monde du jeu, du luxe et de l’argent, à travers les Mémoires d’un tricheur (titre initial du livre de Guitry qui en réalisera lui-même, dans les années 30, le film rebaptisé Roman d’un tricheur). Lequel, attablé dans le bar-restaurant d’un hôtel, consigne par écrit, sous l’œil complice du barman, ses souvenirs des moments décisifs de sa vie qui ont fait de lui un tricheur patenté...reconverti en joueur passionné.
Faire de ce monologue une comédie pour cinq comédiens amateurs, voilà le défi que s’est lancé Alain Plisson qui n’a pas voulu « succomber à la facilité du one-man-show, un procédé dont on a beaucoup abusé ces dernières années (...) », explique-t-il dans le livret de la pièce. Il a peut-être, aussi, voulu se démarquer de l’adaptation pour deux personnages (le narrateur et son confident, le barman) qu’en avait faite Francis Huster, le premier à avoir osé transposer et interpréter ce texte littéraire au théâtre (Edouard VII) en 2005. Et puis, c’est bien connu, outre l’amour de la belle langue, Alain Plisson cultive l’esprit d’équipe et le goût de la scène comme aire de jeu. Un plus qui affaiblit parfois le spectacle...
Ainsi, dans cette pièce qui repose, essentiellement, sur le «récit» du narrateur (interprété, ou plutôt conté, avec fluidité par Michel Moppert) et, dans une bien moindre mesure, sur la présence complice du barman (Cyril Jabre), le metteur en scène n’a pu s’empêcher d’introduire des personnages issus des souvenirs du tricheur. À savoir les deux figures féminines marquantes de sa vie : celle qui le déniaisera et celle qu’il épousera, l’une interprétée par Catherine Prost et l’autre « mimée » (référence sans doute au film muet et en voix off de Guitry) par Denise Chéhab.
Tout comme il n’a pas résisté à l’envie de convoquer l’auteur virtuellement sur scène par le biais d’un certain M. Guitry poursuivant de ses assiduités au téléphone une cliente de l’hôtel – que l’on voit entrer et sortir en coup de vent (Cécile Petit-Robert). Un petit clin d’œil au grand séducteur amateur de femmes qu’était Guitry et l’expression, une fois de plus, de l’éternelle fantaisie plissonienne...
Le Roman d’un tricheur est à l’affiche du théâtre Tournesol ce soir encore et demain, dimanche 26 mai, ainsi que du jeudi 30 mai au dimanche 2 juin (20h30). À signaler que la majorité des représentations sont données au profit des associations caritatives suivantes: Caritas, l’ordre du Mérite, la Ligue maronite, Louise de Marillac, Amel et la Ligue latine.
*Billets en vente à la librairie Antoine Achrafieh et au théâtre Tournesol. Réservations au 01/381290.


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