Pierre Frolla nage au milieu des requins à l’Aquarium de Paris le 11 novembre 2012. Thomas Samson/AFP Archives
« Quand je faisais de l’apnée en compétition, j’en avais très peur mais je ne les voyais jamais », poursuit le plongeur qui a voulu affronter ses angoisses, encouragé par un ami spécialiste de la photographie sous-marine. La plongée décisive a eu lieu à La Réunion en 1999. « J’étais comme nu, en apnée libre, en totale harmonie avec le milieu... et le fameux requin-bouledogue bien plus craintif que moi », raconte le Méditerranéen. Un peu plus tard, c’est la « rencontre » avec l’énorme requin blanc en Afrique du Sud, où les côtes regorgent de squales. Lui voit un être « majestueux », inspirant « l’humilité, la fascination ».
Avec l’enseignement de la plongée et des séances d’entraînement pour rester capable de demeurer plusieurs minutes sous l’eau sans respirer, nager avec les requins remplit désormais une bonne partie de son agenda. Le plongeur participe à des documentaires et au repérage de requins pour des suivis scientifiques. Le tout sans bouteilles à oxygène et sans cage de protection.
Pas de couleurs vives
« Avec des bouteilles, on fait des bulles et du bruit, ce qui dérange les animaux qui seront moins faciles à approcher, et il est aussi moins aisé de se déplacer », explique ce petit gabarit aux yeux noirs pétillants. Pour ne pas le provoquer, l’apnéiste a quelques principes : jamais de couleurs vives, jamais de plongée en solo, ne pas lui tourner le dos, rester vigilant. « Le requin est curieux, pas forcément très intelligent, mais opportuniste », selon lui. « Je veux le comprendre, nager avec lui, et s’il me le permet, je veux le toucher », confie-t-il. Des films le montrent en train d’évoluer avec des requins énormes, qui viennent nager sans agressivité un moment avec des hommes.
« Jaws a donné une fausse image des requins, assoiffés de sang », expliquait récemment Pierre Frolla lors d’une conférence à l’Institut océanographique à Paris. Pour lui, « le requin tigre et le requin blanc sont potentiellement dangereux, mais ce ne sont pas des tueurs d’hommes ». Il y a pourtant des attaques : 78 recensées en 2012 dans le monde, dont 8 mortelles. « Bien moins que par des piqûres d’abeille », fait remarquer l’apnéiste. Les scientifiques avancent des hypothèses : problème de territoire avec les surfeurs, nourriture insuffisante, planche de surf ressemblant à une tortue de mer.
En revanche, les avis sont unanimes sur le déclin des populations de requins, dont le rôle de prédateur est essentiel aux écosystèmes marins. « Je vois très peu de requins en Méditerranée, et lors de mon dernier voyage en Nouvelle-Calédonie, je n’en ai pas vu, c’est un vrai changement avec mon premier voyage dans l’archipel il y a dix ans », regrette le Monégasque pour qui le Pacifique Sud, par la richesse de sa biodiversité, est le paradis des plongeurs.
(Source : AFP)


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