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Culture - Théâtre

Leçons de sagesse avec Ésope en langue arménienne...

Rendez-vous annuel des amoureux de la scène en langue arménienne au théâtre Hagop Der Melkonian (Bourj Hammoud). À l’affiche, « Le Renard et les raisins » du Brésilien Guilhermo Figuereido.

Six personnages en quête de richesse, paix de l’esprit, liberté et amour.

Leçons de sagesse avec Ésope qui inspira à La Fontaine, devant l’incapacité de satisfaire nos désirs, cette phrase lapidaire : « Trop verts, ils sont bons pour des goujats ! »
Salle comble pour la première autour des fables d’Ésope. Une tragi-comédie signée Guilhermo Figuereido, dramaturge contemporain décédé en 1997, où le théâtre, dans un sillage sagement «pirandellien», prend la voilette de l’histoire antique. Pour asséner de belles leçons de réflexion et de comportement devant la cupidité, l’arrogance, la vanité et la fatuité des êtres. Et tout cela en remontant à Samos, bien avant l’ère christique.
Dans un décor dépouillé mais efficace (avec cependant un point disgracieux dans le tableau : des micros noirs qui pendouillent en l’air comme des tarentules géantes), fait de voilages en gaze blanc et rose sur quelques colonnes ioniennes, avec sculptures de feuilles d’acanthes. Colonnes se profilant sur une étoffe satinée représentant un fond bleu d’azur méditerranéen. Entre ciel et terre, sur une terrasse brassant l’air du large, par-delà intrigues et complots sous un même toit, six personnages en quête de richesse, paix de l’esprit, liberté et amour.
Dans cet intérieur livré à tous les vents, vit un couple bourgeois et frivole, formé par la belle Cléa et son pompeux mari Xantus. À leur service, la dodue camériste Méli qui en pince pour le patron. Arrive dans ce chaudron conjugal branlant, Ésope le fabuliste, personnage à la laideur répugnante, rusé, bossu, au nez en éteignoir de bougie, mais pétillant d’intelligence et de sagesse, malgré son statut inférieur d’esclave. Un vrai renard. Un manipulateur pour ces cervelles d’oiseau et, contre toute attente, qui volera même le cœur de l’épouse que la vertu et la fidélité n’étouffent guère... Ajoutez à cette brochette un Éthiopien tout noir, muet, pour cravacher l’esclave et un centurion au casque en crête de coq pour semer la zizanie et enivrer, en une soirée bien arrosée, le maître des lieux. Et lui soutirer, mine de rien, tous biens et dignité...
Sur ce canevas boulevardier, très style vaudeville avec revirement de situations (mais sans portes qui claquent !) et quiproquos, un peu loufoque et caricatural, entre deux répliques cocasses et envolées philosophico-métaphysiques, le renard regarde avec envie ces «raisins» (comprendre la beauté de Cléa, le pouvoir d’argent et de liberté de son maître, ainsi que son rêve et son besoin de voyager au loin) mais, sachant la témérité de ses désirs, ne succombe pas à ses tentations.
Traduite dans une langue arménienne usuelle simple, cette pièce (un peu trop longue avec ses actes qui durent plus de deux heures !) aurait gagné à être abrégée, allégée. Avec des costumes d’une exquise élégance (Alice Avakian), dans une mise en scène (signée Yervant Ghazandjian, arrivé d’Erevan il y a un mois et demi pour mener à bien l’entreprise) sobre et quelque peu académique, sans trouvailles scéniques réelles et un démarrage lent, les personnages campent habilement leurs rôles farfelus et un peu disjonctés.
Cléa (Arpie Soghomonian Karamlian) ne se contente pas d’être séduisante (en rose ou en blanc) mais a de l’éclat et un jeu juste. Xantus (Harout Manouguian), même s’il oublie parfois son texte, reste sympathique dans sa balourdise et sa gestuelle grandiloquente. Méli est délicieuse (Christina Srapanian) dans sa déclaration d’amour non partagé. Le centurion (Hovakim Kechichian), toujours hagard et perdu, baragouine ses «oui» et ses «non» en tâtonnant, pour retrouver ses mots ou son texte!
La palme du meilleur acteur revient sans conteste à Harout Torossian. Il incarne un Ésope plus vrai que nature. Émotion, sensibilité, maîtrise du regard, du geste et de la voix, dans le cadre d’un théâtre très classique, très conventionnel. Sa prestation nuancée donne du nerf à une pièce qui oscille entre humour et mélo, avec un discours parfois verbeux et sentencieux.
Un bon moment de théâtre, malgré longueur et certains creux, où divertissement, drôlerie, culture, morale et réflexion (effet de miroir pour un pays comme le nôtre, rongé par le consumérisme, les apparences clinquantes, le renversement des valeurs, la rapacité et l’anarchie) font un heureux ménage. Pour une bonne prise et remise des consciences!
Leçons de sagesse avec Ésope qui inspira à La Fontaine, devant l’incapacité de satisfaire nos désirs, cette phrase lapidaire : « Trop verts, ils sont bons pour des goujats ! »Salle comble pour la première autour des fables d’Ésope. Une tragi-comédie signée Guilhermo Figuereido, dramaturge contemporain décédé en 1997, où le théâtre, dans un sillage sagement «pirandellien», prend la voilette de l’histoire antique. Pour asséner de belles leçons de réflexion et de comportement devant la cupidité, l’arrogance, la vanité et la fatuité des êtres. Et tout cela en remontant à Samos, bien avant l’ère christique.Dans un décor dépouillé mais efficace (avec cependant un point disgracieux dans le tableau : des micros noirs qui pendouillent en l’air comme des tarentules géantes), fait de voilages en gaze...
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