Gucci automne-hiver 2013-2014. (Tiziana Fabi / AFP)
Comme à l’accoutumée, Miuccia Prada a fait l’événement en aménageant pour ses modèles « la maison idéale ». Dans cet « intérieur peuplé de meubles géométriques et d’objets de la vie quotidienne, les mannequins déambulent comme s’ils étaient les personnages de scènes domestiques sophistiquées », explique-t-elle.
Perchés sur des chaussures oversize à la semelle impressionnante, ces jeunes hommes ne se séparent pas de leur pullover rigoureusement rouge, même avec une veste. La chemise à carreaux se pare d’un mini-jabot, le costume est pied-de-poule et la veste en cuir, ample mais courte sur la taille, est indiscutablement années 70, que ce soit en rouge, bleu ciel ou crème. Il en existe aussi une version longue pour les contrées venteuses. On n’hésite pas à endosser un costume dépareillé : veste rouge sur pull gris avec un pantalon bleu. Le pull dépasse de la veste : ce n’est pas moche puisque Prada nous y autorise. Pour passer inaperçu, un manteau oversize gris fait contraste avec un pantalon slim. La cheville est à l’air, même lorsqu’on porte des bottines. Côté détails, le manteau noir ou camel se pare d’un col rouge pour attirer les regards, et la veste noire choisit un col bleu. Au travail !
Collection iconique
chez Bottega Veneta
Ambiance studieuse chez Bottega Veneta, l’Hermès italien, qui a « voulu explorer l’icône du costume masculin », selon les propres mots du styliste-maison Tomas Maier qui a pour objectif « un look sobre et calibré ». La silhouette, adhérente au corps, est soulignée par la précision dans les détails : la veste est courte sur la taille et suit la courbe du dos, les boutons jouent à cache-cache, le porte-document est réduit à l’essentiel (en cuir ou en croco). La palette de couleurs est riche et intense : bleus sombres, gris, prune, des touches de vert et de bronze et, bien sûr, du noir et encore du noir. Les matières sont luxueuses : cachemire, flanelle de laine légère, laine peignée et cuir. Le sérieux n’exclut pas la sensualité : les petits costumes de bureau existent aussi en version cuir hyperraffinée, idéale pour un dîner en tête à tête et plus si affinités. Existe au choix en prune, camel ou rose poudré.
Du bling-bling au rocker en colère, il y en a eu pour tous les goûts au premier jour des défilés de prêt-à-porter masculin pour l’automne-hiver 2014 à Milan, où le duo Dolce & Gabbana a présenté un show aux tonalités religieuses et nostalgiques à la gloire de la Sicile. Dévotion « , c’est le credo adopté par la maison milanaise, qui a fait défiler une nouvelles fois non des mannequins professionnels, mais des Siciliens repérés dans la rue par Domenico Dolce et Stefano Gabbana.
Le Sicilien de base
chez Dolce&Gabbana
Avec en toile de fond un autel orné d’une Vierge à l’Enfant, ces modèles d’un jour aux allures de premiers communiants ont déambulé sous d’imposants lustres ornés de roses multicolores et de lierre. Du noir, beaucoup de noir, et du blanc, version immaculée ou ornée de broderies. Les amples tee-shirts de soie (jaune d’or, bleu nuit ou blanc) sont imprimés de fleurs ou de reproductions d’icônes religieuses rehaussées de passementerie et de fil d’or. Le pantalon à pinces est haut sur la taille, les vestes courtes, pour un rendu très torero. Le manteau est croisé et classique. Une série de vestes et manteaux reprend les grosses fleurs style canevas chères à nos grands-mères.
Le « gangsta »
de Versace
Autre maison, autre atmosphère : une fois de plus, Donatella Versace casse la baraque avec la panoplie complète du gangsta rapper très « pimp style ». Manteaux de fourrure à poils longs (en noir ou blanc), perfecto clouté et orné de graffitis multicolores, costumes croisés style « Le Parrain ». Pour en mettre plein la vue, il suffit d’enfiler un pantalon à pinces en cuir rouge accompagné d’un perfecto immaculé et de mocassins à semelles compensées. Sans oublier les sous-vêtements en dentelle noire tout en transparence. Loin de ce style bling-bling, la créatrice allemande Jil Sander, qui a fait au printemps dernier son retour sur les podiums après sept ans d’absence, a choisi de dédier sa collection à la « masculinité épique ». Fidèle à ses habitudes, la reine du minimalisme a dessiné une silhouette étirée et épurée, aux volumes généreux mais contrôlés, et parsemée de motifs géométriques en trompe-l’œil. Du vert sapin au bleu cobalt, en passant par le rouge kirghize, les tenues monochromes sont privilégiées. Redingotes en feutre, pantalons tubulaires et pulls débardeurs (bicolores et en cachemire) forment la base de la garde-robe.
Les fashionistos aux goûts plus classiques se réfugieront chez Burberry, où le styliste maison Christopher Bailey propose de petits costumes cintrés à assortir avec des manteaux et cabans d’esprit militaire. Ici aussi, la fantaisie a frappé, avec des imprimés zèbre et léopard pour les sacs et chaussures.
Lundi 14, c’était au tour de Emporio Armani, John Richmond, Gucci, Etro, Moschino et Fendi de présenter leurs collections.
Gros pulls et belles matières chez Gucci
La maison florentine Gucci a pris comme point de départ pour sa collection les tissus traditionnels anglais (vive les carreaux ! ), travaillés dans des matières raffinées : mohair, alpaga, cuir, shearling et laine. Le gros pull à torsades vert pistache ou le col roulé bleu ciel, en mohair vaporeux, donnent des envies de chocolat chaud au coin du feu. Les vestes et manteaux sont d’inspiration militaire : redingotes et vestes à gros boutons, cols de fourrure, épaulettes...
Le petit foulard noué dans la nuque est un must. Pas de chemise, mais des polos. Les pantalons sont plissés et amples sur les hanches. Pour les rebelles, des vestes de motard et bombers en cuir à effets craquelés. Les doublures sont en soie et flanelle. Pour le tapis rouge, le smoking se fait bicolore : veste effet astrakan avec pantalon gris flanelle.Côté pieds, une paire de boots en cuir noir, python ou crocodile pour le jour et une paire de derby en cuir vernis noir pour le soir. L’homme Gucci vit « uniquement selon ses choix. C’est un homme moderne avec une âme romantique », résume la styliste maison Frida
Giannini.
Bohème XIXe chez Etro
Souffle de chic bohémien chez Etro, dont les somptueux imprimés semblent sortir d’un conte des Mille et Une Nuits. Fourrure, soie, broderies, tartans, crêpe de Chine et velours, déclinés dans des couleurs chaudes et motifs exubérants, donnent le tournis. Le pantalon de velours noir est sublimé par une veste bronze doré aux motifs floraux ou une veste en peau retournée accompagnée d’un col roulé moutarde. Les vêtements se superposent et dialoguent : l’écharpe vert kaki reprend la couleur de la veste tachetée d’orange, repris à son retour dans le pull. Les couleurs claquent dans le velours : la veste vert émeraude ressort sur un pantalon violet profond. Le porte-document est bleu électrique : vous êtes sûr de ne pas passer inaperçu ! Les chaussures sont décorées de motifs végétaux et on n’hésite pas à se parer de colliers, boucles d’oreilles et autres médaillons.
Malgré le climat morose lié à la crise et le froid glacial, qui a soufflé sur Milan les quatre jours de défilés consacrés aux collections de prêt-à-porter homme pour l’automne-hiver 2013-2014, les acheteurs sont repartis satisfaits. La plupart en tout cas se sont réjouis évoquant « un retour à la sobriété et de très belles collections adressées aux clients qui recherchent la qualité et les vêtements de bonne facture made in Italy ».

