Rarement créateur français aura autant fait tourner la tête outre-Atlantique. Photo PixelFormula
« Le luxe est élitiste, c’est une notion à défendre, qui va de pair avec l’exclusivité », aime à répéter cet autodidacte de 41 ans, devenu à 26 ans l’héritier d’un des plus grands noms de la mode, celui de l’Espagnol Cristobal Balenciaga.
Et rarement créateur français et européen n’aura autant fait tourner la tête outre-Atlantique, où le monde de la mode s’est enflammé pour lui, avec en tête Anna Wintour, patronne redoutée de Vogue US. En 2001, la profession désigne ce « frenchie » « International designer of the year », soufflant cette récompense la plus convoitée à Karl Lagerfeld et Alexander McQueen.
C’est à 14 ans que le « jeune » homme brun, visage pâle, regard clair et silhouette frêle, né à Comines (Nord) en 1971, l’année de la mort de Coco Chanel, a attrapé le virus de la mode.
À 17 ans, il prend le train tous les week-ends pour Paris et va aider Corinne Cobson qui débute, et fait des stages pendant ses vacances, notamment chez Agnès B.
Un an plus tard, le bac en poche, à peine en stage chez Jean-Paul Gaultier, il est embauché par celui qui deviendra l’un de ses « maîtres ». Dans un entretien au Figaro, il se souvient : « La réalisation d’un rêve ! Gaultier, c’était mon idole d’enfance. Je suis passé de la tissuthèque à l’évidence, il n’a besoin de personne, surtout pas d’un bureau de style. J’avais 21 ans, c’était le
moment de bouger. »
Expérimenter
Ceux qui ont travaillé avec lui évoquent un certain entêtement, une persévérance à toute épreuve « pour mettre en œuvre sa vision de la mode et expérimenter coûte que coûte » : exaspérer les proportions (énormes poignets, cols minerves, bandeaux cagoule...), associer les contraires, le rigide et le fluide, superposer les morceaux de tissu comme les aplats en peinture, choquer aussi en associant un certain ascétisme monacal à un univers sado-maso.
Le dernier défilé Balenciaga avait été fortement applaudi
Des lignes pures et l’attention dans le détail, une capacité à synthétiser ce que d’autres peinent à percevoir dans l’esprit du temps, ajoutent-ils encore.
Entré chez Balenciaga en septembre 1995 pour dessiner des robes pour le Japon et des vêtements en cuir pour l’Amérique du Sud, Nicolas Ghesquière, qui a fait ses classes également chez Trussardi et chez Callaghan, va s’affranchir du mythe.
En mars 1997, Balenciaga lui propose de succéder au Néerlandais Josephus Thimister à la direction artistique.
Lorsqu’il présente sa première collection maison printemps-été 1998, sa mode radicale enchante autant qu’elle déroute, séduisant très vite les rédactrices de mode et des actrices devenues des égéries comme Charlotte
Gainsbourg.
Ses défilés sont pris d’assaut et les places rares, car il préfère des lieux intimistes aux grands-messes. Son dernier défilé a été longuement applaudi, comme d’habitude, notamment par l’actrice américaine Kirsten Stewart (Twilight), égérie du nouveau parfum maison lancé cet automne. On murmure déjà que le créateur serait courtisé par le groupe LVMH. Du côté de Balenciaga, on affirme qu’aucun changement ne sera effectué quant à la stratégie en cours.

