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Le symbole de toute une génération

Assem Salam n’est plus. Par-delà la peine immense qui nous saisit pour la perte d’un maître, d’un collègue, d’un ami, c’est le symbole de toute une génération qui disparaît. Une génération profondément attachée à un Liban multiconfessionnel, fière de son identité arabe et dans le même temps pleinement ouverte à la modernité.
Homme de combat, Assem Salam a toujours refusé de se rallier à une tribu ou un clan, préférant à chaque fois défendre le bien commun et sa vision d’un Liban débarrassé des marchandages et des cuisines politiciennes. En témoigne le combat qu’il a mené après les années de guerre pour que la reconstruction du pays ne sacrifie pas l’intérêt public au profit d’investisseurs privés. En témoigne également son action constante, depuis plus d’un demi-siècle, pour la mise en place d’outils réglementaires et de structures administratives qui permettraient de contrôler le développement anarchique d’une urbanisation sauvage qui défigure notre environnement naturel et bâti. En témoigne enfin son engagement précoce dans la défense du patrimoine architectural et urbain, que ce soit au sein de l’Apsad ou plus tard à l’ordre des ingénieurs et architectes.
Homme de convictions, Assem l’était aussi par son attachement à l’identité arabe. Non pas par un quelconque nationalisme étroit, mais par la conviction profonde que, par-delà la détresse des sociétés arabes, prises en étau entre la violence israélienne, le déni des droits du peuple palestinien, la tyrannie de régimes autoritaires et le rigorisme du fondamentalisme religieux, l’avenir de l’ensemble de la région est lié à la promesse d’une nouvelle Nahda qui permettrait aux arabes de prendre leur destin en main.
Homme de valeurs, Assem l’était également par son engagement dans la modernité. Conscient que l’attachement morbide au passé ne pouvait aboutir qu’à un repli stérile vers des formes d’expression dépassées, il affichait résolument sa conviction que le renouvellement de l’identité était lié à son enracinement dans la modernité. En témoignent sa production architecturale, son enseignement à l’Université américaine et l’Université arabe, son ouverture au monde et son refus des certitudes rassurantes de l’obéissance aveugle à la tradition.
Pour tous ceux qui le connaissaient, Assem représentait le modèle parfait de l’homme de culture, mais également celui de l’intellectuel engagé dans le monde d’aujourd’hui. Cet engagement, il le vivait entièrement, y compris dans son mode de vie. Homme hors normes, il se situait au-delà des convenances, avec parfois une certaine provocation assumée non dénuée d’humour. Dans sa maison de Batrakyeh, il avait réussi à construire avec Vasso tout un monde fait de beauté, d’esprit et de fantaisie qui constituait l’un des derniers lieux de culture de Beyrouth.
L’homme debout a fini par se coucher. Assem, tu nous manqueras beaucoup.

Assem Salam n’est plus. Par-delà la peine immense qui nous saisit pour la perte d’un maître, d’un collègue, d’un ami, c’est le symbole de toute une génération qui disparaît. Une génération profondément attachée à un Liban multiconfessionnel, fière de son identité arabe et dans le même temps pleinement ouverte à la modernité.
Homme de combat, Assem Salam a toujours...