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Culture - Rencontre

Betty Taoutel parle du mariage, mais aussi de sa véritable passion !

Elle présente au théâtre Monnot, à partir du 8 novembre*, sa nouvelle pièce « El-Orb3a Bnoss el-Jom3a ». L’occasion de repartir à la rencontre de Betty Taoutel, figure ultraconnue des planches libanaises, dont il restait néanmoins deux ou trois choses à savoir d’elle.

Betty Taoutel-Sfeir : « Le message passe toujours mieux sur le mode comique même quand les événements ne le sont pas. » Photo Michel Sayegh

Sur le thème du mariage, elle a écrit une comédie satirique relevée d’une pointe d’humour noir. Et soutenue par un regard social affuté. Intitulée El-Orb3a Bnoss el-Jom3a, cette pièce brosse une galerie de portraits de personnages (du vieux couple aux fiancés, en passant par la future mariée, la mère de famille, le divorcé...) qui se croisent tous les mercredis à un même carrefour. Celui de la conjugalité? Entre autres. Car les protagonistes des pièces de Betty Taoutel ont beau aborder des thèmes universels, ils n’en évoluent pas moins dans un contexte spécifiquement libanais. Avec les problèmes inhérents au petit pays qui est le nôtre.
Rencontre avec l’auteure-metteuse en scène et comédienne qui «ne peut pas être indifférente à ce qui se passe dans (son) pays». Et qui soutient avec véhémence que l’«on n’échappe pas au Liban. Il s’y passe tellement de choses qu’il est impossible de ne pas s’en inspirer. Et, d’ailleurs, il serait inadmissible qu’on n’ait pas notre propre répertoire, nos propres textes».
Vous l’aurez deviné: la «Taoutel» est une ardente! Une femme exigeante et passionnée...Qui brûle d’un feu inextinguible pour le théâtre. « C’est un art sacré, dit-elle. Il vous transporte à un niveau supérieur, à un espace de réflexion, d’émotions, de sensations, de vie partagée et même de communion entre les acteurs et le public..., poursuit-elle avec exaltation. Le théâtre a une saveur que ni le cinéma ni la télé n’ont. Il est, pour moi, comparable à un amant. Il ne s’agit pas d’un simple amour, mais d’une passion. C’est fort, c’est violent, ça peut vous faire mal! Car il y a ce trac qu’on ressent à chaque représentation et dont les symptômes sont similaires à ceux qu’éprouvent les amoureux lors d’un premier rendez-vous...»
Et pourtant cette comédienne affirmée a de quoi être rassurée! Titulaire d’un doctorat en études théâtrales et professeur à l’USJ, elle jongle depuis quelques années, avec bonheur, entre jeu scénique et télécinématographique, mise en scène, adaptation et écriture théâtrale. Le tout avec succès. On signalera, entre autres, sa brillante performance de one-woman-show dans Matar Charles-de-Gaulle, de Joe Kodeih, son intelligente adaptation d’une œuvre de Dürrenmatt dans Who is Claire Zahnassian?, sa prestation réussie dans le film Huvelin et sa création appréciée (écriture et mise en scène) de Ekher Beyt Bel Gemmayzeh.
Sans oublier, en remontant plus loin dans le temps, à ses débuts, son hilarante interprétation de la «Tante Mimie» des Tlet Banet. Un personnage de sitcom caricatural – et à l’accent caricatural – qui a longtemps collé à l’image de la jeune femme. Au point de faire naître chez certains une confusion entre sa véritable personnalité et ce rôle spécifique. Erreur! Il suffit de discuter brièvement avec elle pour se rendre compte qu’elle est aux antipodes de cette tante provinciale, déjantée et un peu peste. Plutôt du genre sérieux, Betty Taoutel dégage une aimable fermeté, du professionnalisme et de la détermination. Cela ne l’empêche pas de faire preuve d’humour et de souplesse.

Adepte de la métaphore culinaire
Ainsi, si elle écrit des pièces pour exprimer son opinion, apporter son propre regard et témoignage sur ce qui se passe autour d’elle, elle n’impose jamais un texte tout fait à ses comédiens. «J’écris des bribes de scénarios, des scènes, des idées que je leur soumets et je n’achève l’écriture de ma pièce qu’avec eux. J’aime que les comédiens ne soient pas passifs, qu’ils participent à la création, qu’ils étoffent leur personnage et apportent leur improvisation... D’ailleurs, j’écris souvent en fonction d’eux. Je choisis mes acteurs puis je leur taille un rôle sur mesure.»
Et puis elle a l’esprit égalitaire Betty Taoutel. Elle refuse toute hiérarchisation au théâtre. «Je n’aime pas faire de distinction, ni au niveau des rôles ni entre acteurs professionnels et amateurs. Pour moi, l’amateur est celui qui aspire à devenir un véritable comédien et le vrai acteur professionnel est celui qui garde en lui l’enthousiasme de l’amateur de théâtre», explique-t-elle.
Sinon, on pourrait aussi ajouter que la dame semble être une vraie épicurienne (même si sa silhouette filiforme pourrait le contredire!). Preuve en est la métaphore culinaire dont elle use abondamment. Ainsi, décrivant son travail de création, elle dira: «J’imagine, j’écris, je fais des essais comme en cuisine, je goûte, j’assaisonne, je donne à goûter à mon entourage. Et je les interroge: Faut-il corser la sauce, ajouter un peu de sel, de poivre? Puis j’adapte, je réécris, je colle, je fais un montage, une sorte de puzzle, je répète...»
Du coup, il n’y a plus lieu de s’étonner lorsqu’elle vous dit que l’idée de El-Orb3a Bnoss el-Jom3a lui est venue de... la fenêtre de sa cuisine. Petite explication quand même: «Après avoir donné naissance à mon quatrième enfant, j’ai pris une année sabbatique pour rester à la maison avec mon bébé. Et c’est en observant la rue de la fenêtre de ma cuisine – qui est mon quartier général – que j’ai imaginé les situations de cette pièce», confie-t-elle.

Le rire contre la violence
Une pièce dans laquelle elle voudrait faire passer, au moyen du rire, de nombreux messages sur la condition humaine et sociale de ses compatriotes. Parce que pour Betty Taoutel «le théâtre reste l’un des moyens de dire non à la violence. Il est l’un des moyens de tourner en dérision ce qui se passe et il est l’un des moyens de rassembler ce peuple qui se disperse tout le temps!», conclut-elle avec l’ardeur qui la caractérise.

*Rue de l’église Saint-Joseph. Représentations à guichet ouvert les jeudis, vendredis, samedis et dimanches à 20h30. Jusqu’au 2 décembre.
Sur le thème du mariage, elle a écrit une comédie satirique relevée d’une pointe d’humour noir. Et soutenue par un regard social affuté. Intitulée El-Orb3a Bnoss el-Jom3a, cette pièce brosse une galerie de portraits de personnages (du vieux couple aux fiancés, en passant par la future mariée, la mère de famille, le divorcé...) qui se croisent tous les mercredis à un même carrefour. Celui de la conjugalité? Entre autres. Car les protagonistes des pièces de Betty Taoutel ont beau aborder des thèmes universels, ils n’en évoluent pas moins dans un contexte spécifiquement libanais. Avec les problèmes inhérents au petit pays qui est le nôtre. Rencontre avec l’auteure-metteuse en scène et comédienne qui «ne peut pas être indifférente à ce qui se passe dans (son) pays». Et qui soutient avec véhémence que...
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