"Prenant en compte la prolongation du mandat (de la commission, ndlr) jusqu'en mars 2013 décidé aujourd'hui (vendredi) par le Conseil (...) et vu qu'il n'y a pas de signes d'amélioration sur le terrain, je souhaite proposer que la commission soit renforcée avec la nomination de deux commissaires additionnels", a dit Mme Dupuy Lasserre, au dernier jour de la session du Conseil.
"Je nomme deux experts: Carla Del Ponte (Suisse) et Vivit Muntarbhorn (Thaïlande)", a-t-elle ajouté, soulignant par ailleurs leur large expérience professionnelle.
L'ancienne procureur général du TPIY, Mme Del Ponte, aujourd'hui à la retraite, a acquis une solide réputation pour sa chasse aux criminels de guerre au Rwanda et en ex-Yougoslavie.
M. Muntarbhorn a pour sa part été occupé les postes de rapporteur spécial de l'ONU sur la Corée du Nord (2004-2010), ainsi que celui de rapporteur spécial de l'ONU sur la vente d'enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants (1990-1994). Il a aussi présidé en 2011 la commission d'enquête de l'ONU sur les violations des droits de l'homme en Côte d'Ivoire.
Jusqu'à présent, la commission d'enquête, dont le mandat vient d'être élargi et étendu, disposait de deux commissaires: son président, le Brésilien Paulo Sergio Pinheiro, et la diplomate américaine Karen Koning AbuZayd.
Suite à l'annonce des nominations, la Russie a pris la parole pour critiquer le travail de la commission d'enquête, sans toutefois émettre de jugement sur les deux nouveaux commissaires.
Le représentant russe devant l'ONU à Genève, Alexey Borodavkin, a ainsi estimé que "l'ensemble des informations (publiées par la commission, ndlr) sont exagérées".
"Les grandes agences mondiales d'information fabriquent des données", a-t-il dit.
M. Borodavkin a aussi émis une critique à l'égard de Damas, appelant le régime de Bachar al-Assad à autoriser les commissaires à entrer dans le pays.
"La commission va devoir travailler dans des conditions difficiles et nous regrettons qu'il ne soit pas possible d'avoir un accès officiel à la Syrie", a-t-il dit.
La commission a été créée en août 2011 par le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU pour enquêter sur les violations en Syrie.
Cette instance a déjà recueilli un millier de témoignages dans les pays voisins de la Syrie, rassemblant ainsi des preuves sur des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis par les forces gouvernementales et les milices pro-régime.
Elle a également relevé des crimes de guerre commis par l'opposition armée, mais à une échelle beaucoup plus limitée. La commission a établi deux listes de noms de responsables ou d'unités impliqués dans ces crimes et des éléments de preuve, qu'elle a remis à la Haut Commissaire aux droits de l'homme, Mme Navi Pillay. Ces documents ne seront pas pour le moment rendus public et pourraient servir de base de travail en cas de saisine de la Cour pénale internationale (CPI) par le Conseil de sécurité de l'ONU.
La commission compte sur le soutien d'une petite vingtaine d'experts et spécialistes. Six autres devraient les rejoindre suite à l'élargissement de la mission de la commission décidée vendredi par le Conseil, a indiqué Mme Dupuy Lasserre aux médias.
En outre, un budget additionnel de près de 2,7 millions de dollars sera demandé à l'ONU.
Plus de 30.000 personnes, dont une majorité de civils, ont péri dans les violences depuis le début mi-mars 2011 de la révolte qui s'est transformée en guerre civile, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).


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