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La visite de Benoît XVI au Liban

La mobilisation sécuritaire empêche la foule d’accompagner le premier trajet du pape

Itinéraire Seuls quelques rares privilégiés ont pu apercevoir le convoi qui transportait Benoît XVI de l’aéroport au siège de la nonciature apostolique à Harissa.
15/09/2012

Devant l’une des petites ruelles qui relient l’intérieur de la ville de Jounieh à l’autoroute côtière principale, un soldat très nerveux monte la garde. Il ne permet ni au public ni aux journalistes d’emprunter la ruelle fermée par une barrière amovible en fer, même s’ils veulent y aller à pied. « Il est strictement interdit de sortir sur l’autoroute, dit-il. D’ailleurs, il n’y a absolument personne. »


Un rapide coup d’œil lancé sur l’autoroute à partir d’un pont confirme ses dires. Les deux côtés de cette autoroute, sur laquelle se multiplient les souhaits de bienvenue au pape (banderoles, affiches, photos, drapeaux), restent désespérément vides.


Ce spectacle est en total contraste avec l’arrivée du prédécesseur de Benoît XVI, le défunt pape Jean-Paul II, en 1997, quand des milliers avaient fait le déplacement. Mais les mesures de sécurité draconiennes qui accompagnent la visite du pape aujourd’hui suffisent largement à expliquer l’absence de foules qui n’auraient dans tous les cas pas pu accéder aux routes. Beaucoup, d’ailleurs, sont restés bloqués sur les routes intérieures en raison du trafic qui a résulté de la fermeture de l’autoroute, qui n’avait pas été annoncée. Seuls quelques groupes, qui s’y sont pris très tôt, ont pu se rassembler sur la voie montante qui mène à la nonciature apostolique.
Certains intrépides bravent cependant les interdits pour avoir droit à un regard sur le pape tant attendu, mais il s’agit surtout de propriétaires de commerces sur l’autoroute même. Un homme en flanelle est assis sur une chaise à même le pont. « Bien sûr que nous voulons voir le pape, dit-il. Nous aurions aimé nous approcher davantage mais, comme vous le voyez, c’est impossible. »


Un peu plus loin, un groupe de personnes, appartenant pour la plupart à une même famille, parvient à se poster à un endroit où il lui sera possible d’assister au passage du convoi du pape. Hommes, femmes et enfants portent des drapeaux blanc et jaune. « Beaucoup d’autres auraient aimé être là, mais ils n’ont pas pu arriver », raconte Greta Chamoun. La conscience de l’importance de l’événement empreint les esprits. « Nous espérons que l’arrivée du pape Benoît XVI réalisera l’unité entre les communautés au Liban, au-delà des slogans », souligne Rania Saad. « Le Liban est un petit pays, une telle visite revêt une grande importance pour lui », renchérit Greta Chamoun.
Joseph Chamoun, pour sa part, estime que « les grands rassemblements populaires ne sont pas indispensables, la signature de l’Exhortation apostolique pour le Moyen-Orient est l’événement le plus important de cette visite ». « Le pape est après tout le représentant de deux milliards de chrétiens sur terre, même s’il règne sur le plus petit pays du monde, poursuit-il. Qui mieux que le représentant du Christ pour transmettre le message qu’il faut vivre en paix dans cette région ? »

« J’aurais aimé qu’on laisse le peuple l’accueillir »
Soudain, les passages des hélicoptères de l’armée s’intensifient. Le son des sirènes de voitures de police indiquent que le convoi n’est pas loin. Effectivement, un grand convoi de plus d’une dizaine de voitures apparaît. La limousine noire où se trouve le pape en blanc, portant le drapeau du Vatican, est entourée de voitures de police et de l’armée, avec, pour certaines, des agents de l’ordre qui brandissent des mitrailleuses pour faire face à tout imprévu. Le Saint-Père, lui, fait un signe de la main vers le petit groupe qui agite ses drapeaux.
Le moment est intense et furtif, tant et si bien que certains ont le sentiment d’avoir raté cette occasion qu’ils attendaient impatiemment. « Je suis déçue, je n’ai rien vu », lance une femme qui se résout à rentrer bredouille à son bureau.


La déception, c’est ce que ressent également Danièle Ouaiss, mais pour d’autres raisons. Avec quelques autres, elle s’était postée depuis l’avant-midi au niveau du stade municipal de Jounieh, sur la bifurcation que devait emprunter le convoi pour monter vers Harissa. « J’aurais aimé qu’on laisse le peuple libanais accueillir le pape, non seulement ces personnes qui se pensent importantes et qui se trouvaient à l’aéroport », dit-elle. Elle comprend toutefois les mesures de sécurité qui ont été prises par les forces de l’ordre, et raconte que les fidèles ne se sont pas formalisés quand les soldats les ont empêchés d’approcher pour mieux voir la voiture du pape. « Je trouve que c’est courageux au souverain pontife de faire cette visite dans cette situation et à l’ombre de toutes ces menaces », ajoute-t-elle.


Quand nous l’avons rencontrée, Danièle était toujours sous le choc de l’émotion. « Lorsque j’ai entrevu le pape, j’ai éprouvé le besoin de pleurer mais je me suis retenue, dit-elle. Mon cœur battait très fort. Il m’a semblé fatigué et il fermait les yeux. Je reviendrai dimanche pour tenter de l’apercevoir dans sa papamobile, en route vers le centre-ville pour la messe. »


En quelques mots, Danièle résume le sentiment général éprouvé par ceux qui, comme elle, sont bouleversés par cette visite : « Sa seule présence parmi nous est une raison d’espérance. »

 

 

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