La visite de Benoît XVI au Liban

Depuis Ratisbonne, les difficiles relations de Benoît XVI avec les musulmans

Analyse
AFP
13/09/2012
Les relations restent difficiles entre Benoît XVI et les musulmans, malgré tous les efforts pour restaurer la confiance après des propos controversés du pape en 2006 à Ratisbonne citant un empereur byzantin sur l'islam et la violence.

Signe de la position inconfortable du Vatican, son porte-parole le père Federico Lombardi tout en dénonçant une "violence inacceptable" a condamné mercredi "les provocations" contre les musulmans en référence à un film anti-islam à l'origine d'une attaque mardi soir contre le consulat américain à Benghazi (Libye) dans laquelle a été tué l'ambassadeur Christopher Stevens.

Alors que Jean Paul II avait réussi avec établir avec les musulmans une relation de confiance et d'estime, Benoît XVI ne jouit pas de la même popularité. Et les foules musulmanes ne devraient pas être au rendez-vous lors de son voyage au Liban, contrairement à l'enthousiasme qui entourait la venue de Jean Paul II.

Le "printemps arabe" a représenté une période difficile pour les chrétiens, qui a vu, en même temps que l'éclosion de la revendication démocratique, l'émergence de certaines forces islamistes qui voudraient chasser les chrétiens de leurs terres d'origine.

Depuis l'intervention américaine en Irak en 2003, les chrétiens sont souvent présentés par ces forces comme des suppôts de l'impérialisme occidental.

En 2006, Joseph Ratzinger, dans son ancienne université de Ratisbonne lors d'un voyage dans sa Bavière natale, avait suscité un tollé en citant un dialogue de lempereur byzantin Manuel II Paléologue avec un érudit persan en 1391.

Manuel II, avait dit Joseph Ratzinger, "sadresse à son interlocuteur avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant : +Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par lépée la foi quil prêchait+".

Une brouille profonde devait s'en suivre entre le monde musulman et le Vatican.

Un mois après le discours, 38 personnalités musulmanes avaient toutefois écrit une lettre ouverte au pape, dans l'objectif de "parvenir à une compréhension mutuelle". Cette initiative était élargie, en 2007, avec une nouvelle lettre de 138 personnalités de 43 pays.

Mais la cicatrice ne s'est jamais refermée malgré les propos apaisants du pape et les efforts du cardinal Jean-Louis Tauran, responsable du Vatican pour le dialogue inter-religieux.

Les tensions avaient réaffleuré le 1er janvier 2011, quand la condamnation par le pape de l'attentat contre l'église d'Alexandrie (21 morts) avait conduit la prestigieuse université d'Al-Azhar du Caire, haut lieu de l'islam sunnite, réputé pour son ouverture, à geler ses relations avec le Vatican.

Selon des connaisseurs du pontificat, le pape avait fait une gaffe majeure à Ratisbonne mais voulait mettre le doigt sur un point névralgique: le rapport entre religion et violence, à un moment où des tendances djihadistes de l'islam préconisent ouvertement la violence.

"Avec Ratisbonne, on a sur la table l'enjeu de la question: il faut repousser l'usage violent des religions", quelles qu'elles soient, a expliqué à l'AFP le professeur Giovanni Maria Vian, directeur de l'Osservatore Romano.

A Assise, à l'automne 2011, devant les responsables religieux du monde entier, le pape avait encore mis l'accent sur la violence au nom de Dieu: "la cruauté impitoyable" du terrorisme "contribue à la destruction" de la religion, avait-il dit, confiant aussi sa "honte" pour les violences commises jadis par les chrétiens.

Depuis Ratisbonne, dans ses voyages en Afrique ou au Moyen Orient, le pape tient des propos très positifs sur l'islam modéré majoritaire, soulignant la nécessité de la coexistence entre les religions du Livre.

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