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Présidentielle US 2012

Mitt Romney, le candidat républicain qui fait encore douter

Présidentielle américaine - Portrait Le rival d'Obama met en avant son expérience d'homme d'affaires, mais en temps de crise, son passé de repreneur d'entreprises sans état d'âme peut se transformer en fardeau.
Reuters/OLJ
29/08/2012

Mitt Romney réalise enfin son rêve d'être consacré candidat républicain à la Maison blanche mais son image lisse et ses incessants revirements font encore douter, jusque dans son propre camp, de sa capacité à gravir l'ultime échelon vers la fonction suprême.

 

En jouant son va-tout avec la nomination comme colistier du très droitier Paul Ryan, afin de convaincre un électorat ultra-conservateur sceptique vis-à-vis de sa candidature, celui que l'on qualifiait encore il y a quelques mois de représentant de l'aile "modérée" du Grand Old Party a aussi pris le risque d'apparaître pâle et incohérent face à son énergique partenaire.

 

Et les attaques du camp démocrate contre son manque d'empathie à l'égard des problèmes quotidiens des Américains semblent porter leurs fruits : le dernier sondage mensuel Reuters/Ipsos réalisé début août, avant l'arrivée de Paul Ryan, créditait le président Barack Obama d'une avance de sept points (49%-42%) sur son adversaire, même si près des deux tiers des sondés ne voient pas le pays progresser dans la bonne direction.

 

Multi-millionnaire ayant fait fortune à la tête du fonds de capital-risque Bain Capital dans les années 1980-90 (son patrimoine est estimé entre 190 et 250 millions de dollars), Mitt Romney met en avant son expérience d'homme d'affaires. Mais en temps de crise, son passé de repreneur d'entreprises sans état d'âme peut se transformer en fardeau.

 

Les démocrates ne se privent pas de rappeler qu'il refuse obstinément de divulguer l'ensemble de ses déclarations d'impôts. Ils ont également exploité les 10.000 dollars qu'il a pariés avec légèreté avec un de ses rivaux, Rick Perry, lors d'un débat des primaires.

 

S'il l'a finalement emporté dans la course interne au GOP, après avoir échoué une première fois en 2008 face à John McCain, c'est plutôt grâce à la désunion du camp ultra-conservateur incapable de se rassembler derrière un seul candidat, qu'en emportant la conviction de la très influente droite du parti.

 

 

Girouette

Celle-ci se souvient toujours qu'en tant que gouverneur du Massachusetts, entre 2003 et 2007, Mitt Romney a instauré un système d'assurance-santé obligatoire, avec des subventions pour les plus pauvres, qui a en partie inspiré l'"Obamacare" de 2010 tant honni par les républicains aujourd'hui.

 

A la tête du Massachusetts, Mitt Romney a plutôt gouverné au centre et ses revirements sur des sujets de société comme l'avortement, les droits homosexuels ou le contrôle des armes à feu continuent de hanter son parcours politique. McCain, en 2008 déjà, se moquait de son côte "girouette".

 

La convention républicaine de Tampa, en Floride, doit être l'occasion pour lui de fixer clairement une image et un cap, sous peine de perdre toute chance de victoire lors de l'élection du 6 novembre.

 

C'est en tout cas l'avis du libéral hebdomadaire britannique The Economist, plutôt bienveillant envers le passé d'entrepreneur de Romney, mais nettement irrité par le flou qu'il maintient autour de son programme.

"La compétence ne sert à rien sans direction et, pour parler franchement, sans personnalité", écrit le magazine. "Derrière tout cela s'installe l'impression inquiétante d'un homme qui ne sait pas vraiment ce qu'il veut. L'Amérique ne votera pas pour un tel homme; ni d'ailleurs ce journal."

 

Ann Romney s'emploie déjà à corriger l'image de son époux, assurant qu'en privé, au milieu de leurs cinq fils, le candidat républicain, âgé de 65 ans, affiche humour et décontraction.

 

 

Foi Mormone

Son passé de missionnaire en France pour l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours - l'Eglise mormone fondée en 1830 aux États-Unis par Joseph Smith - est aussi l'occasion d'insister sur la force de caractère du jeune Mitt.

 

Lors de ces trente mois dans l'Hexagone, entre juillet 1966 et décembre 1968, Mitt Romney est victime d'un accident de voiture près de Bordeaux. Initialement déclaré mort, il s'en sort finalement, prend la tête de la mission et marque les autres adeptes par son optimisme et sa ténacité.

 

La foi mormone est une affaire de famille depuis des générations, le clan Romney est l'un des piliers de Salt Lake City, siège mondial de l'Eglise Latter-Day Saints (LDS).

 

Lorsqu'en 1999, la ville, sélectionnée pour accueillir les Jeux olympiques d'hiver 2002, s'embourbe dans un scandale de corruption, Mitt Romney reprend les rênes du comité organisateur et fait des JO une réussite.

Ce succès lui sert de tremplin pour son élection en 2003 au poste de gouverneur du Massachusetts, l'Etat qu'il avait choisi pour bâtir sa carrière politique une dizaine d'années plus tôt.

 

C'est dans cet Etat de la côte Est qu'il teste dès 1994 ses aptitudes face à un monument de la vie politique américaine, Ted Kennedy. Ce dernier est facilement réélu au poste de sénateur, mais peu importe, Mitt suit les traces de son père George, ancien gouverneur du Michigan après avoir fait fortune dans l'automobile en redressant le constructeur AMC Motors.

 

Comme son fils par la suite, George Romney a brigué la candidature républicaine à la présidence des Etats-Unis. C'était en 1968 face à Richard Nixon, mais le gouverneur du Michigan laissa parler ses convictions - il jugea inutile de poursuivre la guerre au Viêtnam, défendait les droits civiques - ce qui lui valut de chuter dans les sondages et de jeter l'éponge. Une leçon retenue par son fils?

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