Le cultivateur d’ail.
Cette exposition intitulée « Le temps devant » donne à voir une dizaine de photographies disant une relation spéciale avec le temps qui passe dans la campagne. Elle est l’expression d’un anachronisme, ou la survivance d’une utopie saisie par la caméra de l’artiste français Frédéric Nauczyciel, entre Paris (où il est né) et Baltimore (USA). Son évocation de la vie rurale au XXIe siècle est axée sur les tensions paradoxales entre tradition et modernité, tensions qui génèrent le mouvement du temps d’avant et le temps que l’on a devant soi. Ainsi, les photographies qu’il présente révèlent ce quelque chose entre la réalité biographique et la fiction. En quelque sorte, un album-documentaire qui va bien plus loin qu’une imagerie d’Épinal. On ne peut localiser les personnages captés qui semblent immergés dans un temps indéterminé. Sa caméra a prospecté certains moments du cycle de la vie : du tout jeune homme à la toute vieille femme, en passant par une femme médecin, un éleveur de veaux, un cultivateur d’ail, une vieille fermière, un prêtre franciscain, une religieuse âgée, un jeune homme bâtissant une maison en terre, une femme dans un haras. Cette galerie de portraits, réalisés, en fait, dans le Sud-Ouest français entre 2009 et 2010, est le résultat d’une expérience vécue par leur auteur et qu’il relate ainsi :
Une belle percée de la France profonde
« J’ai eu des conversations sur la spiritualité, la féminité et le communautarisme avec des gens qui avaient opté pour l’existence rurale. Ajoutés à cela, ma lecture des œuvres de John Berger (romancier anglais), le premier anniversaire du décès d’Yves Saint Laurent, mon histoire – celle d’un enfant des années 70 – et ma connaissance, par le biais de l’histoire de l’art, des visions de notre culture occidentale collective. » De cette mouture est née l’inspiration de promener sa caméra loin de l’urbanité.
Et, selon la curatrice de l’exposition Amy Cavanaugh Royce, « Le temps devant » mène vers un lieu de l’histoire, alors qu’elle trace, simultanément, une connexion familière avec la vie moderne. Cela pousse les visiteurs à revoir leur vie, à la lumière des différents modes de vie de l’environnement rural auquel ils se sont récemment ouverts, notamment en s’assurant une consommation de produits organiques.
À noter que ces portraits ont été commandités à l’artiste par le centre d’art de Lecoutre, une petite ville située dans le Gers qui tenait ainsi à faire ressortir la présence de la France profonde dans la géographie de l’Hexagone. Et le travail de la caméra de Frédéric Nauczyciel lui a fait faire une belle percée, jusqu’à l’autre coté de l’Atlantique.

