Un grand nombre d’officiels ont assisté à la messe célébrée par Mgr Boulos Matar. Photo Michel Sayegh
L’office divin a été célébré en l’église Notre-Dame en la résidence archi-épiscopale à Aïn Saadé.
Dans l’homélie qu’il a prononcée après la lecture d’un passage de l’Évangile, Mgr Matar a expliqué ce que représente, pour l’Église, la Sainte Vierge qui a « coopéré au salut des hommes avec sa foi et son obéissance libres ». « Elle a prononcé son oui au nom de toute la nature humaine. Par son obéissance, elle est devenue la Nouvelle Ève, mère des vivants », a-t-il dit.
« N’oublions jamais qu’elle est la Mère du Pardon et de la Réconciliation qui veut que tous ses enfants vivent en artisans de Paix », a-t-il ajouté, en indiquant que « c’est à Elle d’intervenir encore pour tous les peuples mendiants de paix et de justice ».
La messe a été suivie d’un déjeuner. Dans le discours qu’il a prononcé pour l’occasion, Mgr Matar a indiqué que dans sa réponse au patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, qui lui avait adressé une lettre de félicitations pour son élection à la tête de la présidence française, M. François Hollande « avait confirmé les constantes historiques dans les relations de la France avec le Liban en général et avec l’Église maronite en particulier ». « Ces constantes se résument dans l’attachement effectif de la France à la souveraineté de notre pays, dans son amitié pour le peuple du Liban avec toutes ses composantes et dans la haute considération de la coexistence islamo-chrétienne vécue par les Libanais, et consacrant cet acquis comme un message de bonne convivialité tant pour l’Orient que pour l’Occident », a-t-il dit.
Et de poursuivre : « À ceux qui s’interrogent sur le secret de pérennité de ces constantes, en dépit des changements de régimes ou même de républiques, il ne suffit pas d’en ramener la cause au hasard ou à la contingence des siècles, car ces deux facteurs ne sont pas de nature à s’accorder avec la permanence des choses. Au contraire, l’audace devrait nous inviter à trouver l’explication de cette pérennité dans la similitude existant au niveau des structures respectives, des évolutions et des vocations de nos deux pays. »
Deux voies pour le Moyen-Orient
Abordant le dossier régional, l’archevêque a estimé que « le Moyen-Orient se trouve aujourd’hui plus que jamais dans une situation qui le force à choisir entre deux voies ». « La première consisterait à faire vivre ses populations dans l’isolement les unes par rapport aux autres, dans une ségrégation religieuse et confessionnelle interdisant la rencontre au sein d’une même société de citoyens appartenant à des religions ou des confessions différentes. Cette voie, si elle était exclusivement retenue, conduirait tour à tour nos pays à l’effritement, à la haine de l’autre et à l’affaiblissement général, non seulement sur les plans économique et politique, mais surtout sur le plan moral et tout simplement humain », a-t-il averti.
Quant à la deuxième voie, elle serait, selon Mgr Matar, « celle de la coexistence des religions et des confessions au sein de mêmes entités politiques, à condition que toutes les personnes et toutes les composantes de ces populations soient véritablement acceptées et reconnues. La plupart de nos pays sont multireligieux et multiconfessionnels. Pourquoi donc ne pas les garder tels quels au lieu de les déchirer en morceaux ou de les réduire en pièces sans âme et sans substance ».
Il a ensuite souligné qu’à partir de ces faits, « deux conclusions s’imposent : La première est que la France et le Liban avaient raison en 1920 de miser sur l’État du Grand Liban regroupant sur son territoire unifié toutes les composantes de son peuple. La deuxième consiste à reconnaître que les pays pluriels sont possibles, mais qu’ils ne peuvent pas vivre sans démocratie réelle et sans une liberté assurant la dignité de chacun et la participation de tous à la conduite de leur destin ».
Après avoir indiqué que « le monde arabe vient d’ouvrir une page nouvelle dans les relations de ses peuples avec leurs gouvernants », Mgr Matar a jugé que la bataille de la liberté « est loin d’être gagnée, car la démocratie est une culture qui doit être acquise plus qu’elle n’est un système de gouvernement imposé par des rapports de force ». « Pour cela, a-t-il dit, le monde arabe reste vraiment devant le défi de l’acceptation de l’autre à l’intérieur de sa société, et non seulement au sein des sociétés voisines ou étrangères ».
Les maronites et la francophonie
Prenant à son tour la parole, M. Didier Chabert, chargé d’affaires, a déclaré : « Au cours de ces trois années passées au pays du Cèdre, j’ai eu la joie d’apprendre à connaître et à aimer, à travers des personnalités comme la vôtre, Monseigneur, le meilleur du Liban. Je me souviens ainsi qu’en juin dernier alors que les circonstances empêchaient le mufti de Tripoli de conclure les travaux d’un colloque islamo-chrétien à la mosquée al-Amine, vous lui avez tout naturellement ouvert les portes de la cathédrale Saint-Georges partant du principe que la maison de Dieu est ouverte à tous ceux qui le révèrent. »
Il a mis l’accent sur la contribution de la communauté maronite au rayonnement de la langue française au Liban. « Nous œuvrons ensemble pour faire vivre une francophonie ouverte, qui transcende les communautés et qui respecte et enrichisse le plurilingue libanais dans la vie publique, dans les écoles, mais aussi dans le secteur privé et les médias. Fin octobre, nous fêterons les 20 ans du Salon du livre francophone de Beyrouth, en présence, nous l’espérons, d’Amin Maalouf et de notre ministre de la Francophonie Yamina Benguigui », a poursuivi M. Chabert, avant de souligner l’attachement du président Hollande au Liban. « La visite du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, cette semaine au Liban en témoigne également. Elle traduit le souci de la France dans ces moments où la crise syrienne affecte les pays voisins, d’être à l’écoute de l’ensemble de ces partenaires. »
Un vibrant hommage aux FSI
« Les défis auxquels le Liban fait face aujourd’hui sont immenses et, plus que jamais, il est nécessaire de les affronter sans faiblir. La France demeure à vos côtés pour soutenir le Liban et l’aider à relever ces défis », a insisté le diplomate en assurant que son pays « soutiendra sans faiblir toutes les initiatives en faveur d’un renforcement des structures étatiques, de l’armée libanaise et des Forces de sécurité intérieure, qui en ce moment sont engagées dans la défense et la stabilité du pays ». Après avoir rendu hommage aux FSI dont « l’engagement courageux dans la lutte contre le terrorisme doit être souligné et préservé », il a indiqué que « l’armée doit demeurer une institution représentative de l’unité des Libanais au service d’un projet partagé, la stabilité ».
« La France, a poursuivi M. Chabert, est également préoccupée par les répercussions que le Liban subit de la tragédie syrienne. Les réfugiés de plus en plus nombreux posent de nouveaux défis et suscitent parfois des craintes légitimes. Il importe que ces populations meurtries soient accueillies dans des conditions décentes, dans le respect de leur dignité et que tous les efforts convergent pour leur offrir cet accueil. La France œuvre pour que celui-ci se fasse dans les meilleures conditions dans le respect de tous, Libanais et Syriens. Nous pensons également aux pèlerins chiites enlevés en Syrie et adressons un message de sympathie à leurs familles. »
« Soulignant le soutien de son pays à l’action du président de la République, du Premier ministre, du gouvernement et des partis politiques, pour préserver la paix civile et le consensus », il a jugé nécessaire de « trouver des mécanismes de garanties réciproques permettant de restaurer la confiance et de renouer ensuite le dialogue dans une atmosphère apaisée et constructive ». « Il est plus que jamais nécessaire, face aux dangers qui guettent le Liban, d’œuvrer à renforcer la cohésion entre les communautés », a-t-il fait valoir. Le diplomate a aussi considéré que les prochaines législatives « doivent être le moyen de débattre des réponses adaptées aux défis politiques, économiques et sociaux auxquels le Liban doit faire face, dans le respect des équilibres confessionnels et du consensus libanais ».

