De fait, aucun des protagonistes ne se dit opposé par principe au dialogue, mais le Hezbollah a tout fait pour contourner l’ordre du jour défini par le chef de l’État sans s’y opposer directement, et le 14 Mars a annoncé qu’il suspendait sa participation, tout en précisant que cette « suspension » ne signifie pas un « boycottage ».
Les positions exprimées récemment par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et avant lui par le représentant de ce parti à la table de dialogue, Mohammad Raad, portaient clairement un refus du Hezb de discuter de stratégie défensive, et donc du sort de ses armes. M. Raad avait même jeté un pavé dans la mare en évoquant une « stratégie de la libération » avant laquelle il ne pourrait être question d’autre chose.
Face, d’une part, à ce refus et, de l’autre, aux tergiversations du gouvernement dans la question de la transmission des données téléphoniques aux services de sécurité, le 14 Mars a choisi de s’éclipser, du moins provisoirement.
Khalil Hraoui, l’émissaire dépêché par le chef de l’État auprès des deux grands piliers de l’alliance participant au dialogue, Amine Gemayel et Fouad Siniora (Samir Geagea l’ayant boycotté dès le début de cette troisième session, en juin dernier), n’est pas parvenu à les persuader de revenir sur leur décision de geler leur participation.
Pour le 14 Mars, il est clair que le camp adverse n’est toujours pas prêt à discuter des armes du Hezbollah. Quant aux mesures prises jusqu’ici par l’exécutif dans le dossier des données téléphoniques, l’opposition les qualifie de « poudre aux yeux ». Et à cela s’ajoute le refus d’un responsable du Hezb de se présenter devant le juge d’instruction dans l’enquête sur la tentative d’assassinat du député Boutros Harb.
Dans les rangs du 14 Mars, on souligne que le temps est venu de cesser les atermoiements et la dénaturation des faits. L’alliance a consenti trop de concessions par le passé pour en faire de nouvelles. Inversement, le 8 Mars impute à l’opposition la responsabilité d’avoir provoqué l’ajournement du dialogue et exprime son étonnement face au lien établi avec la question des données téléphoniques. Pour lui, ce dossier ne peut être traité qu’avec le gouvernement puisqu’il ne fait pas partie de l’ordre du jour du dialogue national.
En fait, dit-on au sein du 8 Mars, l’opposition ne voulait pas du dialogue à la base. Elle n’a accepté d’y participer que lorsque le roi Abdallah d’Arabie saoudite a formulé un vœu dans ce sens. Et d’ailleurs, poursuit-on dans les milieux de la majorité, il n’a jamais été question que les participants au dialogue abordent le débat sur la stratégie défensive lors de la séance qui était prévue hier, puisqu’elle devait être consacrée à la présentation préparée sur ce thème par le chef de l’État.
Quoi qu’il en soit, la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si le 14 Mars participera ou non à la réunion fixée au 16 août. Pour un observateur politique, la conjoncture actuelle impose à l’alliance de temporiser à l’ombre de l’effondrement progressif du régime syrien. Dans tous les cas de figure, estime cet observateur, le 14 Mars n’est pas censé, dans les circonstances présentes, tenir le rôle de celui qui cherche à renflouer la position du 8 Mars et en particulier du Hezbollah.
Pour un dirigeant du 14 Mars, la situation se résume ainsi : il faut attendre le fruit des développements en Syrie. Les jours du régime syrien sont comptés, même si un diplomate occidental affirme ne pas s’attendre à sa chute avant la fin de l’année. Après cela, le 14 Mars participera au dialogue à ses conditions et non plus à celles du Hezbollah et de la Syrie.


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04 h 58, le 25 juillet 2012