Sculptures lumineuses devant la mosquée Mohammad el-Amine 2011 (jet d’encre sur papier FA ;90 x 110 cm).
Beyrouth d’hier, de la guerre et d’aujourd’hui, voilà en somme ce que donne à voir Jean-Pierre Watchi à travers cette trilogie photographique chargée d’émotion.
Car l’artiste qui vit en France – et expose régulièrement, depuis les années 80, à la galerie Samy Kinge, à Paris – y exprime subrepticement son ressenti affectif de la ville de sa jeunesse.
Beyrouth, grouillante de vie dans la série des grands formats en noir et blanc (jet d’encre sur papier 110 x154 cm), tirée de «photographies que j’avais prises des souks entre 1973 et 1976 lors de repérages pour un long-métrage que j’envisageais de produire à la fin de mes études de cinéma», indique-t-il dans la note d’introduction à son exposition. Une série qui «dépeint» à travers des focus sur des étalages de quincailleries, de poissonniers, de chiffonniers ou encore les attablés au café (Ahwet el-ezez), l’ambiance du centre-ville d’avant-guerre, un lieu de brassage de toutes les composantes de la population, animé d’une vibrante authenticité!
Beyrouth, ville rasée, dans les trois tableaux réalisés à partir de collages de clichés pris entre 1989 et 1996 du haut de trois grands édifices qui constituaient, à l’époque, les 3 points cardinaux de la ville: les tours Rizk et Murr ainsi que l’immeuble Azarieh. Des images, au rendu panoramique, d’espaces béants au centre-ville, cernées de photos en miettes, façon confettis ou tessons de mosaïque – tout dépend du regard! –, qui évoquent l’éclatement, l’éparpillement des traces de vie, le déplacement des souvenirs, de la mémoire...
Et puis le Beyrouth d’aujourd’hui. Une troisième série d’«images glacées», éclatantes de couleur qui transcendent la réalité actuelle de la ville, de ses «restaurants de la place de l’Étoile», de cet «immeuble aux balcons colorés de la corniche», du «palais de Lady Cochrane», pour en donner une vision à la fois glamour et moderne (comme l’étiquette touristique qu’on lui a accolée), mais sans aucune trace d’humain. Esthétique sophistiquée du numérique ramenant à l’esprit factice du ravalement d’après-guerre!
Et, en même temps, ces images nouvelles sont traversées de veinures bleues (symbolique de l’Asie pour l’artiste), parcourues de craquelures dessinées au moyen de manipulations digitales, comme les lignes d’éclatement d’un passé des lieux qui rejaillit sous leurs visages actuels. Toujours ce démantèlement de la mémoire, cette défragmentation des souvenirs au fil des déplacements qui sous-tendent le travail sur le fractionnement de l’image que Jean-Pierre Watchi poursuit depuis plus d’un quart de siècle et lui donnent une sensibilité particulière !
*Imm. Majdalani, Raouché, Beyrouth. Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi, de 10h à 18h. Samedi, jusqu’à 14h. Tél. 01-868290.

