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Diaspora - Diaspora

En Guyane, l’émigration économique libanaise ne faiblit pas

Ce n’est certainement pas leur nombre qui pourrait susciter de l’intérêt. Ce qui singularise les Libanais vivant en Guyane, c’est la manière dont ils ont pu compenser leur infériorité numérique par un succès entrepreneurial impressionnant.

La Guyane, une belle île où les opportunités économiques ne manquent pas.

Située au nord-est du continent sud-américain, la Guyane est devenue un département français depuis 1946. Ici se côtoient plusieurs groupes ethniques différents. En 2005, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en France notait que 139 nationalités différentes sont présentes en Guyane. Quant aux immigrés, ils composent près de 30% de la population.


Les Libanais ne sont évidemment pas les plus nombreux. Selon la chercheuse et l’anthropologue Isabelle Dubost, ils ne seraient que 22 personnes à être recensés en tant que Libanais en 2004. Mais ce chiffre très bas ne décrit pas du tout la réalité puisque beaucoup sont perçus comme étant des Français. Soit parce que tout simplement ils sont nés en Guyane, soit parce qu’ils ont été naturalisés. Mais au fait, qu’est-ce qui a mené des Libanais à émigrer en Guyane? Et comment ont-ils pu marquer le territoire guyanais ?

Un entrepreneuriat familial
Tout commence après les événements de 1860. L’opposition entre druzes et maronites et les massacres perpétrés contre les chrétiens vont pousser ces derniers à émigrer. Certains quittent Bazoun, village de Bécharré. D’autres partent de Zghorta. Et ces pionniers, qui sont en fait des paysans, se dirigent vers la Guyane.
Ce qui rend cette dernière attirante à leurs yeux, c’est d’abord sa proximité géographique du Brésil. Rappelons à cet égard le nombre élevé d’émigrés libanais qui s’installent en Amérique latine dès le XVIIe siècle. Ensuite, les conditions économiques de la Guyane sont avantageuses. Pour Isabelle Dubost, elle est «une aire privilégiée pour des échanges économiques ou de main-d’œuvre transfrontaliers et transnationaux».


Il faudra attendre quelques années plus tard, entre 1920 et 1940, puis 1970 pour que d’autres Libanais se dirigent à leur tour vers la Guyane. Désireux de travailler avec leurs familles ou avec leurs proches, ils n’hésitent donc pas à prendre le chemin de l’exil. Selon Dubost, cette migration de travail est basée sur le «regroupement familial dans le but de consolider une entreprise et d’offrir ainsi à la famille de bonnes opportunités économiques». La chercheuse ajoute que cette migration se perpétue jusqu’à aujourd’hui, même si elle est actuellement plus faible.


Dès leur arrivée en Guyane, les Libanais ont opté, à l’instar de leurs concitoyens présents en Amérique latine, pour le commerce. Débutant parfois chez un parent, ils faisaient ensuite l’impossible pour ouvrir par la suite leurs propres magasins. Vendant d’abord des produits ménagers, ils se spécialisent ensuite dans des produits plus luxueux : prêt-à-porter, parfums... Actuellement, leurs activités commerciales se sont diversifiées. Il n’est pas rare de les croiser comme concessionnaires à la tête de grandes entreprises, à l’instar de marques d’automobiles.


Ils exercent également des professions libérales, à l’instar de leurs concitoyens demeurés au Liban. La raison pour laquelle le flux migratoire libanais en Guyane se poursuit de nos jours, c’est que les Guyanais d’origine libanaise continuent de faire appel aux membres de leur famille vivant encore à Bazoun ou à Zghorta. Ces derniers viennent prêter main-forte à leurs proches lors de l’ouverture d’un nouveau commerce, ou occuper des postes vacants au sein d’une entreprise. Comme le souligne à Isabelle Dubost cet interviewé, propriétaire de quinze magasins et d’une société de gestion, «on travaille beaucoup, donc seule la famille peut s’engager».

Des attaches fortes au pays d’origine
«(...) Les échanges entretenus avec la famille restée au pays maintiennent un fort sentiment d’appartenance à la culture d’origine.» Ce constat de la chercheuse se base sur plusieurs réalités. Primo, les migrants de Guyane reviennent presque chaque année au Liban. Ils n’hésitent donc pas à traverser des milliers de kilomètres pour revoir leurs proches demeurés à Bazoun. Ils ont d’ailleurs tenu à conserver leurs maisons familiales, les rénovant ou en achetant d’autres dès que leur situation économique le permet. Secundo, les Libanais de Guyane n’hésitent pas à enregistrer et à légaliser leur mariage au Liban. Un autre signe d’attachement à leur pays d’origine se concrétise dans la volonté d’un grand nombre de familles à s’exprimer en arabe et à transmettre la langue à leurs enfants. Enfin, il est courant de croiser des inscriptions sur des tombes indiquant que le défunt enterré à cet endroit est né au Liban. Un signe fort du lien maintenu avec la mère patrie.


Ainsi, les émigrés de Guyane ont réussi le pari de la proximité culturelle avec leur pays d’origine. Preuve que lorsqu’on veut garder le lien, l’obstacle des distances géographiques peut être franchi.

*Pour plus d’informations sur cette étude : « Les Libanais de Guyane : un modèle d’identifications multiples », Isabelle Dubost, paru dans la revue «Hommes & migrations» n° 1 274.

Située au nord-est du continent sud-américain, la Guyane est devenue un département français depuis 1946. Ici se côtoient plusieurs groupes ethniques différents. En 2005, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en France notait que 139 nationalités différentes sont présentes en Guyane. Quant aux immigrés, ils composent près de 30% de la population.
Les Libanais ne sont évidemment pas les plus nombreux. Selon la chercheuse et l’anthropologue Isabelle Dubost, ils ne seraient que 22 personnes à être recensés en tant que Libanais en 2004. Mais ce chiffre très bas ne décrit pas du tout la réalité puisque beaucoup sont perçus comme étant des Français. Soit parce que tout simplement ils sont nés en Guyane, soit parce qu’ils ont été naturalisés. Mais au fait, qu’est-ce qui a...