Mois sécuritaire, jour II : entre l’escadron féminin des FSI dans les rues de Beyrouth et cheikh el-Assir qui refuse de céder. Ali Hashisho/AFP et Reuters
Depuis mercredi soir, le dignitaire sunnite, qui a commencé à faire parler de lui il y a quelques mois, bloque avec ses partisans l’une des entrées de Saïda, au niveau de la mosquée Bahaeddine Hariri, dans un sit-in « ouvert et pacifique » jusqu’à ce qu’une solution au problème du statut particulier du Hezbollah et de ses armes soit mise sur les rails.
Le chef du bloc parlementaire du Futur, Fouad Siniora, s’est formellement dissocié de cette action, en rejetant par principe le recours au blocage des routes. « Nous respectons l’appel à un sit-in à Saïda, mais nous refusons que les routes soient bloquées », a déclaré l’ancien Premier ministre et actuel député de Saïda, à l’issue d’une réunion de plusieurs personnalités de la ville au siège du conseil municipal. « Les routes appartiennent aux citoyens et l’État est obligé d’assurer la liberté de mouvement », a ajouté M. Siniora, appelant à la réouverture des routes de la ville.
« Les habitants de Saïda ont toujours défendu l’unité nationale, et l’émergence dans la ville de mouvements qui peuvent créer des tensions avec d’autres parties ne sert pas nos intérêts », a-t-il souligné. « Bloquer des routes porte atteinte à la sécurité des citoyens et dépasse les formes acceptables de la liberté d’expression », a-t-il martelé.
Présent à cette réunion, le mufti de Saïda, cheikh Salim Soussan, a souligné pour sa part qu’il était « interdit que des tensions naissent » dans la ville.
« Vous avez bazardé le sang de Rafic Hariri »
De la tente qu’il a installée avec ses partisans sur le lieu du sit-in, le cheikh Assir n’a pas tardé à répliquer, avec une grande virulence, aux propos de M. Siniora. « Cela fait depuis 2005 que nous l’entendons, lui et les autres chefs du 14 Mars qui avaient conduit la révolution de la jeunesse libre contre l’armée syrienne, mais sans aller jusqu’au bout », a-t-il déclaré aux journalistes présents.
« Aujourd’hui, on nous place face à deux options : ou bien accepter l’hégémonie (du Hezbollah) et nous taire, ou bien ne pas l’accepter, mais à la façon de Saad Hariri, de Fouad Siniora et d’autres. Cela consiste à aller jusqu’à la banlieue sud pour bazarder le sang de Rafic Hariri, puis à continuer jusqu’au Qatar avec le revolver sur la tempe, et enfin à terminer le voyage chez Bachar (el-Assad) le criminel », a-t-il lancé.
« Cela s’appelle la politique de l’aplatissement. Il y a des gens qui veulent cette politique. Mais il y en a une autre, dans laquelle la jeunesse libre m’a précédé et que j’ai apprise d’elle. Tout le monde arabe l’a apprise d’elle. Ce sont les jeunes chrétiens, druzes, sunnites et chiites qui sont descendus place de la Liberté (le 14 mars 2005), ont distribué des fleurs à l’armée libanaise qui leur a ouvert ses barrages et ont bouté hors du pays l’armée syrienne criminelle. J’ai tout appris de ces jeunes et j’ai trouvé que la boule de neige pacifique est plus forte que tous les coups d’État militaires », a-t-il ajouté.
Admettant que son sit-in bloquait la route, il a souligné que l’entrée principale de Saïda, dans le nord, restait ouverte et qu’il allait ultérieurement proposer des solutions partielles qui satisferaient les personnes lésées par ce blocage. « Mais nous n’allons en aucun cas rouvrir la route entièrement, même si le Conseil de sécurité (de l’ONU) se réunit, et pas seulement le conseil municipal de Saïda », a-t-il dit.
« Notre mouvement est pacifique. Si les forces de l’ordre décident, du fait de l’hégémonie (du Hezbollah), de s’attaquer à nous, nous recevrons leurs balles à bras ouverts. Nous n’aurons recours à aucune forme de violence », a-t-il assuré.
Et de poursuivre : « Si nous coupons la route, c’est devant le parti de la Résistance et le mouvement Amal qui dominent tout le pays. Ce n’est que le début. Et je les préviens : toute agression contre nous serait imputable au parti de la Résistance. Mais l’État devrait en assumer la responsabilité, tout comme Fouad Siniora, car c’est lui qui leur a donné le feu vert pour tuer les Sidoniens. »
« Nous n’accepterons plus l’humiliation. Plutôt la mort », a-t-il encore lancé, avant de s’en prendre encore au chef du bloc du Futur : « Siniora a refusé que le mufti (de Saïda), que nous respectons, dirige la réunion (au siège municipal). Il a insisté pour s’asseoir à la place du mufti comme pour lui dire : c’est nous qui t’avions fait mufti et c’est nous qui pouvons te faire sauter de cette fonction. C’est une insulte à l’adresse de tous les ulémas sunnites de Saïda et du Liban. »
S’adressant directement à M. Siniora, il a ajouté : « Toi, tu as peur d’eux. Nous, nous ne craignons que Dieu. Tu es contre le blocage des routes ? C’est ton droit. Barricade-toi dans ton Grand Sérail pour qu’ils ne te renversent pas. Mais ils t’ont renversé quand même par la force des armes et ils t’ont traîné jusqu’au Qatar, puis ils ont pris ton patron dans la banlieue sud pour qu’il cède sur le sang de Rafic Hariri et, après, la promenade s’est terminée chez le criminel Bachar el-Assad. »
« La route ne sera ouverte et le sit-in levé que lorsque quelqu’un viendra nous persuader qu’un effort sérieux est en cours (pour régler la question des armes) avec l’aval du parti de la Résistance. Faute de quoi, nous ne rentrerons jamais chez nous. Que personne ne mise sur la faiblesse de notre détermination. Ce sont les jeunes du 14 Mars qui ont appris aux dirigeants politiques du monde comment on recouvre sa dignité », a-t-il ajouté.
Et de conclure : « Je jure par Dieu que toi, Nasrallah, je ne te laisserai pas dormir la nuit si tu ne te décides pas à mieux te comporter avec nous. Je vais t’en faire payer le prix. Cela ne fait que commencer. »
Réactions
Réagissant à l’action du cheikh Assir, le député Ammar Houry, membre du bloc du Futur, a résumé le sentiment dominant au sein de cette formation, en déclarant : « Nous sommes d’accord avec lui sur les objectifs, mais nous divergeons sur le style et les moyens, et nous craignons l’escalade et les complications. » Pour M. Houry, c’est le Hezbollah qui est responsable du phénomène Assir, car c’est lui qui a « introduit la culture de l’occupation des routes et de l’opposition violente dans la vie politique ».
« Aujourd’hui, celui qui a promu cette culture voit que les choses commencent à lui échapper. Les armes du Hezbollah sont devenues un fardeau pour lui », a-t-il souligné, comparant le parti de Dieu à un avion du 11 septembre 2001. « Il y a des innocents à bord de cet avion qui a pour pilote Hassan Nasrallah et qui se dirige vers le désastre », a-t-il dit.
De son côté, le député Boutros Harb s’est efforcé de ridiculiser l’action du cheikh Assir, estimant qu’il s’agissait d’un « phénomène comique ». Il s’est tout de même demandé si, en cas de guerre civile, « le cheikh Assir aurait rendu service aux sunnites en faisant de l’incitation confessionnelle ».
Quant à l’ancien ministre Wi’am Wahhab, il n’a pu s’empêcher de livrer une réflexion à caractère raciste au sujet du dignitaire sunnite : « Assir, c’est un phénomène écologique, a-t-il lancé. Il a besoin de l’action du ministère de l’Environnement plutôt que de celle de l’Intérieur, parce qu’il a de l’effet sur le goût public... »


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Mis à part sa calotte blanche, il ressemble comme deux gouttes d'eau à l'autre hurluberlu reclus, caché et cloîtré sous quarantième sous-sol depuis sa pathétique "victoire divine" ; ya hassértééhh !
15 h 43, le 30 juin 2012