Modernité d’une gymnastique toute en prouesses corporelles.
Edgar DAVIDIAN
Tout dire et exprimer par la danse. Même un malaise social et politique. Peu perceptibles ou clairs dans cette narration gestuelle, ces deux aspects sont cependant compensés par une certaine énergie, architecture et ordonnancement du mouvement.
Danse contemporaine conçue sur place, à Beyrouth, par quatre jeunes danseurs/danseuses du Liban, d’Égypte et de Palestine (Aurélien Zouki, Yendi Nammour, Mahmoud Rabiey et Farah Saleh) sous la férule d’un chorégraphe, certes électron libre, mais attaché à la rigueur d’une discipline et une souplesse à la précision de métronome. En première donc, cette production de la «Mandansekompani» dans une tournée intra muros au Liban (du 14 au 24 juin) avant de s’engager, en périple itinérant, sous les feux de la rampe des grandes mégalopoles du monde.
Sur une scène nue, quatre jeunes gens, pieds nus, jeans délavés, déchirés, tee-shirts moulants et cheveux en bataille, quatre «Gavroche» ou «Loulou» des cités modernes, des deux sexes, dardent le public du regard. Ils le toisent presque. Pour en venir lentement, dans un silence solennel et grave, aux premiers gestes, aux premiers effleurements, aux premiers aveux, aux premières confidences, aux premières culbutes, aux premiers contacts avec la scène et les autres. Révélation graduelle, mais répétitive, d’une humanité en attente de stabilité et d’harmonie.
Les corps se racontent, dessinent les horizons, les tourmentes, le quotidien, le manque, les émois. Les corps parlent. Ils s’emballent et déballent. Ils content et cernent la réalité. Une réalité trouble où, entre fusion et confusion, entre confrontation et corps à corps, entre distanciation et rapprochement, coulent la vie, les sentiments, les sensations, les angoisses, les peurs, les aspirations, les impressions, les attentes, les déceptions.
Sur une musique de Bach, avant que la spiritualité ne jette son voile pudique et furtif, les pas se précisent, les empoignades s’intensifient, les jambes se dressent comme des armes, les bras se perdent en tendresse, les cous se distendent de fatigue ou de désespoir, les hanches ont des caresses infernalement divines, les bassins ondulent comme pour des morsures vipérines... Les regards s’évitent quand ils ne se foudroient pas.
D’une sensualité tout en chaos aux équilibres adroits, de la frénésie du geste à la désarticulation débridée, la danse débouche, en un silencieux et éclairant leitmotiv, à ce fanion en blanc brandi par l’un des danseurs. Comme un appel au secours, un cri pour une trêve impossible en temps de luttes fratricides. Et sur ce fanion, rectangle d’illusion ou de vérité, transformé brusquement en écran improvisé, se projettent des images «hors contexte» des danseurs. Espaces éloignés, frontières du rêve et de l’imaginaire, besoin de se soustraire à la cruauté du moment, digression délibérée, carré de libération et de liberté? Tout cela peut-être à la fois que cette fantaisie soumise à l’œil et au rayon d’un projecteur. Fantaisie aux tonalités blanchâtres qui, une fois titillés et agités les fonds de conscience, disparaît comme le fantôme d’Elseneur...
Des onomatopées et éructations des artistes en passant par les partitions pour piano chargées de phrases toutes en rondeur géométrique du Cantor, pour finir en une chanson «groovy» et chaloupée, en anglais (remixage signé Zeid Hamdan), l’expression d’ensemble est un vigoureux exercice de style d’une belle modernité. Modernité d’une gymnastique toute en habileté et prouesses corporelles, et modernité d’un espace musical qui ne craint ni le silence, ni l’intrusion de l’humanisme de la Renaissance, ni les variétés qui en disent long sur le «spleen» et l’inattendu actuels, et encore moins le souffle rauque des danseurs essoufflés de se dépenser sans compter...
Tout dire et exprimer par la danse. Même un malaise social et politique. Peu perceptibles ou clairs dans cette narration gestuelle, ces deux aspects sont cependant compensés par une certaine énergie, architecture et ordonnancement du mouvement. Danse contemporaine conçue sur place, à Beyrouth, par quatre jeunes danseurs/danseuses du Liban, d’Égypte et de Palestine (Aurélien Zouki, Yendi Nammour, Mahmoud Rabiey et Farah Saleh) sous la férule d’un chorégraphe, certes électron libre, mais attaché à la rigueur d’une discipline et une souplesse à la précision de métronome. En première donc, cette production de la «Mandansekompani» dans une tournée intra muros au Liban (du 14 au 24 juin) avant de s’engager, en périple itinérant, sous les feux de la rampe des grandes mégalopoles du monde.Sur une...

