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Liban - Eclairage

Les deux questions qui ont permis l’adoption de « la déclaration de Baabda »

La tenue de la conférence de dialogue, lundi, et la visite du Premier ministre Nagib Mikati à Yarzé sont un indice de la volonté des responsables officiels, et de ceux qui les appuient, à maintenir la stabilité au Liban. C’est en effet la première fois que le chef du gouvernement – dont les positions à l’égard de l’armée ont parfois été qualifiées de nuancées pour ne pas déplaire éventuellement à la rue sunnite – se rend au ministère de la Défense et y tient une réunion élargie avec les officiers supérieurs en présence du commandant en chef, le général Jean Kahwagi. Le message est clair : l’armée libanaise jouit de l’entière confiance des autorités et elle dispose désormais d’une couverture politique totale.


Cette démarche fait écho aux propos qu’auraient tenus de hauts officiers de l’armée après les derniers développements au Nord. Ces officiers auraient ainsi déclaré que l’armée est devant trois options : soit on lui donne un feu vert politique réel, et avec dix blindés seulement elle mène une opération radicale qui rétablirait l’ordre dans le Nord ; soit elle bénéficie d’un feu orange, et elle se contente alors « du service minimal » : contrôle aux barrages et timides arrestations occasionnelles de trafiquants aux frontières ; soit encore, les tiraillements confessionnels restent les plus forts et elle se retire dans ses casernes. D’ailleurs, au cours de la dernière réunion sécuritaire consacrée à la situation au Nord, l’un des officiers de l’armée avait clairement laissé entendre que des parties officielles seraient en train d’aider à faire passer des armes à l’Armée syrienne libre. L’affaire avait vite été étouffée, mais elle montre l’ampleur du malaise que vivent actuellement les forces de l’ordre et que le Premier ministre a tenté de régler, fort de la « déclaration de Baabda » adoptée lundi après la réunion du dialogue national, en se rendant au ministère de la Défense. En effet, l’un des points les plus importants de « la déclaration de Baabda » consiste en un appui inconditionnel à l’armée. Ce point est le fruit des concertations menées par le président de la République Michel Sleiman avec les différents protagonistes avant et pendant la réunion de dialogue de lundi dernier.


Le chef de l’État, qui a ouvert la séance par un exposé de près de 35 minutes sur la situation actuelle et sa gravité, a été jusqu’à dire : « Nous sommes sur le point de franchir la ligne rouge qui fera basculer le pays vers la guerre. » Il a ainsi posé deux questions aux personnalités présentes : la première porte sur leur volonté de transformer le Liban en scène de conflits, et dans la seconde, il leur a demandé si elles appuient un rôle dissuasif de l’armée libanaise. Les protagonistes ayant répondu clairement qu’ils ne veulent pas que le Liban soit transformé en arène de conflits et qu’ils appuient l’armée, le point a donc pu figurer dans la déclaration de Baabda, élaborée à l’avance et soumise à l’approbation des présents. À partir de là, le prudent Premier ministre a pu donc se rendre à Yarzé et affirmer clairement le soutien des autorités au rôle de l’armée dans le maintien de la stabilité du pays. Le président Sleiman a aussi précisé dans son introduction que dans sa volonté de relancer le dialogue national, il bénéficie d’un soutien arabe, notamment la lettre que le roi Abdallah d’Arabie lui a adressée personnellement sans passer par les rouages diplomatiques traditionnels, et international, les ministres européens des Affaires étrangères qui se sont rendus récemment au Liban ainsi que le secrétaire d’État adjoint américain ayant tous soutenu la stabilité du Liban.


Les derniers développements au Nord ont donné à ces propos une actualité dramatique et ils ont forcément pesé sur l’attitude des présents. L’ordre des priorités a été ainsi renversé au profit de l’urgence d’agir pour faire baisser la tension sur le terrain et empêcher le pays de basculer dans une guerre au moment où tous les ingrédients pour cela semblent prêts. Certes, les sujets conflictuels demeurent et ils seront sans doute longuement évoqués au cours de la prochaine réunion de dialogue, mais pour l’instant, il fallait parer au plus pressé et les Libanais n’auraient pas compris que leurs autorités restent les bras croisés face à la reprise des affrontements et la prolifération des armes. Le président Amine Gemayel a ainsi déclaré aux présents que si rien n’est fait, le toit va s’effondrer sur toutes les têtes, alors que Mikati sait mieux que personne combien la situation est précaire à Tripoli. C’est donc dans l’idée principale de mettre le Liban à l’abri des répercussions de la crise syrienne, au moment où celles-ci deviennent de plus en plus pressantes, que la conférence de dialogue s’est réunie et a adopté à l’unanimité les 17 points de « la déclaration de Baabda » qui rejette, entre autres, la formation d’une zone tampon au Nord qui permettrait à l’opposition syrienne de circuler en toute liberté. Les observateurs à Tripoli précisent toutefois que ce point est difficile à exécuter sur le terrain, Tripoli et le Nord en général regorgeant désormais de Syriens, combattants ou non. Est-il déjà trop tard et « la déclaration de Baabda » n’est-elle qu’une liste de vœux pieux ? Réponse dans les semaines qui viennent.

La tenue de la conférence de dialogue, lundi, et la visite du Premier ministre Nagib Mikati à Yarzé sont un indice de la volonté des responsables officiels, et de ceux qui les appuient, à maintenir la stabilité au Liban. C’est en effet la première fois que le chef du gouvernement – dont les positions à l’égard de l’armée ont parfois été qualifiées de nuancées pour ne pas déplaire éventuellement à la rue sunnite – se rend au ministère de la Défense et y tient une réunion élargie avec les officiers supérieurs en présence du commandant en chef, le général Jean Kahwagi. Le message est clair : l’armée libanaise jouit de l’entière confiance des autorités et elle dispose désormais d’une couverture politique totale.
Cette démarche fait écho aux propos qu’auraient tenus de hauts officiers de...
commentaires (5)

Relancer le dialogue national pour un appui inconditionnel à l’armée est la seule planche de salut pour soutenir une armée nationale forte unie et qui agirait en force de frappe seulement. Antoine Sabbagha

Sabbagha Antoine

04 h 34, le 14 juin 2012

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Commentaires (5)

  • Relancer le dialogue national pour un appui inconditionnel à l’armée est la seule planche de salut pour soutenir une armée nationale forte unie et qui agirait en force de frappe seulement. Antoine Sabbagha

    Sabbagha Antoine

    04 h 34, le 14 juin 2012

  • Chère Scarlett...brillante analyse,en effet...mais Janus a deux visages,et vous ne parlez que du visage du nord,supposément sunnite et irrédentiste...mais vous ne parlez pas du visage du Sud(pour faire simple)...or,il y a bien dans ce pays deux positions radicalement divergentes...aussi votre vérité est elle une vérité Canada Dry...elle a l'aspect de l'objectivité,la forme de l'objectivité...mais pas le contenu de l'objectivité..

    GEDEON Christian

    04 h 16, le 14 juin 2012

  • Ni projet de "walyat el-faqih" au Liban; ni projet salafiste extrémiste et prélude à al-Qaeda au Liban; ni zone tampon au Liban; ni contrebande d'armes du Liban vers la Syrie; ni caprices de Rifaat Eid exécutant le rôle de pyromane du régime syrien à Tripoli et au Nord du Liban; ni pénétration de l'armée syrienne et enlèvement ou assassinats de citoyens libanais partout où elle veut au Liban; ni arrogance et menaces du Hezbollah/8 Mars ni de n'importe quelle force politique au Liban; assistance uniquement humanitaire aux déplacés syriens qui ont fui la terreur et la mort semées en Syrie par leur régime. Que les chefs et les hommes politiques libanais se taisent et laissent en paix l'armée et les Forces de sécurité intérieures pour garantir ces objectifs et le Liban traversera avec le calme possible cette période extrêmement difficile.

    Halim Abou Chacra

    04 h 02, le 14 juin 2012

  • Je continue : En ce qui regarde le Dialogue, si le Hezb accepte de s'intégrer à l'armée, et si on décide à l'unanimité, par loi, l'octroi de la Nationalité Libanaise à tous les émigrés d'origine Libanaise, alors je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas s'asseoir, discuter et accoucher, tous ensemble, LIBANAISEMENT, d'un nouveau PACTE NATIONAL ! , " Ne me bannissez pas déjà ! je vois des anathèmes s'élever contre moi ! les deux conditions dont je parle sont les conditions les plus importantes, tout le reste sera trouvé dans les discussions" à l'abri des armes et des pressions de qui que ce soit. Il ne faut point oublier que les Chiites ont été les oubliés de toujours. Je le dis pour l'information de certains. Lâchez vos bolides sur moi !

    SAKR LEBNAN

    01 h 30, le 14 juin 2012

  • Vous dites, Madame Scarlett Haddad : " Le chef du gouvernement dont les positions à l'égard de l'armée ont parfois été qualifiées de nuancées pour ne pas déplaire éventuellement à la rue sunnite ". Vous nous dites par là que les Sunnites sont contre l'armée. Et, comme toujours, des sources "NEUTRES" vont soufflent des vérités qui profitent toujours à un même pôle, le 8 Mars. Et, vous continuez à ignorer les appels, depuis plus d'un an et jusqu'aujourd'hui, des Nordistes et des Tripolitains pour le déploiement de l'armée Nationale sur toutes les frontières du Nord du Pays, et le ramassage de toutes les armes du Akkar et de Tripoli une à une, même personnelles. Et, surtout, de nous dire qui sont ceux qui sont perchés sur les hauteurs de Tripoli, bien connus de tous, et qui initient les troubles et provoquent sans cesse, et appellent une armée étrangère à venir occuper le Nord du Pays et Tripoli même, par qui sont-ils armés et à quel pôle ils appartiennent. L'OBJECTIVITÉ demande une analyse complète pour éclairer le lecteur et lui laisser le choix de la décision. Quand aux 17 points, attendons voir lorsqu'on discutera les détails de chacun.

    SAKR LEBNAN

    00 h 42, le 14 juin 2012

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