Anachar Basbous, un univers de rouille et de fer...
Sculpteur, fils de sculpteur, héritier d’une lignée qui a fait d’un village, Rachana – dont son prénom est l’anagramme! – un musée de pierres ciselées, Anachar Basbous revendique son propre rythme. Son propre style. À savoir cette combinaison de formes simples, géométriques, traitées en modules récurrents et qui se métamorphosent, selon l’angle de vue, en pièces animées, bondissantes, au dynamisme immédiatement perceptible.
Les sculptures qu’il expose jusqu’au 8 juillet, à ciel ouvert en plein cœur de Beyrouth*, sont de cette veine-là. Une douzaine d’œuvres monumentales en acier massif (variant entre 1 m 30 et 4 m) rassemblées sous l’intitulé «Shattered Sun» ou «Soleils éclatés», qui déploient sous le soleil la beauté rougeoyante de leurs formes circulaires, triangulaires ou rectangulaires découpées en lamelles puis ressoudées différemment dans des configurations évocatrices de mobilité et de mouvement.
Des pièces à la présence forte ponctuées d’une étonnante «sculpture flottante» en résine jaune qui, installée dans le bassin du square, fait voguer l’imaginaire, et de quatre plus petites, dont 3 en cuivre et une en acier inoxydable (de 70 cm environ), qui reprennent les contours et formes des plus grandes, «dans une recherche sur l’effet miroitant des volumes lisses par rapport à l’opacité de la rouille», soutient l’artiste.
Une histoire de peaux
«En fait, ce qui m’intéresse, c’est la transformation d’un dessin géométrique puis d’une plaque de fer, en volumes dégageant un certain dynamisme», affirme ce sculpteur, mosaïste de formation, qui s’est détaché, au bout de 4 ans de pratique, de la technique murale et bidimensionnelle pour aller vers l’assemblage de formes plus libres. Découpées dans des matériaux puissants, comme l’acier, la fonte, l’aluminium ou le cuivre qui diffusent tous une certaine énergie vitale. «J’aime que la matière vive, vieillisse et change de peau», affirme Anachar Basbous. Poursuivant: «Ce qui m’intéresse particulièrement dans le fer, c’est sa texture très vivante. Cette rouille naturelle qui le patine, cette évolution que lui confèrent le temps et le lieux où il se trouve.» Cette évolution semblable à celle d’une vie humaine, en somme. Et qui se fait en parallèle à la propre vie de l’artiste. Lequel, s’il a atteint une certaine maturité dans son travail, continue à puiser, semble-t-il, son inspiration de son enfance. De ce jardin de pierres à Rachana où il jouait petit, mais surtout de ses «jeux de construction en bois et de cet autre constitué de formes géométriques se dressant sur leur plate-forme magnétique qui étaient mes loisirs préférés», se souvient-t-il. Avouant retrouver avec étonnement, à chaque fois, dans l’œuvre élaborée instinctivement les traces de ces jeux-là. Cet esprit de construction ludique, qu’il reprend inlassablement dans des configurations à chaque fois nouvelles et qui, par le biais du découpage, fait entrer le spectateur dans son jeu favori. Celui de la reconstitution mentale et imaginaire de la pièce initiale.
* Jusqu’au 8 juillet au Zeytouneh Square, Starco.

