Ce témoignage personnel remonte à plus de 50 ans, quand, chef de clinique, je donnais, à la Maternité française, des cours aux élèves sages-femmes dont faisait partie sœur Marie-Léonard. Notre appartenance commune à Zahlé facilitait le dialogue entre elle et moi.
Je la retrouve en 1953, à l’hopital gouvernemental de Zahlé, où sa double formation d’infirmière et de sage-femme lui permettait de surveiller les accouchements du Dr Hraoui et de donner des anesthésies avec le vieux masque de l’époque (masque d’ombredanne) avant le recrutement d’une infirmière anesthésiste diplômée et très compétente, Doris Hatoum, qui nous a beaucoup dépannés avec, ultérieurement, des médecins anesthésistes qui venaient occasionnellement de Beyrouth.
En 1973, lors de mon retour à l’Hôtel-Dieu comme professeur et chef du service de chirurgie générale, je retrouve sœur Marie-Léonard à la tête du corps infirmier qui faisait et fait toujours honneur à la profession et à l’Hôtel-Dieu. En dépit de la guerre, l’activité médicale et chirurgicale se poursuivait dans cet hôpital grâce aux corps médical et infirmier restés sur place et de par la ferme volonté exprimée par le regretté père Ducruet, recteur à l’époque de l’USJ, de maintenir ouverts l’Hôtel-Dieu, la faculté et l’université. Sœur Marie-Léonard nous a beaucoup aidés pour minimiser les retombées de toute sorte qui pouvaient perturber l’exercice du travail en pleine guerre. Elle fut décorée, en 1976, par la France avec quelques médecins restés présents et actifs aux urgences.
Vers la fin de la guerre, elle céda, à l’Hôtel-Dieu, la place à sœur Françoise Marie Baccache qui continua avec efficacité le travail déjà entamé pour maintenir la tradition d’excellence dans les soins infirmiers.
Au crépuscule de sa vie, ses mérites furent reconnus par Mme Mona Hraoui qui l’engagea au Chronic Care Center pour superviser les soins aux thalassémiques et aux diabétiques traités dans ce prestigieux centre.
Elle mourut avec une discrétion totale, entourée de ses sœurs, dans une institution considérée comme un fleuron de l’activité médico-sociale de la congrégation, actuellement dirigée par une religieuse d’un charisme et d’une efficacité remarquables, sœur Daniella Harrouk, originaire comme elle de Zahlé.


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