Ce grand ami du Liban a livré son dernier combat contre une longue et pénible souffrance, entouré de son épouse, Marie-Claude, et de ses deux enfants. Cette épreuve, il l’a conduite dans la transparence, au travers des « bulletins » de santé qu’il adressait régulièrement à ses amis et collègues. Stoïque, jusqu’au bout.
Pierre Catala s’est distingué très jeune. Reçu à vingt-cinq ans premier au concours d’agrégation, il choisit le Liban pour sa mission à l’« étranger », à l’Université Saint-Joseph où il assume d’importantes charges d’enseignement, de 1956 à 1959.
Ce passionné du droit fut contaminé par le « virus » libanais, fait de convivialité et d’ouverture, au service d’une francophonie culturelle et juridique jamais démentie. À ce titre, la première œuvre d’introduction exhaustive au Droit libanais, en deux volumes, fut publiée en français en 1963, sous sa direction et celle d’André Gervais, avec la collaboration de nombreux juristes et enseignants francophones. Son attachement au Liban devait se poursuivre et se manifester pendant les années noires qu’a vécues le Liban. Puis, fidèle à son engagement libanais, il siégeait aux côtés d’éminentes personnalités comme membre du « Conseil stratégique » de l’Université St-Joseph. Récemment encore, Pierre Catala fut à l’origine d’une œuvre, ECOMLEB, achevée en 2005, que nous avons utilisée pour moderniser le droit libanais de l’informatique juridique et du E commerce. Depuis quelques mois, à la demande du ministère de la Justice, il a contribué vigoureusement, même durant sa dernière maladie, à l’œuvre de réforme de la partie « obligations » du code des obligations et des contrats. Une œuvre collective était censée, encore une fois, sur son initiative et sous sa direction, mettre à jour le Droit libanais de 1963. Cet infatigable ami du Liban accompagnait toutes les initiatives de la chancellerie et de l’académie pour que le Liban demeure au cœur des préoccupations de la politique culturelle de la France dans le monde méditerranéen.
En France, l’apport de Pierre Catala fut décisif : au droit des obligations en général, de la famille, à l’introduction et à la généralisation du droit de l’informatique juridique dont il était l’un des pionniers. Avec Jean Carbonnier, cet autre juriste immense, il a rédigé l’« offre de loi » ou « projet Carbonnier-Catala », dont de larges parties furent adoptées pour moderniser le droit des successions et des libéralités par les lois de 2001 puis de 2006. Les Mélanges qui lui sont dédiés, au titre évocateur, Le droit privé français à la fin du XXe siècle, paru en 2001, livre culte pour rendre hommage à un si éminent professeur « émérite », furent l’occasion du témoignage de ses collègues et amis, mais aussi de rencontre de ceux qui tenaient à pérenniser le dévouement de ce prince de l’esprit et du droit.
Le courage, la ténacité, le dévouement, l’extraordinaire puissance de travail et la rigueur ont caractérisé le destin et l’apport décisif de Pierre Catala à la science du droit. Les qualités de l’esprit n’avaient rien à envier à celles du cœur. Cet infatigable ami du Liban, par ses initiatives, la richesse de sa personnalité et son influence, fut l’ambassadeur de l’excellence française et de la culture pour soutenir et développer, notamment dans le domaine du droit, les relations franco-libanaises. Il a cultivé l’intelligence du cœur. Celui de Pierre Catala continuera de battre pour nous.
Pierre GANNAGÉ,
Bahige TABBARAH,
Ibrahim NAJJAR

