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Culture - Vient De Paraître

Quand psychiatrie et fiction se mêlent chez Somoza

Un auteur qui concilie sciences humaines et imaginaire. José Carlos Somoza a la plume alerte, la narration prenante et les livres fleuves. Ses romans, ouvrages d’un psychiatre qui a opté pour la littérature, sont l’astucieuse combinaison d’une fervente révélation de la part d’ombre chez les êtres et d’un sens aigu du thriller moderne. En témoigne son opus « L’appât* ».

«Bas les masques!» semble crier José Carlos Somoza. Placé sous l’ombrelle de Shakespeare qui dit que «le monde entier est un théâtre et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs» (tiré de Comme il vous plaira), avec L’appât (traduit de l’espagnol par Marianne Millon, 410 pages, chez Actes Sud), l’auteur de La clé de l’abîme s’improvise ici brillant metteur en scène.
À travers des pages qui font une audacieuse incursion dans l’inconscient de personnages fantasques, provocants ou parfois simplement prosaïques, mais en fait un peu comme tout le monde quand les vannes de l’imaginaire craquent ou les situations les
déstabilisent.
Sous le prétexte, intellectuellement ludique, de dévoiler Shakespeare et son théâtre (comment en serait-il autrement pour Somoza, lui qui ne jure que par les auteurs de Roméo et Juliette et de Don Quichotte ), l’illustre écrivain cubain plante un décor insolite, mais tout aussi mystérieux et à suspense: la police madrilène, à travers les décryptages des codes élisabéthains, tente de prendre au piège un criminel redoutable.
Pour cela, des «appâts» copieusement charnus qui servent à outrance le plaisir des (ou du) prédateurs et font tomber les masques comme un missile fait couler sa cible.
Pour ôter ces loups qui cachent la vérité, rien de mieux que Diana Blanco dont le grain de peau, la puissance du regard, les atouts vestimentaires et le magnétisme de séduction sont réputés pour être fatals et infaillibles.
Ronde infernale et endiablée pour la quête d’un fugitif volatil et volonté de fer pour prendre au piège cet insaisissable «spectateur» qui terrifie la ville.
Mais les apparences ne sont pas toujours ce qu’elles sont. Et c’est ce que découvrira la jeune femme en allant à la rescousse de sa jeune sœur qu’elle croit en danger.
Livre construit comme une charade habile, touffu et lourd comme un pavé. Il se lit en toute facilité tant les dialogues sont simples, parfois même simplistes, les répliques amusantes, même si parfois elles dérapent ou frisent le surréalisme, car qui a dit que même un psychiatre ne déraille pas? Et les situations, entre ombre et lumière, ont du piquant et restent des passages qu’on ne boude pas en tournant fébrilement les pages...
Écrit dans une langue claire, sans fioritures inutiles, mais fouillant constamment et en profondeur dans l’inconscient des personnages. Personnages farfelus, inquiétants ou sévères, graduellement dénudés... Moralement, bien entendu!
Que l’on ne s’effarouche pas de l’épaisseur de l’ouvrage, car entre un dédale composé de trouble, de subversion et d’ingéniosité, la plume de Somoza, impassible et toujours en verve malgré un déluré et intarissable bavardage, crisse sur les pages et fend les mystères du monde comme une barque fend l’eau des océans... On en reste tout effrayé et amusé à la fois.
C’est l’alchimie de l’analyse des êtres et les dérives d’une fiction sans barrière. José Carlos Somoza, médecin dévoyé dans la littérature des esprits et des âmes en errance, donne ici la pleine mesure de son talent d’homme de lettres qui n’a pas oublié son serment d’Hippocrate...

* Ouvrage en vente à la librairie al-Bourj.
«Bas les masques!» semble crier José Carlos Somoza. Placé sous l’ombrelle de Shakespeare qui dit que «le monde entier est un théâtre et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs» (tiré de Comme il vous plaira), avec L’appât (traduit de l’espagnol par Marianne Millon, 410 pages, chez Actes Sud), l’auteur de La clé de l’abîme s’improvise ici brillant metteur en scène.À travers des pages qui font une audacieuse incursion dans l’inconscient de personnages fantasques, provocants ou parfois simplement prosaïques, mais en fait un peu comme tout le monde quand les vannes de l’imaginaire craquent ou les situations les déstabilisent.Sous le prétexte, intellectuellement ludique, de dévoiler Shakespeare et son théâtre (comment en serait-il autrement pour Somoza, lui qui ne jure que par les auteurs de...
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