Robert Lehrbaumer fait revivre Vienne dans la capitale libanaise. Photo Hassan Assal
Ouverture en douceur avec les clairs-obscurs de Schubert. En premières mesures, l’« allegro » du premier mouvement de la Symphonie n° 5 en si bémol majeur. Allegro vivace et d’un lyrisme chantant avec des pointes à peine perceptibles d’une certaine mélancolie romantique. On détecte, en ligne conductrice, dans ce court passage, l’importance de la danse qui a inspiré plus d’une œuvre viennoise.
Toujours sur un air de valse, mais avec des phrases d’introduction presque wagnériennes, pour les « sons sphériques » de Joseph Strauss dont la narration se répand progressivement en grandes ondes subtilement cadencées.
Pour prendre le relais, retour à la symphonie, celle de Bruckner (on écoute ici le « scherzo » du troisième mouvement de la Symphonie en mi bémol majeur) pour un retour aux rythmes et au tourbillon de la danse. Ce sont les instruments à cuivre qui donnent le ton à un début en panache pour être immédiatement couvert par le déferlement des cordes. Narration riche, colorée, rayonnante, empreinte d’un certain romantisme, plus médiéval comme une vigoureuse scène de chasse, que des vapeurs d’un XIXe siècle tenté par la nuit et ses mystères...
Délicieux moment que ce tendre « Pizzicato Polka » de J. Strauss. Savant art de gratter les cordes pour des sonorités insoupçonnables sur un rythme prenant et adroitement mené.
Humour et veine d’inspiration de tous crins avec Werner Pirchner (révélation pour les mélomanes libanais) passant d’un thème à l’autre, d’un rythme à un autre, d’une mélodie à une envolée lyrique. Une sorte de fourre-tout où toute la musique du monde, y compris certaine veine folklorique, sous ombrelle d’esprit autrichien, a malicieusement sa place. Comme un charmant jeu de patience où chaque note finit par trouver sa dimension, son élasticité et son élocution !
Toujours dans ce sillage de jeu et de trait d’esprit autrichien, la Wiener blut waltzer (La valse du sang viennois) de Johann Strauss Junior tangue entre deux pas où boire et vivre sont la même face de Janus.
Et pour conclure, sur une pirouette amusante, un mélange astucieux et savoureux de partitions où Mozart, Richard et Johan Strauss s’emmêlent délicieusement sous la baguette du maestro. Et cette cacophonie délibérée est là pour nous dire que tous les chemins mènent à Rome. Bien entendu, la musique, comme un vase communicant, a ses portes et ses coulisses secrètes. Et comme ces poupées gigognes russes, les partitions s’imbriquent. Comme par une volatile et aimable magie !
Salves d’applaudissements pour deux bis parfaitement dans cet esprit festif. L’incontournable croisière sur les rives du Danube bleu et l’entraînante et toujours émoustillante Marche Radetzky qui nous a été copieusement servie par le passé par Wojcieh Czepiel.
Délire d’ovation et le public ne sait toujours plus, entre ces deux œuvres, taillées semble-t-il pour défier le temps et l’euphorie, pour qui son cœur balance...

