"J'ai eu très mal puis j'ai ressenti une chaleur dans ma jambe", poursuit le garçonnet de sept ans. Son genou droit a été transpercé par une balle le 15 mai. Sa soeur Mounira a elle aussi été touchée à la jambe par trois balles.
Les jumeaux font partie des quelque 1.800 enfants et adolescents qui ont fui la Syrie vers le Liban voisin depuis le début de la révolte contre le régime du président Bachar al-Assad en mars 2011, selon l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR).
La majorité survivent avec leurs familles à Wadi Khaled, une région frontalière pauvre dans le nord du Liban.
Les deux enfants ont fui avec huit membres de leurs familles, et leurs vêtements pour unique bagage. Leur nouveau logement, à deux pas de la frontière, est une maison délabrée où l'ameublement se résume à quelque matelas en mousse.
Une vingtaine d'enfants âgés de six à 15 ans interviewés par l'AFP cette semaine à Wadi Khaled avaient de la peine à exprimer leur traumatisme, se référant à plusieurs reprises au président Assad comme "le grand méchant loup".
"Nous avons fui à cause de Bachar", murmure Fatima, huit ans, aux longs cheveux noirs bouclés. "Il vient dans nos maisons et les détruit. Il tue les gens, je ne sais pas pourquoi", dit-elle.
Chaque enfant connaît l'histoire d'un être cher, d'un voisin ou d'un ami tué durant la révolte qui a fait plus de 5.000 morts selon l'ONU.
Sous l'infuence des parents, les enfants --tous sunnites-- parlent avec colère et même haine des Alaouites, une branche du chiisme minoritaire en Syrie dont est issu le président.
"Les Alaouites nous tirent dessus", affirme Rami, neuf ans. "Les forces de sécurité ont troué le bras de mon oncle Ahmed avec une perceuse et je connais une famille où le bébé est mort", ajoute-t-il.
La majorité des réfugiés sont originaires de Tal Kalakh, un village frontalier sunnite de la région de Homs, bastion de la révolte.
Selon le HCR, 5.039 réfugiés sont enregistrés au Liban. La plupart vivent chez des familles libanaises, tandis que 200 sont hébergés dans des écoles désaffectées.
Malgré les efforts pour scolariser les enfants dans des établissements locaux, la tâche est dure en raison des différences entre les systèmes éducatifs libanais et syrien.
La plupart des matières, notamment les sciences et les maths, sont enseignées en français ou en anglais au Liban, tandis qu'en Syrie, c'est l'arabe qui domine.
"Nous avons remarqué que beaucoup d'adolescents ont du mal à suivre le programme libanais", affirme Alain al-Ghafari, coordinateur de projet pour le HCR. "C'est pour cette raison qu'ils ne sont pas motivés pour s'inscrire à l'école".
Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) et l'ONG Save the Children-Suède ont mis en place un projet pour assurer aux enfants un soutien psychologique et social.
"Ces enfants ont été séparés de leur foyer, de leurs familles, de leur école et de leurs amis", explique Annamaria Laurini, la représentante de l'Unicef au Liban. "Ils n'ont plus de vie normale". "Ils ont été affectés par ce qu'ils ont vu, vécu et ils ont le droit de vivre leur enfance".
Une enfance marquée à jamais par le souvenir des violences.
"Je veux rentrer pour jouer avec mon vélo. Je l'ai laissé à la cuisine", affirme Mohamed. Sa soeur jumelle veut elle récupérer sa peluche.
"C'est la guerre dans mon pays et je ne sais pas qui se bat contre qui", dit timidement un autre petit Mohamed, sept ans.
"Je veux juste rentrer à la maison".


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