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Culture

Les chroniques douces-amères d’Emily Nasrallah

Vient de paraître À quatre-vingt ans, la plume d’Emily Nasrallah n’a rien perdu de sa vitalité. Langue fluide, simple et claire pour une grande dame de lettres libanaises, qui vient de publier « Min Hissad al-Ayam » (De la moisson des jours – édition Naufal, en trois volumes – 1 171 pages). Chroniques douces-amères de la vie où portraits sur le vif et réflexions sociales de tous crins voisinent pour un quotidien et des êtres plus libres et plus épanouis.
03/01/2012
Une œuvre littéraire considérable (plus de vingt-cinq opus), tissée au fil des jours, précède Emily Nasrallah dont le premier roman, Toyour Ayloul (Oiseaux de septembre), publié en 1962, fut un succès immédiat et qui, jusqu’à ce jour, ne s’est pas démenti. Un classique du genre qui accompagne le parcours et la formation des élèves et des étudiants aussi bien dans les écoles que dans les universités. Depuis, nouvelles, romans, articles, recueils de poésies, contes et histoires pour enfants se sont régulièrement succédé. Écrits gravitant autour de thèmes chers à l’auteure des Cendres endormies, qui n’a jamais cessé de scruter, d’analyser et de sonder la vie au village, le bonheur dans la famille, les horreurs et l’absurdité de la guerre, les aléas de l’émigration et surtout les droits de la femme.
Fidèle à cette kyrielle de sujets, Emily Nasrallah aborde, dans cette trilogie faisant feu de tout bois, la défense de tout ce qui lui tient à cœur. En d’autres termes, elle témoigne de la vie. À travers réflexions et méditations, elle épingle impressions et souvenirs. En toute douceur, impalpable légèreté et soyeuse fermeté. Parfois sur un ton révolté. Mais ceci rarement.
Vécu et expérience sont la tessiture de ces textes écrits depuis longtemps et qui n’ont jamais été publiés. Ils voient aujourd’hui le jour, classés par ordre chronologique dans un long chapelet de mots bruissant de ce que la mémoire garde et de ce que le futur tente de déchiffrer, d’occulter ou de conjurer. Ces mots vagabonds et heureux de leur nomadisme parlent du «moi» intime de l’écrivaine à travers une narration portée en catimini à
l’introspection.
Pour ces bribes de confidences, d’aveux, de discours, de billets de circonstances pour magazines, revues ou quotidiens, pour ces portraits de femmes de lettres arabes (Salma al-Haffar al-Kouzbari, Nazek al-Malaki), pour des considérations sur la nature, un chêne centenaire, l’amour, la tendresse, la femme au foyer, le divorce, le couple, la parenté, l’enfance se joignent quelques éclats d’audace enrobés de pudeur et un lyrisme un peu suranné, souvent romantique, saupoudré de poésie.
Flot d’images, de sensations, d’impressions, de notations à travers de petits chapitres qui font défiler les événements sociaux, culturels, patriotiques et personnels autour d’un auteur qui a su capter, avec humour, les mémoires d’un chat tout aussi bien que retracer, avec effusion, la beauté des villages oubliés dans des forêts profondes.
Phrases arabes allègres, sans recherche sophistiquée, pour un humanisme souriant et tendre où la condition humaine est ramenée à un âge encore non mordu par la stridence des mégalopoles hystériques, la frénésie des ordinateurs, l’incroyable mondanité de la toile sociale, la tyrannie des mobiles aux présences assidues et asservissantes. Quoique tous ces sujets et bien d’autres soient effleurés en toute délicatesse, presque à la pointe des pieds... Volatile modernité oblige !
Lecture facile et agréable avec un certain parfum de nostalgie, que ces trois volumes à garder comme livre de chevet. On retrouve sans contrainte, comme les rives d’un fleuve familier, ces lignes puisées au cœur même de l’essence du combat de tout lecteur dans sa traversée humaine. Livres à parcourir aussi, si l’on veut jouer au petit Rousseau ou au Fromentin en herbe, pour être totalement dans le sillage d’Emily Nasrallah et de son univers littéraire, assis sous un chêne centenaire. Et ce serait là le meilleur moyen de retrouver cette enfant qui a quitté Kfeir, au sud du Liban, pour mieux se réaliser et construire sa vie à Beyrouth. Beyrouth, une ville que l’auteur d’al-Rahina (L’otage) dénonce pour ses tentations multiples ou perverses, ses guerres interminables et effroyables, mais qu’elle adule et chérit pour son inépuisable et grouillante richesse culturelle.

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