Dans son bureau de Rovaniemi en Laponie finlandaise, le père Noël accueille petits et grands. Jonathan Nackstrand/AFP
Le moment de stupeur passé, Dimitri, 6 ans, s’avance, salue le bonhomme vieillard et se lance : « Est-ce que tous les cadeaux sont
prêts ? » Nous sommes à quelques jours de Noël et il y a de quoi être inquiet. Surtout que le père Noël ne semble pas affairé aux ultimes préparatifs. « Presque. Il ne m’en reste que quelques-uns à préparer mais mes elfes m’aident », rassure le père Noël, également appelé Santa Claus, Ded Moroz, Joulupukki, Babbo Natale...
Avec sa longue barbe qui repose sur un ventre rebondi, avec son drôle de bonnet rouge coiffant une tignasse qui ne laisse apparaître que le nez et des yeux espiègles derrière des lunettes à fine monture dorée, le père Noël est si conforme à sa légende qu’un innocent pragmatisme s’empare rapidement des plus jeunes.
Xavi, 5 ans, attaque de front : ce petit Espagnol venu de Vinaros, près de Valence, présente sa longue lettre illustrée en l’agrémentant d’explications orales pour être sûr que le vieillard a bien compris ce qu’il attendait de lui. « Ça, c’est un train, et ça un établi », énumère-t-il. Âgé de quatre ans, Philippe habite près de Zurich et se montre peu impressionné par le père Noël dont il avait « vu la photo dans le computer ». En revanche, il ne peut détacher ses yeux des paquets cadeaux entassés dans la grande pièce. Venus de Koursk, Fiodor et ses sœurs Dacha et Alicia tentent de séduire Ded Moroz, comme on l’appelle en Russie, en lui chantant chacun à son tour une petite chanson apprise à l’école.
Chez l’adulte, cette excursion en Laponie finlandaise, dans la forêt près de Rovaniemi, réveille une part d’enfance et d’envie d’y croire. À l’image de Chihiro Asao, 30 ans, et de son mari Akihiko, venus de Yamanashi, près de Tokyo. « Oh... Santa Claus... » lâche Akihiko devant le personnage dont il touche la barbe, à la manière d’un saint Thomas. « Tout au fond de mon cœur, je crois un peu au père Noël », reconnaît-il après la rencontre. « Ici, on peut y croire », confirme François, touriste français de 46 ans. « Il existe, nous y croyons ! » renchérissent en chœur Dino Tariciotti, 28 ans, et Federica Paglia, 29 ans, venus de Rome « juste pour le voir car il est génial ».
Curieusement, les adultes qui viennent parfois sans enfants se lancent dans des conversations tout à fait sérieuses, même si sans grand intérêt, avec le père Noël. Un touriste italien informe ainsi son hôte qu’il n’y a pas de neige en Italie. Un couple d’Australiens, Chris et Straum, lui expliquent être venus de Rockhampton « de la part de (leur) neveu et nièce ».
Pour le père Noël, petits ou grands, cela n’a pas d’importance. « À mon âge, j’ai plus de 400 ans, tout le monde est un enfant », assure-t-il en soulignant que « les gens faisaient de gros efforts pour venir (le) voir à Rovaniemi ». Sur une carte, il a noté les coins du monde dont il a reçu des visiteurs : Corée du Nord, Mozambique, archipels du Pacifique... Il quittera Rovaniemi le 24 décembre au soir et commencera la tournée par la Scandinavie où les cadeaux sont traditionnellement distribués au réveillon.
Il devra ensuite, selon une étude suédoise, visiter quelque 2,5 millions de foyers tout autour de la Terre. Pour rester dans les temps, il faudra que ses rennes courent à 5 800 kilomètres par seconde et que chacun de ses arrêts ne dépasse pas 34 microsecondes. Impossible, selon les esprits cartésiens chagrins. « Mais j’ai un truc : la machine du temps ! » confie le père Noël. En effet, avant de pénétrer dans son bureau, les visiteurs passent devant un immense balancier. Celui-ci, affirme le père Noël, permet de ralentir la vitesse de rotation de la Terre pour rallonger la nuit du 24 au 25 décembre. Il aura effectivement besoin d’étirer cette nuit si l’on en croit les centaines de milliers de lettres arrivant chaque année, du monde entier, au bureau de poste de son village.
Et il faut bien un peu de magie, là aussi, pour que lui parviennent des lettres adressées, parfois même sans timbre, à « Père Noël et ses lutins, Planète des rêves » (France), « Djeda Mraz, 96 930 Articki Krug, Finska » (Serbie), « Santa, Santa’s Grotto, North Pole, Lapland » (Grande-Bretagne), « Santa ! ! ! North Pole, Finland » (États-Unis). Ou encore, tout simplement, depuis l’Italie, « Babbo Natale ».
(Source : AFP)

