Le Harry’s Bar fête son centième anniversaire aujourd’hui. Mehdi Fedouach/AFP
« Chaque fois que je suis de passage à Paris, je viens ici déguster un cocktail. On y ressent le poids de l’histoire, c’est quelque chose qui prend très longtemps à créer », témoigne Michael Formosa, un Américain installé à Londres, en sirotant un Gibson, un Martini où de petits oignons remplacent la traditionnelle olive. « J’ai vécu douze ans à New York et c’est un endroit que vous pourriez trouver au coin de Penn Station » (une des principales gares de Manhattan), assure-t-il.
Dissimulé dans une petite rue du centre de Paris, 5, rue Daunou, près de l’Opéra, sous un néon rouge et or, le Harry’s Bar pourrait difficilement être plus différent des brasseries et bistrots français traditionnels qui l’entourent. Derrière un comptoir en bois qui a vécu, des barmen en tabliers blancs mixent avec dextérité les cocktails ou remplissent les verres de whisky. Cafés et vins ne sont pas servis en soirée et il n’y a aucune télévision ou musique qui empêcherait les clients de converser. « Ce n’est pas un endroit branché, mais c’est pour cela qu’il ne sera jamais démodé », juge Isabelle MacElhone, propriétaire de la vénérable institution.
L’histoire de la famille MacElhone se confond avec celle du Harry’s Bar, depuis sa naissance sous le nom de « The New York Bar » le jour de Thanksgiving, en 1911, dont l’anniversaire sera marqué par une soirée accueillant 300 invités et la parution d’un livre sur l’établissement. Harry MacElhone, un Écossais de Dundee, avait été engagé comme serveur par le premier propriétaire, Tod Sloane, un jockey américain installé à Paris qui se plaignait de ne pas pouvoir boire un cocktail convenable dans la capitale française. Soucieux de recréer l’atmosphère d’un bar américain d’avant la Prohibition, Tod Sloane s’était fait expédier l’intérieur d’un bar de Manhattan à travers l’Atlantique. Le comptoir et les murs d’acajou, décorés des insignes des grandes universités américaines, donnent aujourd’hui encore au bar son cachet particulier.
Tod Sloane a vendu en 1923 le bar à Harry MacElhone, qui a ajouté son nom à l’enseigne de l’établissement, connu sous le nom de Harry’s Bar depuis. Dans les années 1920, il est devenu le repaire favori des expatriés américains à Paris, comme Francis Scott Fitzgerald et surtout Ernest Hemingway, fameux buveur qui fut longtemps un client régulier et devint un ami de la famille MacElhone.
Le Harry’s Bar a aussi été célébré dans la fiction : James Bond le qualifie de meilleur endroit pour boire un verre à Paris et il se dit que c’est sur ses tables que George Gershwin a composé la musique d’un Américain à Paris. La liste de ses clients célèbres vaut bien celle de ses célèbres créations de cocktails, au premier rang desquels le Bloody Mary, associant vodka, jus de tomate et épices, inventé en 1921. Harry MacElhone est mort en 1958 et le bar a été repris par son fils Andy, puis son petit-fils Duncan, l’époux d’Isabelle, décédé en 1998. Leur fils, Franz-Arthur, 23 ans, souhaite poursuivre la tradition familiale.
En dépit de l’association de longue date entre le Harry’s et les expatriés américains, la plupart des invités à la soirée d’anniversaire d’aujourd’hui sont des Parisiens qui ont adopté l’établissement.
(Source : AFP)

