Fort de son aura, Edward pourrait obtenir du ministre de la Jeunesse et des Sports libanais d’accorder plus de reconnaissance aux médaillés libanais des Jeux olympiques ou paralympiques qui consacrent une grande partie de leur vie au sport pour porter haut les couleurs de leur pays. Cela les motiverait certainement plus à vouloir participer à ces Jeux très compétitifs et replacerait le Liban sur la carte du monde.
Cet homme charismatique s’est battu pour faire vivre son corps à travers le sport. Spécialiste de cyclisme handisport (vélo à mains), ses efforts ont été consacrés lors des treizièmes Jeux paralympiques de Pékin où il a raflé deux médailles de bronze. Edward était l’unique représentant libanais aux Jeux paralympiques de 2008 !
En se rendant au marathon de New York, Edward rencontre sa femme dans l’avion, ce qui le pousse à s’installer aux Pays-Bas. À l’étranger, il est confronté à différents sports et une multitude de possibilités pour exceller dans sa passion. Très vite, il opte pour le handisport, et les infrastructures aux Pays-Bas l’aident à réaliser son rêve : devenir un sportif professionnel dans cette catégorie. Aux Pays-Bas, le sport devient un vrai challenge à mesure qu’il se met en concurrence avec des athlètes de haut niveau. « Pratiquer un sport en tant que loisir est une promenade de santé, mais en faire son métier, ce n’est pas une sinécure. Hormis les complications de santé, on fait vite face au stress des compétitions car on a toujours envie de pousser ses limites plus loin, et ce n’est pas évident. Je ne mentionne pas les soucis financiers qui viennent s’ajouter à la liste, mais le jeu en vaut la chandelle », déclare-t-il.
Les parias de la société
Dans son pays natal, le sport est l’apanage des individus car l’État est peu ou prou impliqué dans le processus de formation de vrais champions. Pour ce qui est des sportifs à mobilité réduite, le défi est d’autant plus grand que rien n’est fait pour les encourager, bien au contraire. Au vu du manque d’infrastructures, il y a de quoi déprimer. Tous ces talents sont, d’après l’expérience sur le terrain d’Edward, laissés pour compte et aucun soutien ne les prend en charge. De plus, dans le cas précis de ces personnes, « les équipements spéciaux pour handicapés sont absents et coûteux ; or sans réel désir d’amélioration de la situation, rien ne présage un revirement de direction. C’est d’autant plus triste qu’il suffit d’un peu de bonne volonté pour faire naître une véritable émulation sportive. Les athlètes ont besoin d’être guidés et portés vers leur objectif ; je déplore qu’au Liban rien ne soit mis en place pour assurer ce suivi », s’attriste-t-il.
Personnes à mobilité réduite, terme politiquement correct, ou tout simplement personne handicapée, pour Edward il s’agit tour simplement d’expressions, et ce qui compte, c’est surtout le regard des personnes valides sur ces personnes qui ont chacune une histoire particulière qui les a conduits à un handicap.
Ce qui importe, c’est le changement ou bouleversement que le sport génère dans la vie des individus, et dans le cas précis d’Edward, il confirme qu’il « caressait le rêve depuis longtemps d’atteindre des records, et ce fut chose faite. Cette satisfaction personnelle est en soi un leitmotiv nécessaire pour aller toujours de l’avant ».
Soif de victoires
Prochaine étape cruciale pour le sportif, les Jeux paralympiques de Londres en 2012. Entre deux Jeux, il y a quatre ans d’entraînements acharnés teintés parfois de doutes, mais un objectif identique : gagner et prouver qu’on peut encore et toujours se surpasser, une jolie leçon de vie !
Et pour ce qui est de l’héritage de cette force qui le pousse vers la reconquête de son corps et le dépassement de soi, Edward entend l’inculquer à des générations futures et peut-être même dans sa terre d’origine. Ce n’est pas encore à l’ordre du jour car d’ici là, il compte bien remporter d’autres victoires et prouver sa force et sa ténacité, que ce soient aux Jeux de Londres ou dans les nombreuses compétitions auxquelles il participe.
Le marathon de Beyrouth tient une place particulière dans son cœur car comme il en témoigne : « Beyrouth, c’est ma terre, mon lieu d’origine. J’ai participé à la première édition du marathon et je soutiens vivement cet événement car je m’y sens en famille. Le marathon de Beyrouth a toujours consacré du temps et de l’attention aux personnes à mobilité réduite et il fait beaucoup pour encourager le sport et développer l’esprit de la course au Liban. »

