Marie-Christine Barrault : « Zyeux bleus » et sourire lumineux. Photo Michel Sayegh
Le célèbre réalisateur de Dieu créa la femme, l’homme qui créa le mythe Bardot et l’épousa, avant de séduire, de « starifier » et de passer quasi systématiquement la bague au doigt des plus belles femmes de son temps, d’Annette Stroyberg à Jane Fonda, en passant par Catherine Deneuve et Catherine Schneider, connaîtra, à 60 ans, avec Marie-Christine Barrault, les élans de l’amour total.
C’est le récit de cette magnifique et rare passion conjugale – interrompue par le décès de Vadim en 2000 – que la comédienne française raconte dans Ce long chemin pour arriver jusqu’à toi. Un ouvrage écrit pour témoigner, à partir des lettres, des mots d’amour que lui laissait intempestivement Vadim, de la vérité de cet homme « faussement dépeint par la presse comme un libertin qui ne pensait qu’à séduire des femmes, alors qu’il était tout le contraire : un amoureux entier, qui recherchait le lien absolu », affirme-t-elle. « Vadim était un être tellement intelligent, fin, cultivé et en même temps extrêmement naturel. Généreux, lumineux, d’une immense bonté, il savait établir de vraies relations avec les gens. Il s’intéressait aux personnes qu’il croisait, indépendamment de leur position sociale. Il pouvait parler deux heures avec un clochard, engager une conversation avec un chauffeur de taxi... Et puis, il avait le don d’enchanter le quotidien », soutient-elle, des étoiles dans les yeux au cours d’une conversation à bâtons rompus au Salon du livre, où elle s’était livrée à une séance de dédicace au stand Virgin*.
Sa mémoire vivante
C’est pour rétablir la vraie image de l’homme aimé que Marie-Christine Barrault a donc écrit ce livre très intime. Un livre qu’elle lui avait promis sur son lit de mort, mais dont elle n’a pu entamer l’écriture que dix ans après son décès d’un cancer. « Je n’ai pas pu écrire une ligne avant. Dès que je couchais sur le papier des souvenirs heureux je pleurais, et encore plus quand il s’agissait de raconter la maladie », dit-elle. Aujourd’hui encore, lorsqu’elle évoque cette étape douloureuse de la vie de Vadim, ses yeux – « Zyeux bleus », comme il l’avait surnommée – s’humidifient subrepticement. Mais une fraction de seconde plus tard, son regard retrouve sa lumière.
Car Marie-Christine Barrault est tout sauf un être de pathos. Incroyablement lumineuse, forte, positive, elle aura toute sa vie été une femme debout. Se battant sur scène comme dans la vie. Pour se construire, d’abord, envers et contre une enfance difficile, dominée par un secret familial, une mère distante, un père qui mourra rongé par la maladie et le chagrin. Pour construire ensuite – en dépit de la dissuasion de son oncle Jean-Louis Barrault – une belle carrière sur les planches et au cinéma. Pour concilier enfin amours et vie familiale.
Priorité au bonheur
C’est l’ensemble de ce parcours de vie qu’elle retrace dans Ce long chemin pour arriver jusqu’à toi. Si elle a choisi la forme autobiographique c’est, dit-elle, parce qu’elle voulait inscrire son histoire d’amour avec Vadim dans son histoire personnelle. Pour adresser, à travers la narration de ce chemin de vie qui l’a menée à cet amour exceptionnel, un message aux lecteurs, aux lectrices surtout, à sa fille aussi, de force de vie. « J’ai écris ce livre – avec l’aide, pour sa construction, de l’écrivain Lionel Duroy – pour partager mon expérience avec les femmes, parce que j’aime l’idée d’appartenir à une communauté de femmes, et pour leur dire de ne pas être dépendantes de l’amour. De le vivre avec passion et sincérité lorsqu’il se présente, mais de le recevoir comme un cadeau sans conditionner sa vie à cette attente. » Parce que pour cette hédoniste spirituelle qui a décidé, depuis le décès de son père, « de donner la priorité au bonheur, en affrontant, notamment, avec sérénité, avec amitié même, la mort, la vie ne mérite pas que l’on en perde une goutte ».
La sienne continue, même après la mort de Vadim, « comme ces bateaux dont le moteur une fois coupé continuent à avancer ». Avec encore plus de force vive, d’action, de projets. « Je fais toujours 50 choses à la fois. En ce moment, je joue une pièce, Opening Nights, je viens de terminer un film, L’art de la fugue, d’un jeune cinéaste, Bruce Cauvin, et j’alterne lectures théâtrales et spectacles texte et musique. » Sans pour autant arrêter un seul jour d’incarner la mémoire vivante de Vadim...
*Marie-Christine Barrault présentera son ouvrage au cours d’une conférence, demain mercredi, à 19h, à l’Agora.


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15 h 27, le 01 novembre 2011