Les dictateurs n’aiment pas le jazz. Certainement parce qu’ils sont toujours à la recherche d’une quelconque pureté, de race, de classe ou autre ... Or cette musique est un mélange de différents genres. Transcendant leurs limites, le jazz est synonyme de liberté.
Rappelant que le projet des Nancy Jazz Pulsation est, entre autres, de faire de la cité lorraine un «terrain de liberté», son président Claude-Jean «Tito» Antoine cite Octavio Paz: «Toute culture naît du mélange, de la rencontre, des chocs. À l’inverse, c’est de l’isolement que meurent les civilisations, de l’obsession de la pureté.»
C’est dans cet esprit qu’Ibrahim Maalouf était ce week-end de la 38e édition des Nancy Jazz Pulsation, et y a donc incarné le souffle du printemps arabe et son aspiration à la liberté. Le trompettiste prodige y a débuté sa nouvelle tournée, accompagné d’un nouveau groupe. Il a expliqué au public qu’un groupe est pour lui «comme un petit laboratoire». S’exprime ainsi une liberté d’expérimenter. Lui-même se sent tellement libre qu’il ne se pose plus la question de savoir si ses morceaux sont encore du jazz. Mais il avoue que, pour certains, cette question tourne à l’«obsession», avant de leur dédier ce morceau, «une manière un peu obsessionnelle de décrire, si c’est possible, musicalement ce qu’il y a dans la tête d’un jazzman, cette obsession de la note».
La plupart des morceaux qu’il interprète devant le public nancéen ne sont pas disponibles sur CD. Cela aussi est l’expression de la liberté, car chaque nouvelle interprétation d’un même titre devient ainsi un morceau unique, tout comme l’est chaque concert.
Le public en était bien conscient. Enthousiaste, il ne laissa pas à Ibrahim Maalouf la liberté de quitter la scène, et celui-ci exauça sa volonté et revint pour un rappel.
Souhaitons que tout comme Ibrahim Maalouf qui, par sa liberté de tons, l’a incarné aux NJP, la révolution arabe ne s’essouffle pas de sitôt.
Michel MAY
* « Les hommes libres », film d’Ismaël Ferroukhi, France, 2011, 110 mn, avec Tahar Rahim, Michael Lonsdale, Lubna Azabal...

