La maison vide mais tellement habitée de Simon Schubert.
La dérobade de l’objet
Une mise en plis? Certes. Mais également une mise en scène accentuée par le jeu de lumières et d’ombres que Schubert arrive à concevoir rien qu’en pliant le papier. Dans l’espace blanc de Schubert, qui n’est pas sans rappeler l’œuvre cinématographique de Mickael Haneke, Le Ruban blanc, la lumière joue avec les ombres distillant ainsi le sentiment d’absence, d’abstraction et d’absurdité. En pénétrant la maison vide mais tellement habitée de Simon Schubert, le regard s’attarde aux ombres humaines qui semblent disparaître au fur et à mesure que l’on fixe plus profondément l’espace. Il y règne un sentiment d’infini, et le temps semble s’arrêter prenant en étau le spectateur. Si Francis Bacon souhaitait réaliser des tableaux qui frappent directement le système nerveux, Beckett peut lui faire écho en affirmant: «Je ne me préoccupe pas outre mesure de l’intelligibilité. J’espère que la pièce touchera les nerfs du public et non son
intellect.»
Ainsi dépouillées, les images qu’offre à voir l’artiste allemand ne s’attachent pas à un objet représenté, mais au contraire au non-objet simplement ressenti et projetant une certaine mélancolie tangible. Le silence de l’œuvre rencontrant le blanc de l’image teinté de ce clair-obscur très contemporain parvient à créer un espace scénique tridimensionnel, presque virtuel, échappant aux mesures métriques du temps et s’attardant rien qu’à son intensité, amplifiant ainsi la dramaturgie.
Reprenant ainsi les paroles de Samuel Beckett – dont s’inspire fortement l’artiste allemand – qui disait: «La peinture moderne est marquée par l’assaut donné à l’objet – dont il met en doute la possibilité d’être représenté – car, que reste-t-il de représentable si l’essence de l’objet est de se dérober à la représentation? Il reste à représenter les conditions de cette dérobade.»
On pourrait même emprunter à Beckett cette lecture de la peinture de Bram Van Velde en termes de voile et de dévoilement infini. «Un dévoilement sans fin, voile derrière voile, plan sur plan de transparences imparfaites, un dévoilement vers l’indévoilable, le rien, la chose à nouveau.»
C’est dans cette disparition derrière les voiles virtuels, les plis transparents tout en lumière que se lit l’œuvre de Samuel Schubert baptisée «Entwohner» (Inhabitée) qui se situe dans les marges du temps. Dans ses interstices.
* Chez Ginette, Gemmayzé. Tél. : 01/570440.


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