Tonique remontée aux sources qui ont fait – et font toujours – la grandeur de la foi et de la civilisation chrétiennes au pays du Cèdre.
Pour cela, quelle meilleure inspiration si ce n’est celle de la Vallée de la Kadicha, dite aussi Vallée sainte, jalonnée d’ermitages, de couvents, de chapelles et de grottes où « souffle l’esprit », comme dit Maurice Barrès cité justement en exergue.
Pour ce pieux et fervent pèlerinage à travers les pages d’un roman, une trame vite nouée (l’auteur des Exilés du Caucase en a aujourd’hui les ficelles. Des ficelles combinant en toute simplicité sens de la narration et détails historiques), des personnages sans grande vie, emboîtés dans le cours des événements mêlant histoire et temps moderne, un texte truffé d’expressions arabes avec des mots sans artifice, sans emphase, sans craindre aussi certaines indigences de vocabulaire dues sans nul doute à la hâte d’écrire dans l’urgence (« s’embrasser fougueusement », pages 30 et 31 et à la dernière phrase de l’ouvrage ! ) et surtout la nomenclature, aux confins de l’érudition, de tous ces lieux de culte dressés en un vibrant répertoire, un guide fourni de luttes acharnées menées contre toute adversité, persécution et hostilité.
Sami Rahmé, banquier fatigué du stress de Beyrouth et mal parti dans sa jeune conjugalité, plaque tout pour voir clair et se ressourcer. Il part pour Bécharré dans la maison de son grand-père et là renoue avec son premier amour, Florence, une reporter française révoltée par ce qu’elle a vu en Syrie.
En compagnie d’un guide nommé Kennedy (malicieux clin d’œil au lecteur !), démarre une quête se déployant comme un dépliant touristique où spiritualité, amour et histoire(s) s’imbriquent en toute fluidité non dépourvue toutefois d’une certaine candeur.
Canevas bien transparent pour raconter ces lieux à odeur d’encens et ces personnages haut en couleur (et en foi) pour faire revivre un passé qui a force non seulement de témoignage, mais aussi de proximité, par-delà espace et temps, des chrétiens d’Orient depuis toujours sous menace, mais fermement déterminés à bâtir un avenir alliant foi en Dieu, loyale citoyenneté et absolue intégration dans le paysage géographique de la région.
Des premières réflexions sur Siméon le Stylite, à l’évêque Sarkis, dit Sergio Rizzi de Bqoufa, qui installe l’imprimerie au monastère de Kozhaya, en passant par le patriarche Louqa qui résiste vaillamment aux Mamelouks, à Marina qui se déguise en moine pour pouvoir rejoindre son père après son veuvage, lui qui a eu vocation de servir Dieu, à François de Chasteuil qui délaisse tous ses biens à Aix pour une vie de reclus et de prière à Mar Licha, pour finir avec l’exil du poète Gibran et ses amours qui ont inspiré Les Ailes brisées, tout cela c’est le riche terreau d’une vallée inexpugnable comme la plus rebelle et inaliénable des forteresses.
Telles des poupées russes gigognes, finement emboîtées les unes aux autres, les épisodes sont narrés, avec différente intensité, comme un roman dans le roman. Autant de petites nouvelles hagiographiques qui jettent un grand pan de lumière sur la vie des chrétiens au Liban et, incidemment, en Orient, dans un haut lieu de la spiritualité, aujourd’hui presque sacré et mythique. Un lieu auréolé de majesté, de solitude, de piété, de déférence et de sérénité.
Pour tous ceux qui ignorent la Vallée sainte, voilà une occasion de la découvrir à travers les pages d’un roman au texte taillé sur mesure, ardemment voué à la cause, sans pour autant en parler si ce n’est à travers la voilette de l’histoire, des chrétiens du Liban et de l’Orient.


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